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Exode féerique — Baroud à Avalon

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Merle » 26 Avril 2013, 16:33

Inspiratorium d'avril rigolax pour changer du mois précédent. En principe, il devrait être court (et finir n'importe comment). J'ai failli mettre un contrepèterie dans le titre, mais je me suis retenu.

« Ah les salopiots de mal tannés à sec ! »

Marie fulminait. Ravalant une vilaine boule de colère qui lui faisait une pelote de hibou, elle dévalait en trombe l’escalier fantôme de l’antique tour de guet. Elle manqua tomber dans le vide une fois ou deux, mais se ressaisit chaque fois, sans un hoquet. Ça n’était pas toujours évident de distinguer les marches réelles de celles imaginaires, encore moins quand on les sautait quatre à quatre, un pied sur la pierre, l’autre entre les rêves. Une fois en bas, elle fila vers la salle des mille pas suspendus où, la porte à peine franchie, elle déchaîna toute l’ire qu’elle avait en travers de la glotte. Cela faisait une éternité que la guinde portant le lustre s’était rompue, le cri de Marie se contenta de réduire en miettes les derniers éclats de cristaux et de fissurer un peu plus le dôme d’obsidienne déjà crevassé de ciel.

Soulagée — à peine — Marie s’en retourna vers la galerie aux miroirs infinis qui, malgré la poussière et l’odeur d’urine de chat, devait renfermer autre chose que de la moisissure. La magie des miroirs était l’une des plus puissantes jadis. Même s’ils ne brillaient plus, il devait bien y avoir quelqu’un, quelque part dans un monde ou un autre, pour répondre à son appel. En une petite vocalise bien placée, Marie fit sauter les crochets qui soutenaient les tentures sur les miroirs. Quel était déjà le son qui soufflait la poussière ? Plutôt que de risquer craqueler une surface polie, elle se résigna, ramassa une tenture et frotta successivement un, deux, une vingtaine de miroirs. Chaque fois, elle prononça l’incantation qui devait activer le lien magique de l’autre côté du miroir, mais rien ne se passait. Le temps lui manquait et elle était bien seule pour faire face à l’invasion imminente. Et quelle idée aussi d’avoir une infinité de miroirs et aucun moyen rapide de tous les consulter…
Une légère stridulation perçait d’entre ses dents sans qu’elle s’en rendît compte, jusqu’à ce que trois glaces près d’elle se fussent brisées sur un couinement plus perché que les autres. Interdite, Marie colla ses deux mains sur la bouche. Au lieu de sauver le sanctuaire, elle était en train de le détruire.

« Le reflet vous déplaît-il ? Pourquoi briser un miroir qui n’est guère qu’un messager du portrait qu’il vous affiche ? »

D’où venait cette voix rauque, légèrement sifflante, au ton goguenard ? Marie se retourna, il n’y avait personne à part un dernier chat qui s’enfuyait par la porte entrebâillée en abandonnant plusieurs mois de poils d’été, ou un serpent minuscule qui… la fixait. Avec une insistance déplaisante. Et il louchait.

« Mademoiselle Demer, vous n’avez pas l’air de me reconnaître. Nous avons pourtant conversé bien des fois à l’orée des songes des mortels.
— Votre tête me dit quelque chose, commença Marie à qui la tête du serpent ne disait rien.
— Hé, hé, toujours autant de problèmes à jongler entre votre prescience et votre mémoire. Laissez-moi raviver cette dernière. Je suis Frænir, fils de Reidmar, grand nain scandin… commença le serpent.
— Mais vous êtes un serpent, l’interrompit Marie au sommet de sa perspicacité.
— Oui, non… C’est que j’allais y venir. Il y avait un trésor et je suis devenu un dragon, bredouilla Frænir décontenancé.
— Que vient-il faire là, ce trésor ?
— C’est à cause de lui que… Non, pas à cause de lui. C’est… Après, je n’étais plus un nain. Enfin, si, toujours. Mais j’ai pris l’apparence d’un dragon. Vous savez que j’ai toujours voulu cracher des flammes, mais c’était peu compatible avec… la… hum, barbe. Vous n’avez pas l’air de m’écouter.
— Ce que je vois, c’est un serpent pas plus gros qu’un aspic. Jamais vous ne me ferez croire que vous pouvez cracher du feu ou que vous êtes un nain scandinave anciennement drag…
— Bon ! s’énerva le nain. Ça va, hein ? Alors oui, j’ai récemment fait quelques mauvais choix dans mes investissements et ma carrière. On a volé mon or et j’ai foiré ma réincarnation. Je… Je suis un orvet, voilà ! C’est dit ! Mais au moins, j’ai toute ma tête, moi ! Pas comme une certaine banshee mal peignée qui n’a aucune idée de ce qu’elle est réellement !
— La banshee, elle va te présenter sa semelle dans pas longtemps si ça continue. »

Un jappement de chiot enroué interrompit leur sérénade. Dans un des miroirs, se tenait une vieille femme décrépite portant un chien minuscule aux pattes arrière à l’évidence paralysées. Comme on pouvait s’y attendre, ce fut le chien qui parla avec une voix de vieille femme. C’était aussi l’humaine qui aboyait.

« Cela fait plus de mille ans que mon miroir n’avait reflété autre chose que mon paravent. Et soudain à l’heure du thé, je vois la célèbre banshee Demer et le grandiose Frænir se chercher querelle comme au bon vieux temps. Il doit y avoir une raison derrière ces retrouvailles qui ne sont pas mon paravent, mais qui cachent quelque chose. Je n’interromps pas mon thé sans raison. Il y a une raison. Ou ce n’est pas l’heure du thé. Sont-ce bien des retrouvailles ? Où est mon paravent ? »

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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Merle » 12 Mai 2013, 03:26

Le soliloque gâteux de l’inugami incarné dans un chin-koro paraplégique, à moins que ce ne fût dans la femme grabataire, acheva d’exaspérer Marie Demer déjà à deux doigts de Cointreau de vriller les tympans de Frænir. Tournant cosaque, elle hurla au chien de la fermer dans plusieurs dizaines d’octaves, dont certaines seulement audibles par les femmes-phoques des Shetland.

« Toi, le clébard, la ferme ! »

Le chien en fut coi pour quelques secondes. Quant à l’aïeule, elle sursauta et tomba sur le sol de la galerie, dans un glapissement aussitôt noyé par le vacarme d’une infinité de miroirs de brisant.

« Si j’avais le sens de l’à propos, goguenarda Frænir au milieu des bris de verre, je sortirais bien une réplique dans le genre “faites ce que je dis, pas ce que je fais”. Hélas ! Le froid de cet hiver tardif rend l’orvet que je suis bien indolent. Je ne dirai donc rien dans l’instant, mais ne vous étonnez pas si mon esprit de l’escalier remonte les marches de la conversation pour vous railler ultérieurement, mademoiselle Demer. »

Marie le fusilla du regard tandis qu’elle aidait la partie vieille femme de l’inugami à se relever. Le chien, pendant ce temps, avait repris son soliloque et tentait de se gratter l’oreille en avançant sa tête vers une de ses pattes paralysées.

« Je connais un charme, vous savez. Je connais un très ancien charme, commença-t-il la langue à moitié pendante.
— Pff, de toute façon, pesta Marie sans écouter les divagations de l’inugami, c’est aussi bien comme ça. Personne ne vient. Ils vont bientôt débarquer sur l’île et personne ne répond.
— Ils ? Qui ça, “ils” ? fit l’orvet.
… Ce charme fut créé il y a très longtemps par une ensorceleuse légendaire, ahana le chien entre deux râles – il venait de frôler une de ses griffes de l’oreille – la plus redoutée parmi les siennes qui étaient neuf. C’était un temps lorsque pour nouer les liens de la magie, il fallait puiser dans le sang de la terre…
— C’est les autres, là, continuait Marie. Les hommes des temps modernes. Ils voguent au-dessus des nuages dans leurs machines plus légères que l’air. Je les ai vus depuis la tour des mirages. Ils sont légions et ici, il n’y a plus personne pour leur faire barrage.
— C’est impossible ! rejeta Frænir sur un ton qui ne laissait aucune équivoque sur le fait que s’il avait eu des épaules, il les aurait haussées en levant les yeux au ciel – acte impossible sans loucher, d’où l’insistance sur le ton employé. Vous vous êtes trompée, les mortels n’ont pas le droit de fouler le sol sacré !
… Un très vieux charme, oui, d’un temps jadis. Il contient des mots éternels associés à la lune et à l’océan, des mots qui furent oubliés aussitôt après avoir été prononcés…
— Je les ai vus, je te dis ! C’est ces fumiers d’étrons de lendemain de bastringue de saregoussets. Ils ont déjà dû donner leur mère pour plaire aux hommes, maintenant, ils en sont à leur dérouler le tapis rouge du monde féerique. Et… Et leur paillasson, c’est ici ! Ils viennent piller Avalon, souffla Marie soudain abattue.
… Ce charme fut jeté sur les plus féroces lutins de la lande qui avaient eu le malheur de chahuter dès potron-minet devant les portes sacrées alors que ses gardiennes se reposaient de l’autre côté…
— Il faut aimer la vieille breloque.
— Je ne te permets pas, résidu de laiche ! se ranima la jeune femme. Demi-lombric ! Avalon n’a rien d’une breloque ! C’est la forge des dieux de la terre et de l’eau, le verger où les plus nobles âmes viennent cueillir leur dernière pomme avant de fouler les champs Élysées !
… D’agrestes, les lutins enragés devinrent plus dociles qu’un valet de chambre de passe. Mais ces créatures devaient se soumettre à un maître. Les portes d’Emain Ablach étant scellées, ils s’en retournèrent d’où ils venaient choisir la première créature qu’ils croiseraient…
— Attendez une seconde, tiqua l’orvet qui se tourna vers l’inugami. Vous avez dit Emain Ablach ?
… et c’est ainsi que les saregoussets devinrent esclaves des hommes. Comment ? Parlais-je ? Que disais-je ? Pourquoi suis-je en train de répondre par des questions ? Où est mon paravent ? Avez-vous déjà fait de l’origami dans un ascenseur ? »

C'était un fait indéniable, l’inugami était paralysé de l’arrière-train. Il avait également quelques synapses étrécies. S’il arrivait que des pensées secondaires se télescopassent dans un endroit particulier du cerveau, l’accident cérébro-ferroviaire qui en résultait provoquait d’intenses retards dans sa réflexion générale et quand l’aïeule leva la jambe pour se gratter l’oreille, les deux autres comprirent que plus aucune station n’était desservie.

« Par les mânes ! pâlit soudain Marie Demer. Je me souviens maintenant. Je me souviens… Je suis la dernière gardienne d’Avalon. Mes sœurs, mes pauvres sœurs ! Elles se sont toutes endormies et je ne sais comment les réveiller.
— Laissez-moi deviner, mademoiselle Demer, fit le nain qui regrettait de n’avoir ni front ni mains pour se masser le premier avec les secondes. Je vais émettre une folle hypothèse, interrompez-moi si je me trompe. Vous n’êtes pas du genre à être d’humeur guillerette au réveil. Non ? Et “revêche” tient de l’euphémisme pour vous qualifier. Oui… C’est bien vous qui avez jeté ce charme sur les saregoussets, non ?
— Il semble que ce soit la vérité, marmonna Marie, la mort dans l’âme et incapable de contrer les sarcasmes de Frænir.
— Et vous ne sauriez pas par hasard comment briser ce charme ?
— Pouah ! renifla-t-elle. Je ne me rappelle même pas mon premier nom. Comment veux-tu que je me souvienne d’un sortilège vieux de plus de mille ans ?
— Votre premier nom ? loucha l’orvet. Allons, c’est pourtant évident. »

Marie loucha en retour, mais rien ne semblait lui venir à l’esprit. Elle loucha davantage. Toujours rien. Quand retentit le fracas des premiers boulets contre la chape illusoire de l’île, Morgane la Fée en était presque à se regarder dans le blanc de ses propres yeux sans que son identité ne lui fût revenue.

« Je vais proposer, Josette, mais à mon avis, vous avez davantage une tête à vous appeler Andrée, » dérailla l’inugami avec deux trains de retards.

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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Mycroft » 13 Mai 2013, 13:57

:D
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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Antoine Jolivet » 13 Mai 2013, 23:44

Egon, j'en ai les larmes aux yeux.....


De rire !


:lol:

Tu as de ces façons de nous repasser les mythes et légendes... J'adore ta version express de "l'Or du Rhin"...

ENCOOOORE !!!!
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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Merle » 16 Mai 2013, 04:49

Vu que je vais avoir les jours suivants occupés, voici la suite en avance sur le calendrier.

Les yeux enfoncés dans ses lunettes télescopiques, le capitaine de vaisseau Charles-Marcel Strapontin éclata d’un rire machiavélique face au spectacle chromatique du bouclier magique mis à mal par le bombardement de sa flotte aérienne.

« Capitaine ?
— Oui, lieutenant Moutonnier ?
— Votre rire. Vous aviez encore votre rire.
— Oh pardon, » se reprit le capitaine Strapontin, une main devant la bouche.

S’il était une chose que le descendant des fiers Strapontin aurait bien reposé sur l’étagère de son héritage, au milieu d’un goût immodéré pour l’alcool, d’une transpiration qui sentait l’antimite ou d’un double menton qui débutait au nombril, c’était bien son rire de génie du mal, l’unique manifestation d’un hypothétique penchant chez lui pour le maléfice et la seule occasion qu’on avait d’associer le mot génie à sa personne. Mais on ne choisissait pas ce que la loterie dégazait de son patrimoine familial et Charles-Marcel Strapontin était revenu de sa partie de bingo héréditaire sans une quine de qualité remarquée chez ses ancêtres, comme par exemple l’excellence dans le lever de sourcil inquisiteur ou un sens aigu de la mode.

« Comment se déroule le bombardement, lieutenant ?
— Le Furibond et le Consternant vont bientôt tirer leurs derniers boulets, capitaine. La Vétille et le Turpide sont prêts pour prendre le relais. Dois-je leur transmettre l’ordre de s’aligner en position de tir ?
— Maudits lutins ! Ah ils sont bons pour servir le thé ou masser les orteils, mais quand il s’agit de donner des informations précises, il faut leur faire cracher chaque détail ! J’aurais dû y aller plus ferme avec la badine… Changement de tactique : les boulets de 36 ne viendront jamais à bout de ce bouclier magique. Gardons les canons conventionnels en réserve et faites avancer la Minaudière. Que le capitaine Béjaune ne fasse charger que les obus breneux. Et apportez-moi mon livre. J’ai une lecture à finir avant d’aller rendre visite à ce dirigeant des lutins.
— Mais capitaine, ce n’est pas un livre convenable.
— Et pourtant ! s’étarqua le capitaine Strapontin. Les traités philosophiques de ce monsieur Masoch recèlent des informations insoupçonnée en matière de stratégie militaire et de renseignements ! »

Avisant l’enseigne Maroufle qui venait de monter sur le gaillard d’avant, Strapontin profita de ce qu’il tenait un aéromatique à la main pour changer de conversation et renvoyer le lieutenant.
C’était un long message de l’amirauté qui n’avait rien d’urgent, mais les manœuvres allaient prendre du temps et Strapontin soupçonnait Moutonnier de cacher, derrière sa droiture d’étrille, des mœurs plus élastiques. Aussi ouvrit-il l’aéromatique dont la lecture provoqua chez lui une nouvelle hilarité.

Le capitaine de vaisseau Strapontin avait eu le nez creux en choisissant cette expédition plutôt que la mission de récupération des lampes magiques de la citadelle de Shiraz. Il en avait confirmation en parcourant le rapport de son vieil ami, le contre-amiral Jean-Rémi Caquetoire, dans lequel celui-ci se plaignait que sa campagne avait pris une tournure tragiquement administrative. Certes, prendre le contrôle des djinns lampistes était alléchant sur le papier, mais comme le capitaine s’en doutait, la partie militaire n’était qu’un prélude à une longue bataille technico-légale entre les avocats de Louis XXII et ces djinns, experts-juridiques retors que des millénaires d’interprétation des vœux avaient rendus plus redoutables qu’un dandy à qui l’on aurait prétendu qu’il n’avait pas une tête à chapeaux. D’abord interdits de formuler le moindre vœu à 50 lieues à la ronde, les soldats avaient été bâillonnés durant leurs heures de garde quand l’un d’eux avait fait le vœu de vivre éternellement et qu’il avait été figé dans le temps. Tout le monde en avait dès lors été réduit à parler en conjectures et hypothèses, à ne rien affirmer si ce n’est demander ce qui se passerait éventuellement si untel déclarait vouloir, peut-être, telle chose.
Maîtriser la magie de l’interprétation des vœux était une affaire autrement plus délicate que la maîtrise de l’interprétation des lois, selon que l’on s’adressait à un djinn du premier ou du second degré. Un juriste avait d’ailleurs été fusillé quand il avait fait le souhait d’arrêter de se faire des cheveux blancs et qu’il était devenu roux.

« Capitaine ! Capitaine ! »

Le lieutenant Moutonnier ne lui tirait pas seulement la manche à cause de son rire, il avait aussi une tête d’artiste burlesque qui mimait que ça n’allait plus du tout.

« Qu’y a-t-il, lieutenant Moutonnier ? grommela le capitaine, contrarié en plein exposé des canons esthétiques de la Mésopotamie akkadienne qui faisaient toujours jurisprudence chez les djinns pour expliquer la transformation d’un caporal après son vœu de beauté.
— Les Avaloniens, capitaine ! Ils ont mis en place leur défense !
— Comment ça ? fit Strapontin, les yeux à nouveau exorbités à travers ses lunettes télescopiques. Qu’est-ce que ce barouf ? Mais… Mais… Ils catapultent des…
— Des grenouilles, capitaine.
— Muahahaahaaahaa ! C’est ça, la terrible défense de l’île mythique d’Avalon ? Des grenouilles ?! Et regardez-moi cette trajectoire de tir en cloche ! Muahahah !! Argh ! »

Strapontin se figea, soudain terrifié.

« Non ! Ce n’est pas possible ! Ce n’est pas ainsi que je dois entrer dans l’histoire ! Je ne serai pas le commandant de la flotte aérienne qui a combattu des jets de grenouilles !
— Vous ne comprenez pas, capitaine, trembla le lieutenant qui en était presque à la fin de son numéro d’effeuillage. Ce ne sont pas des grenouilles comme les autres. Vous ne comprenez pas ! Elles ont été embrassées !
— Embrassées ? sourcilla Strapontin, inconscient d’atteindre le clou du spectacle.
— Oui, les grenouilles ont été embrassées ! reprit le lieutenant en essayant de maintenir un suspense à peine masqué par un centimètre carré de tissu glissant. Mais pas par des bergères ! Par des montreurs d’ours ! »

À moins d’une encablure de là, sans un regard pour le dernier voile tombé du lieutenant Moutonnier, les équipages du Furibond et du Consternant se faisaient massacrer par des ours enragés qui avaient été des grenouilles jusqu’à quelques centièmes de seconde avant de percuter le pont des navires volants.

« Lieutenant, chevrota Strapontin d’une voix blanche, vous savez, ma malle à interrogations…
— Voulez-vous un fouet en particulier, capitaine ?
— Toute la malle. Faites monter toute la malle, lieutenant. »

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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Mycroft » 17 Mai 2013, 07:41

Tu es un grand malade et je m'y reconnait
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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Birdie » 01 Mars 2014, 10:02

C'est si beau.
maybe I shouldn’t write
at all
but clean my gun
and check my kerosene supply
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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Merle » 03 Mars 2014, 19:07

Birdie, ça me va droit au cœur et rien que pour ça, je poste la suite.

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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Amalasùnthe » 24 Mars 2014, 23:13

...Gni.
(Je viens de me rendre compte n'avoir pas exprimé ma joie à lire ce texte à chaque nouvel extrait, donc ce fut euh, très succinct on va dire, mais au moins c'est fait.)
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Re: Exode féerique — Baroud à Avalon

Messagepar Merle » 30 Mars 2014, 17:08

Amalasùnthe a écrit:...Gni.
Best literary review since 1889.

Il y a quelques semaines déjà, j'ai dit à une certaine vaporiste que je ne nommerai pas que je comptais faire court. Entretemps, j'ai cultivé ma sobriété, à tort ou à raison, et ai commencé à me poser de sérieuses questions sur la valeur que j'accordais au sens des mots. La preuve en images ci-dessous, sans relecture pour cause de tarte au four.


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