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La griffe bleue du néant

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

La griffe bleue du néant

Messagepar Abigaelle » 22 Avril 2013, 20:42

Mon domaine de prédilection étant l'écriture, je vous propose de découvrir ma première nouvelle steampunk (merci de votre indulgence donc, je débute dans ce genre), que j'ai écrite à l'occasion d'un concours sur le forum d'écriture où je suis inscrite.
Le sujet du concours était de placer les mots "bleu", "griffe" et "néant" dans un texte, en choisissant un genre parmi le fantastique, la fantasy, le steampunk, la science fiction ou le thriller, le tout en 2000 mots maximum (ce qui m'a obligée à aller plutôt droit au but, mais je pense que je la retravaillerai à l'occasion sans limite de taille, et peut-être en changeant la fin)

Voici la première partie de mon texte, la suite dans quelques jours pour vous laisser le temps de lire tranquillement.

Bonne lecture.


La Griffe Bleue du Néant


Comme tous les matins, Victorien Lampion descendit de l’omnibus à vapeur devant l’Opéra et termina à pied le trajet jusqu’au siège de L’Eclair de Paris, le journal où il travaillait. Le jeune homme, qui ambitionnait de devenir un journaliste reconnu, n’était encore qu’un gratte-papiers qui alimentait la rubrique des faits divers. Alors qu’il s’asseyait à son petit bureau dans l’immense salle de rédaction, il entendit un brouhaha à l’entrée : en soupirant, il assista à l’arrivée de Gaston Bacchantes, le fringant reporter vedette du journal. Comme toujours, ce dernier était entouré de flatteurs qui louaient son nouvel article, évidemment paru en première page. Victorien se promit que bientôt, ce serait lui qui ferait la une et récolterait tous les lauriers.

Le soir même, après une journée de travail aussi inintéressante que les précédentes, Victorien rejoignit dans un bistrot ses deux meilleurs amis, Honorine Ombrelle, une jolie modiste, et un groom d’hôtel, Léon Trollibus. Alors que le journaliste ruminait une fois de plus son envie de devenir célèbre, Honorine le rabroua en buvant son absinthe :
« Eh bien, si on ne te donne pas de bon sujet, trouve-le toi-même au lieu de te plaindre et d’attendre que cela te tombe du ciel ! »
Victorien fixa son amie, soudain songeur. Il avait de l’imagination à revendre, comme le prouvaient les nouvelles qu’il avait déjà écrites, mais que le journal avait refusé de publier en feuilleton. Il se souvint du texte sur lequel il travaillait, qu’il n’avait encore fait lire à personne. Un sourire illumina son visage et il annonça, très joyeux :
« Honorine, tu viens de me donner une idée, et je vais avoir besoin de vous pour la réaliser… »
Il se pencha vers la table avec un air de conspirateur et se mit à chuchoter : ses deux comparses s’approchèrent pour mieux entendre. Honorine ouvrit de grands yeux, sceptique, mais Léon fut enthousiaste et Victorien eut tôt fait, par son éloquence, de les convaincre.

Quelques jours plus tard, Victorien entra dans le bureau du rédacteur en chef de L’Eclair de Paris, Gaspard Trotard. Ce dernier lui fit sentir que son temps était précieux et qu’il n’entendait pas le gâcher avec un petit scribouillard, mais avec assurance, Victorien raconta avoir été témoin d’une scène extraordinaire en se promenant le soir dans les rues de Paris avec son appareil photographique et qu’il avait un sujet de reportage avec une incroyable révélation. Il tendit quelques clichés sépia à son interlocuteur, sur lesquels ce dernier découvrit un homme masqué habillé de noir, portant au cou un pendentif en forme de grosse griffe. Le malfaiteur attaquait une femme élégante portant une longue robe à tournure, le visage caché par une voilette. Bien évidemment, Victorien se garda de dire que les deux protagonistes de la photo étaient ses deux complices, Honorine et Léon, et il tendit l’article révélant l’existence d’une société secrète de malfrats appelée la Griffe Bleue du Néant, qui s’en prenait aux braves citoyens et avait l’étrange pendentif en signe de ralliement. Dans le texte tout droit sorti de son imagination, Victorien racontait comment il avait mis le brigand en fuite et sauvé la belle jeune femme qui avait tenu à garder l’anonymat, mais avait avoué que sa famille était l’objet d’un chantage par cette odieuse bande. Gaspard Trotard hocha la tête, soudain très excité, et affirma que cela ferait un excellent sujet. Il demanda à Victorien de mener une enquête et d’en rapporter plus sur cette mystérieuse société secrète, promettant d’en faire la une. Le jeune homme quitta le bureau, fier comme un paon et ravi d’avoir enfin la chance de prouver ses talents.

Le lendemain matin, il gagnait le siège du journal, une chemise de cuir contenant son nouveau texte sur la Griffe Bleue du Néant sous le bras, quand son attention fut attirée par l’annonce d’un vendeur de journaux :
« Demandez L’Eclair de Paris, tout sur la Griffe Bleue du Néant, la bande qui terrorise la capitale ! Découvrez comment le grand journaliste Gaston Bacchantes a sauvé de leurs mains une innocente jeune femme ! Demandez le journal ! »
Victorien sentit son sang se glacer dans ses veines ; il attrapa le gamin et lui donna une pièce en échange du journal qu’il déplia avec fébrilité. À la une, il découvrit une des photographies qu’il avait fournies et son texte légèrement remanié, portant la signature de Gaston Bacchantes : Victorien n’était cité nulle part. De colère, il froissa le journal en boule et le jeta à terre, puis fonça au siège du journal. Il traversa le hall comme un boulet sans jeter un coup d’œil à la verrière qu’il admirait pourtant à chaque fois qu’il passait là, et surgit dans le bureau du rédacteur en chef, où il trouva Gaston Bacchantes se rengorgeant du succès de son nouvel article. Sans retenir sa colère, Victorien invectiva les deux hommes :
« Comment avez-vous pu faire une chose pareille ?!? Publier mon article en vous l’attribuant ! Vous n’aviez pas le droit ! »
Le reporter vedette le toisa avec mépris tandis que Gaspard Trotard répondait avec morgue :
« Il fallait un nom connu pour vendre une histoire aussi sensationnelle, pas celui d’un préposé aux faits divers ! Où sont les informations que vous deviez me ramener ? »
S’étranglant de rage devant une telle attitude, Victorien vit rouge et se mit à crier :
« Vos informations, vous irez les chercher vous-mêmes, hors de question que je continue à travailler pour votre feuille de chou ! »
Il claqua la porte derrière lui et gagna son bureau où il récupéra ses affaires personnelles. Gaspard Trotard était sorti derrière lui et l’apostropha d’un ton menaçant :
« Si vous croyez que c’est aussi simple que ça, vous vous trompez !
— C’est vous qui vous trompez si vous croyez que je vais jouer les nègres pour le paon vaniteux qui vous sert de journaliste vedette ! Et puis quoi encore ? Je vais voir le rédacteur en chef de La Gazette de la Capitale, il acceptera de me publier, lui ! »
Gaspard Trotard, qui avait repéré la chemise de cuir et supposait que les informations se trouvaient dedans, tenta de la lui arracher, mais sa corpulence trop imposante le privait de l’agilité de Victorien : ce dernier esquiva prestement et traversa en courant la salle de rédaction. Il quitta l’immeuble et sauta sur la plateforme de l’omnibus à vapeur qui démarrait, échappant ainsi au concierge lancé à ses trousses. Victorien vit l’Opéra s’éloigner et se demanda où aller : Gaspard Trotard ne le laisserait pas offrir à la concurrence une telle histoire et il enverrait sans doute des hommes l’attendre devant le siège de leur rival. Si Victorien rentrait chez lui, il risquait d’y être attendu aussi ; il rejoignit finalement Honorine dans sa petite boutique, certain que personne au journal n’irait le chercher là. Il lui raconta sa mésaventure ; Honorine haussa les épaules :
« Tu es allé trop loin.
— Mais non, ils m’ont volé mon texte, ce n’est pas juste.
— Peut-être, mais en attendant, tu n’as plus de travail et tu es obligé de te cacher.
— Ça ne durera pas, je vais demander à Léon de m’héberger cette nuit et je verrai demain. »

A suivre...
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Re: La griffe bleue du néant

Messagepar Merle » 26 Avril 2013, 13:17

Je suis allé lire la suite, mais vu que tu comptes la remanier, ça ne devrait pas gêner outre mesure. Si c'est le cas, tant pis, je recollerai mon commentaire après, quand tu auras posté la fin.
(Je ne mets pas trop de gants, sinon je vais taper plein de coquilles.)
Ton écriture est impeccable, la plume est maîtrisée, peut-être un peu trop. Je trouve ton style encore lisse et académique. Il lui manque un peu de caractère pour acquérir une réelle maturité. Ça reste un peu trop sage encore, trop distancié par rapport aux personnages ou à l'histoire pour accrocher tout à fait.
L'histoire en elle-même aurait gagné à être plus développée dans la machination, quand tout s'emballe. Si ça va à l'encontre de la contrainte de taille, certains passages peuvent assez aisément être coupés au début, pour entrer dans le vif du sujet plus rapidement. La trame reste classique, il manque une mise en forme plus concise, adaptée au récit et comme le dit le commentaire sur le forum d'écriture, mettre tous les mots de la contrainte en titre, c'est un peu flemmard. ;)
Pour ce qui est du steampunk, ça ne l'est pas vraiment. Ça fait davantage penser à un roman-feuilleton d'aventures rétro, mais ça n'est pas bien important. Il y a deux écoles pour écrire du steam (comme pour tout genre imaginaire). Soit le steam est un décor, ce qui est la plupart du temps le cas, soit le steam fait intégrante partie de l'intrigue. Et il y a ma vision de voir les choses qui est "je fais ce que je veux".

Toujours est-il que j'attends de lire la fin réécrite.
Autant de motivation qu'une lettre de motivation.
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Re: La griffe bleue du néant

Messagepar Abigaelle » 26 Avril 2013, 18:33

Merci pour ton commentaire, j'ai conscience que pour l'instant, dans ce texte, le steampunk est plus un décor, je suis un peu novice tant dans la lecture que dans l'écriture de ce genre, donc il va me falloir un peu d'entraînement encore pour maîtriser ce style.
J'ai plus l'habitude d'écrire des romans que des nouvelles, surtout là où j'étais limitée à 2000 mots, et j'ai écrit le texte en quelques jours, donc je n'ai pas pu le développer ni trop le retravailler, d'où mon intention de reprendre ce texte un peu plus tard pour en faire une nouvelle plus longue, voire un petit roman.

Ce n'est pas par facilité ou par flemme que j'ai tout mis dans le titre, c'est simplement que l'inspiration fulgurante qui m'a prise quand j'ai lu le sujet, ça a été cette expression "la griffe bleue du néant" et j'ai été incapable de penser à autre chose pour écrire.

Pour l'instant, je poste la deuxième partie telle qu'elle est dans la nouvelle initiale, puisque je travaille actuellement à l'écriture d'un roman qui me prend la majeure partie de mon temps libre, et dès que je retravaillerai ce texte, je vous proposerai la nouvelle version.

Voici donc la suite et fin :


Victorien dormit mal dans la petite chambre de Léon, mais au moins personne n’était venu le chercher là. Alors que les deux jeunes gens sortaient au petit matin pour aller boire un café au bistrot du coin, un vendeur de journaux attira leur attention :
« Le grand reporter Gaston Bacchantes assassiné par la Griffe Bleue du Néant ! Tous les détails sur cet effroyable crime ! Demandez l’Eclair de Paris ! »
Victorien acheta un journal et s’en saisit en tremblant : il lut l’article rédigé par Gaspard Trotard lui-même et apprit que le journaliste avait été retrouvé dans une petite impasse, une griffe bleue plantée dans le cœur. Le jeune homme fixa son ami, pétrifié :
« Ce n’est pas possible, cette organisation n’existe pas, ce n’est qu’une invention sortie de mon imagination !
— Visiblement, elle paraît bien réelle… »
Ils s’installèrent dans un coin du bistrot. Léon fixa son camarade bouleversé et lui demanda avec insistance :
« Tu es sûr que cette histoire ne sort que de ton imagination ?
— Oui, enfin je le croyais jusqu’à ce matin !
— Peut-être que quelqu’un a décidé d’utiliser cet article pour tuer Gaston Bacchantes. »
Victorien blêmit :
« Mais oui, tu as raison, ça doit être ça… mais pourquoi ? »
La porte de l’établissement s’ouvrit à cet instant et quelques policiers en uniformes entrèrent, leurs pistolets à rouages et pistons bien en évidence. L’inspecteur en civil qui les menait s’approcha du tenancier et lui parla à voix basse. L’homme répondit en désignant la table des deux garçons. L’inspecteur les rejoignit en quelques enjambées et ordonna :
« Victorien Lampion, veuillez me suivre ! »
Le jeune homme jeta un regard désespéré à son ami, mais il savait qu’il n’avait pas le choix : les policiers étaient trop nombreux, il ne pourrait pas fuir.

Au poste de police, Victorien raconta comment il avait monté de toutes pièces l’histoire de la Griffe Bleue du Néant et jura ses grands dieux qu’il n’était pas impliqué dans l’assassinat. Il vit néanmoins que l’inspecteur ne le croyait guère et il fut conduit dans une cellule où il patienta de longues heures.
Au bout d’un interminable moment, il vit arriver un petit homme terne qui annonça être son avocat commis d’office ; il ajouta que Victorien était accusé d’être un membre de la Griffe Bleue du Néant et l’assassin du reporter vedette. Avec stupéfaction, le jeune homme apprit que Léon et Honorine avaient fui en fiacre et qu’un témoin les avait entendus dire qu’ils devaient échapper à la Griffe Bleue, ordonnant au cocher de les conduire à l’aérodrome des zeppelins. Victorien n’en croyait pas ses oreilles car ses amis étaient trop pauvres pour voyager par un tel moyen. Le coup de grâce lui fut donné quand il apprit que des membres de la rédaction de l’Eclair de Paris avaient relaté son altercation et sa fuite précipitée : tout jouait contre lui.

Le procès fut vite expédié : Victorien n’arrivait pas à se défendre, trop assommé par ce qui lui était tombé dessus, et son avocat était un véritable incapable. Le verdict tomba : peine de mort par guillotine, le lendemain même.

Alors qu’il attendait qu’on vienne le chercher pour l’exécution, Victorien lisait pour la dernière fois de sa vie l’Eclair de Paris, où son procès faisait la une. Ses yeux tombèrent sur la signature et il eut un choc en découvrant que son auteur était Antonin Chafouin, un petit préposé aux faits divers avec qui il avait travaillé : comment avait-il pu monter si vite en grade ?

En arrivant dans la cour de la prison où se dressait la guillotine, Victorien découvrit les spectateurs qui allaient assister à son exécution, au premier rang desquels Antonin Chafouin souriait de toutes ses dents. Soudain la lumière se fit dans l’esprit du condamné, les pièces se mirent en place. Il comprit qu’il avait en face de lui l’assassin de Gaston Bacchantes, celui qui avait tout manigancé pour obtenir la place du reporter et faire accuser Victorien. La famille d’Antonin était riche, ce dernier avait dû soudoyer ou menacer Léon et Honorine pour qu’ils disparaissent. Le jeune homme savait qu’il ne pourrait pas prouver son innocence, mais il ne mourrait pas seul. Il échappa à son gardien et, avant que quiconque n’ait eu le temps de réagir, il sauta à la gorge d’Antonin pour l’étrangler de toutes ses forces. Un coup de feu retentit et Victorien se raidit, atteint en plein cœur par une balle, avant de s’effondrer sur son ancien collègue. Ses mains serraient toujours la gorge du conspirateur et celui-ci, dans un râle, rendit l’âme à son tour.
La Griffe Bleue du Néant venait de faire deux nouvelles victimes.
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