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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 03 août 2012, 17:57
par marius nightmare
Pas épuisé tous les mystères ...
Tu m'étonnes, je sens un soupçon de SF pointer le bout de son nez et j'adore ça :)

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 21 août 2012, 16:19
par Münsingen
Les secours annoncés arrivèrent du dernier endroit où les attendaient les steam-marines – pourtant celui qui aurait dû leur paraître le plus évident, comme Murville s'en fit plus tard la réflexion. Il arriva de la mer, sous la forme d'un sous-marin qui avait peu de chose à voir avec ceux que le sergent avait pu côtoyer lorsqu'il se livrait à la piraterie dans les années 1860, ou bien plus tard durant la Grande Guerre. Celui-là émergea soudain et silencieusement à quelques dizaines de mètres de la plage puis se dirigea vers le groupe en lévitant doucement, comme l'avait fait le « drone de reconnaissance ». La forme du bâtiment évoquait du reste celle de ce dernier appareil, à ceci près qu'elle était plus ovoïde que sphérique. Ses parois blanches laiteuses luisaient doucement, comme nimbées d'une lumière intérieure. Le sous-marin volant s'arrêta à proximité de Murville et de ses compagnons, ce qui leur permit de calculer qu'il mesurait une dizaine de mètres de long sur environ cinq ou six de large. Une ouverture se dessina soudain sur son flanc, toujours dans le plus profond silence, et une échelle de coupée descendit dans leur direction.
« Allons-y ! » déclara hardiment le professeur Herminoire en s'engouffrant à l'intérieur.
Esther et le comte se ruèrent à sa suite et les steam-marines finirent par les suivre, nettement moins rassurés.
L'intérieur était nu et assez spacieux pour permettre à des humains de grande taille de s'y tenir debout. Les parois, tout comme le plafond et le sol légèrement incurvés, étaient constitués d'un matériau presque mou évoquant le caoutchouc sans en avoir l'odeur caractéristique. Et la même douce lumière illuminant l'extérieur de l'appareil éclairait ses entrailles
.
« Qu'est-ce que... ? » commença Murville.
« Inutile de me poser des questions, le coupa Herminoire, car je ne puis vous donner aucune réponse à l'heure actuelle, mon bon Mumu. Il s'agit là d'une technologie dont j'ignore tout. Je me retrouve dans la position d'un Galilée à qui l'on demanderait comment fonctionne un automate de notre XIXe siècle ! »
C'est alors qu'une voix venant de nulle part se fit entendre à l'intérieur de l'habitacle :
« Veuillez vous déshabiller afin de faciliter l'opération de décontamination ! »
Le groupe échangea des regards gênés, aucun des hommes ne souhaitant se dévêtir devant les femmes et réciproquement. Ils étaient donc tous encore vêtus lorsque des douches tièdes se mirent soudain à sourdre du plafond, inondant les sept compagnons d'un liquide mousseux qui acheva de faire perdre toute élégance à leurs vêtements du XIXe siècle déjà crottés par la boue alsacienne puis par l'huile, la fumée et le sang de Néopolis.
« J'espère au moins que ce produit ne va pas abîmer ma machine temporelle ! » s'inquiéta le professeur.
« Ni rendre nos armes inopérantes... » ajouta Murville dont les yeux scintillaient de colère.

Pour le reste, le trajet fut court et les voyageurs ne perçurent même pas la différence de pression lorsque leur étrange véhicule plongea dans la mer.

A suivre

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 21 août 2012, 18:22
par marius nightmare
J'aime pas me faire arroser >< ^^

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 22 août 2012, 16:50
par Münsingen
Je note ;)

Personne ne parla durant le trajet. Mais Murville nota que Boum manifestait depuis la douche forcée une forme de nervosité bien pire que celle qui le caractérisait habituellement et il ne put s'empêcher de faire le lien entre ce fait et les mauvais traitements dont il avait avoué avoir été la victime durant la Grande Guerre, lorsqu'il était prisonnier au sein du mystérieux "Labo 4" [cf Tyrol 1880, une aventure des steam-marines].

Enfin, le sous-marin s'immobilisa et sa porte coulissa, à une vitesse qui permit aux quatre steam-marines de prendre position dans ses embrasures, prêts à ouvrir le feu en cas de comité d'accueil hostile. Pourtant, le professeur Herminoire sortit sans un regard pour les soldats qui le couvraient de leurs feux croisés. Il se dirigea d'un pas décidé droit vers les indigènes qui attendaient tournés vers eux, au milieu d'un dôme immense dont les verrières donnaient sur un paysage sous-marin éclairé ça et là par des sortes de fanaux dont les halos tremblotaient à travers l'onde. Il s'agissait d'un groupe d'hommes et de femmes, adultes bien que d'âge variés, qui portaient tous le même vêtement ample de couleur claire, la même calvitie complète et le même sourire rayonnant de bienveillance
.
« Bienvenue au sein de la Communauté pacifique, voyageurs, dit l'un d'entre eux qu'aucun détail de sa mise ou de son attitude ne désignait comme le chef du groupe. Vous êtes à présent de nouveau décontaminés et en sécurité. »
Sa voix était un murmure dans une langue que ne reconnaissait pas Murville mais qu'un petit appareil semblable à un collier porté au ras de son cou transformait aussitôt en propos hauts et intelligibles. Ceux qui le flanquaient dévisageaient avec une franche curiosité mêlée d'amusement Herminoire et ses amis aussi chevelus et en loques que lui, sans s'alarmer des fusils d'assaut que quatre d'entre eux braquaient encore dans leur direction.
« Bonjour, déclara gaillardement le professeur en marchant jusqu'à son interlocuteur à qui il tendit une main que l'autre contempla avec un léger malaise surtout lorsqu'il serra chaleureusement la sienne. Je me nomme Octave Herminoire et je suis un voyageur temporel. Mes camarades et moi avons quitté la fin du XIXe siècle et, après deux escales involontaires au XXe siècle, nous venons d'arriver chez vous. Pardonnez-nous de vous avoir ainsi dérangés... »
« ...Mais nous mourrons de faim », le coupa Boum qui venait de le rejoindre, arme toujours en main bien qu'abaissée.
Cette double affirmation fut suivie d'un silence bientôt brisé par la remarque perplexe d'un autre membre du comité d'accueil :

« Le XXe siècle ? Mais... nous sommes en l'an 912 ! »
Murville regarda ses compagnons avec hébétude : pour lui, et bien qu'il eût peu fréquenté l'école, le Xe siècle était l'époque où ses ancêtres chevauchaient en cottes de mailles à travers des bois hantés de brigands et de loups...
« Un instant, rebondit Herminoire, quelle est la date fondatrice de votre calendrier ? »
« Quelle question étrange, s'exclama une femme qui semblait presque indignée par tant d'ignorance, le Cataclysme, bien entendu ! »
« Vous parlez du Cataclysme qui a contraint vos ancêtres à quitter la surface de la Terre pour vous réfugier sous la mer, dans ce genre de... construction ? » demanda aussitôt le professeur avec un sens de la déduction qui força le respect de Murville.
« Naturellement, émit l'homme qui s'était adressé à eux en second. Votre communauté utiliserait-elle un autre calendrier ? Cela pourrait expliquer l'étrangeté de votre question... »
« Mais c'est extraordinaire ! s'exclama Herminoire dont les yeux pétillaient de joie. Vous voulez dire que nous sommes près de mille ans après l'abandon du calendrier chrétien !? A supposer que le Catavlysme soit la guerre mondiale du XXe siècle, cela signifie que nous nous trouvons à présent quelque part aux alentours de l'an 3000 ! »
Le groupe d'indigène échangeait des regards de plus en plus perplexes.
« Ecoutez, reprit en caressant son crâne parfaitement chauve celui qui leur avait adressé en premier la parole, votre naufrage a dû vous éprouver et vous semblez harassés par la fatigue. Nous allons vous fournir de quoi vous restaurer et des vêtements propres et plus confortables que vos tenues d'expédition. Nous aurons tout le temps de discuter ensuite, lorsque vous aurez le ventre plein et l'esprit au repos. A propos, pourriez-vous nous rappeler le nom de votre Communauté, afin que nous les avertissions que nous vous avons sauvés du Grand Extérieur ? »
« C'est inutile, répondit Herminoire, il s'agit d'un monde dont les autres habitants sont morts depuis bien longtemps. Nous en sommes les derniers survivants. »
« Alors acceptez mes condoléances, reprit l'autre d'une voix sans émotion. Veuillez me suivre jusqu'au réfectoire, je vous en prie. »
« C'est gentil à vous, répondit Boum. Par contre, nous conservons nos armes » dit-il en désignant la sienne qu'il portait à l'épaule.
Ce mot, nota aussitôt Murville, éveilla la curiosité des indigènes dont les regards convergèrent vers les fusils d'assaut. Toute arme que l'on exhibait, surtout les armes à répétition, suscitaient immanquablement un mélange de convoitise et de crainte chez l'interlocuteur. Pourtant, ce n'était pas le cas des membres de cette mystérieuse Communauté pacifique qui se contentaient de regarder l'instrument de mort avec bonhommie. Or rien n'aurait pu rendre le sergent des steam-marines plus mal à l'aise : en homme habitué à respecter la force et à se faire respecter par elle, il avait l'impression d'avoir soudain perdu absolument tout repère...

A suivre

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 22 août 2012, 17:06
par marius nightmare
Pfiouuu que de temps parcourut OO
Ton récit me rappel mes bon vieux bouquins de poches de SF ^^
J'en veux encore :p

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 23 août 2012, 16:17
par Münsingen
Oui, j'avoue que c'est un peu un hommage à la SF des années 60 tout autant qu'à H.G. Wells :lol:

Le réfectoire de la mystérieuse Communauté pacifique était une autre vaste salle dont les verrières donnaient sur un paysage sous-marin. Les voyageurs temporels furent invités à se coucher sur des banquettes moulées dans une matière tiède et douce puis à boire un brouet aussi nourrissant qu'insipide à même des bols réalisés dans une céramique non identifiable.
« Quel monde étrange, finit par murmurer La Fare en grattant sa barbiche. Je me demande si je n'étais pas moins dépaysé tout à l'heure sur la plage ! »
« C'est que le monde extérieur était encore le nôtre, lui répondit Herminoire. Sauf qu'il est désormais mort et que les derniers hommes vivent au fond des mers. A en juger par le nom que se donnent nos hôtes, j'imagine que nous nous trouvons quelque part sous l'Océan pacifique. »
« Le monde qui se trouve à la surface est mort parce que nous n'avons pas réussi à empêcher la guerre mondiale de 1940, professeur ? », demanda Olympe sur un ton lugubre.
« Je le crains, ma chère. Enfin, peut-être cette guerre-là mais peut-être aussi une autre ? Notre passage involontaire par Néopolis nous a montré qu'il n'y avait pas une seule ligne temporelle mais plusieurs concurrentes. Quoi qu'il en soit, des armes employées lors de ce « Cataclysme » ont empoisonné durablement les terres. Heureusement que l'eau a pu faire effet de filtre et protéger les hommes ayant trouvé refuge sous la mer, sans quoi c'en aurait été fini de l'humanité... »
« Cela veut dire que notre fille Mewenn, ainsi que l'autre enfant que nous allons peut-être avoir sont sans doute morts à cette occasion ? », demanda Esther les yeux plein de larmes.
Herminoire ne répondit rien mais serra dans ses bras son assistante qui, couchée près de lui, se mit à sangloter sans bruit. Un lourd silence s'établit alors que chacun accusait le coup des déductions du professeur.

L'arrivée d'un homme et d'une femme, entre deux âges et qui portaient dans leurs bras des piles des vêtements comparables aux leurs, fournit une heureuse diversion
.
« Voici des tenues propres pour vous », dit la femme en adressant un clin d'œil à Murville. Ce dernier nota qu'elle était très mince mais néanmoins séduisante en dépit de son crane chauve.
« Les hiérarques racontent que vous prétendez venir.... d'une autre époque. » ne put s'empêcher de dire l'homme en les dévisageant tour à tour.
« Ils ont parfaitement raison, répondit Herminoire. Nous sommes des voyageurs temporels arrivés d'une période qui se situe très loin dans votre passé ! Nous venons de l'époque où la Terre était couverte de forêts, de prairies et de champs cultivés, à l'époque où les humains vivaient hors de la mer ; bref, d'avant le Cataclysme. »
La femme éclata d'un rire franc et joyeux mais son hilarité ne se communiqua pas à l'homme.
« Nos textes les plus anciens parlent d'une telle époque, admit-il, mais leur authenticité fait l'objet de nombreuses interrogations. Les hiérarques eux-mêmes, pourtant choisis pour leur sagesse... »
« Que disent ces textes ? » l'interrompit Herminoire en se redressant sur la banquette.
« Eh bien... Ils parlent effectivement d'une période pré-cataclysmique où nos ancêtres habitaient hors de l'eau et pouvaient survivre là où seuls vont nos drones aujourd'hui, mais... C'est incroyable, vous ne seriez pas en train de vous payer nos têtes, des fois ?  »
« Je vous donne ma parole que je ne vous mens pas. Dites-moi à présent comment vos textes décrivent le Cataclysme ; une guerre, n'est-ce pas ? »
« Certains textes évoquent bien une chose appelée « guerre » qui s'apparenterait à une volonté collective de tout détruire, suivie d'un passage à l'acte. Mais nous pensons qu'il faut y voir une signification plus métaphorique que littérale car qui pourrait croire à l'existence d'une notion si stupide ? En réalité, nous ignorons tout du Cataclysme et de l'origine des radiations qui rendent la vie impossible à la surface. Nos drones cherchent des réponses sans relâches mais n'ont encore rien trouvé de réellement probant. »
« Au cours de cette guerre, est-il mentionné l'usage d'armes capables de raser des villes entières ? Des bombes, par exemple ? Et trouve-t-on dans vos textes des noms de peuples tels que français, allemands ou britanniques ? »
Les deux indigènes échangèrent un regard désemparé.
« Ecoutez, ces noms ne nous disent rien, pas plus que ces mots « arme », « ville » et « bombe » que vous venez d'employer. Vous devriez plutôt poser vos questions aux hiérarques : ils sont plus sages et savants que nous et pourront peut-être vous répondre... »
« A présent, reprit la femme, débarrassez-vous plutôt de vos tenues de voyages qui sentent si mauvais... et, surtout, de ces vilains couvre-chefs dont les poils vous pendent jusque sur les épaules et vous donnent cet air affreux. »
Ils posèrent leurs piles de vêtements puis quittèrent la pièce, laissant Herminoire, ses deux amis et les quatre steam-marines dans la plus profonde perplexité.

A suivre

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 23 août 2012, 16:44
par marius nightmare
Excellent le coup des couvres-chefs XD
Un vrai régal.

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 24 août 2012, 16:44
par Münsingen
Merci ;)

A peine la porte s'était-elle refermée qu'elle se rouvrit sur le groupe d'indigènes qui les avait accueillis et que les autres qualifiaient de « hiérarques ». Tous affichaient l'air préoccupé.

« Pardonnez cette intrusion, dit celui qui depuis le début semblait être leur chef, mais nous n'avons pu nous empêcher d'écouter votre conversation avec les blanchisseurs. Il se trouve que ces notions de « ville » et de « guerre » dont vous parliez sont bien présentes dans les textes évoquant le Cataclysme. Nous interprétons la première comme un agglomérat primitif de communautés. Quant à la « guerre », il s'agirait d'une épidémie de maladie mentale amenant les patients à provoquer un maximum de destruction autour d'eux par tous les moyens disponibles. Si vous êtes bien des... gens du passé comme vous l'affirmez, avez-vous été confrontés à de telles choses autrefois ? Il nous serait utile de vous entendre les relater. »
« Si nous y avons été confrontés ? s'exclama Murville. Oh, oui, je puis vous affirmer que je suis un homme de guerre et que j'ai tué beaucoup de monde ! »
Herminoire lui coupa la parole en le foudroyant du regard :
« A notre époque, la surface de la Terre était belle et bien couverte de villes mais je suppose que mille ans d'érosion en ont fait disparaître les traces... ou bien que vos drones ne sont pas en mesure de les distinguer puisque la science, par définition, ne voit que ce qu'elle croit connaître. Du reste, les villes ne vous sembleraient exotiques que par leur ampleur car, comme vous l'avez dit vous-mêmes, il ne s'agit que de communautés humaines sédentaires. La guerre, en revanche... Eh bien, je doute de pouvoir vous la décrire. Imaginez une bagarre qui se développerait à une échelle généralisée. »
Le regard perdu des indigènes laissa entendre que le concept dépassait leur imagination.
« Euh... Qu'appelez-vous une bagarre ? », demanda soudain une femme relativement jeune.
« N'y a-t-il donc jamais de violence dans votre communauté ? » questionna Esther impressionnée.
« Ces gens vivent dans un monde où le pouvoir des dominants n'est jamais remis en question, intervint Olympe, aussi n'y a-t-il aucune raison pour que des bagarres éclatent ! Je l'ai toujours su : c'est bien la preuve que la monarchie est supérieure à tous les autres systèmes politiques ! »
« Complétement absurde, rétorqua La Fare. La France, la Grande-Bretagne, l'Edelstadt et la Prusse étaient des monarchies en 1874 et on a vu quelle Grande Guerre ça a donné ! »
« La Grande Guerre, est-ce ainsi que l'on appelait le Cataclysme à votre époque ? », demanda un autre hiérarque qui avait suivi cet échange avec un intérêt.
« Non, fit Herminoire, cette Grande Guerre n'a été que la répétition d'une seconde, encore plus terrible, qui a bel et bien détruit le monde. Nous ignorons à quelle date exacte cette seconde guerre mondiale s'est produite mais nous pensons qu'elle a eu lieu au milieu du XXe siècle. Ce qui signifie que les sept que vous voyez ici sommes tous nés quelque part vers moins 100 avant votre ère. »
« Si on m'avait dit un jour que j'atteindrais l'age de 1000 ans ! » ricana Boum.
« Ne le prenez pas mal, déclara doucement le chef des hiérarques, mais nous ne parvenons pas à vous croire. Nous ne vous accusons pas de mentir car vous semblez tous sincères, et vous êtes effectivement des humains différents de nous ne serait-ce que par ces poils qui couvrent vos têtes à l'instar de celles des animaux de boucherie. Mais ce que vous affirmez paraît tellement... inconcevable. »
« Nous le comprenons, répondit Herminoire, nous-mêmes aurions du mal à vous croire si les positions étaient inversées. Mais regardez cette grosse boite que je portais sur le dos quand votre drone nous a trouvés : il s'agit de ma machine à voyager dans le temps. J'espère qu'elle fonctionne encore car, si c'est le cas, nous pourrons vous montrer que nous ne sommes pas des affabulateurs. Que diriez-vous de revenir à l'époque pré-cataclysmique et d'y passer quelques heures avec nous ? »
« Peut-être pourrons-nous même empêcher le Cataclysme ! » ajouta le comte avec enthousiasme.
A ces mots, les hiérarques se figèrent.

« Vous auriez donc le pouvoir de modifier le passé ? » s'écria l'un d'entre eux, visiblement inquiet.
« Disons plutôt le pouvoir de l'améliorer ! Ainsi, vos ancêtres n'auraient pas à aller se terrer sous la mer. Ils conserveraient la possibilité de vivre à la surface, de goûter la caresse du vent, le soleil... »
Il se tut car le professeur Herminoire lui faisait de grands gestes. Mais il était trop tard.
« Si vous empêchez le Cataclysme, quelle chance aurons-nous d'exister en l'an 912 ? s'exclama un autre hiérarque. Faire cela reviendrait à nous faire mourir tous ! Ce serait une folie ! »
« Du calme, intervint le professeur. Il ne s'agissait que d'une idée dont Monsieur le Comte usait à titre d'exemple. Avoir un pouvoir n'a jamais contraint personne à l'exercer, n'est-ce pas ? »
Ni ses paroles ni son sourire enjôleur n'eurent cependant l'effet escompté sur les hiérarques.
« Et puis si nous voulions vous tuer, crut bon d'ajouter Boum en désignant du doigt son fusil appuyé contre la banquette où il était toujours vautré, nous aurions juste à utiliser nos armes ».
« Ainsi, c'est ça, une « arme » ? C'est avec ces bâtons qu'on perpètre la « guerre » ? » demanda une femme en tendant la main vers le fusil. Ses gestes, nota Murville, évoquaient ceux d'une somnambule.
« Vous parlez d'un bâton ! » ricana Boum en la regardant faire sans réagir.
Herminoire lança un cri d'alerte mais il était trop tard : la femme s'emparait déjà de l'arme en l'empoignant par le canon. Boum la ceintura aussitôt mais ne put l'empêcher de lancer l'engin à un autre hiérarque si bien que, furieux, il lui fit une clef de bras qui la contraignit à tomber à genoux. Puis il continua de lui tordre le bras jusqu'à ce qu'il entende craquer les ligaments du coude. La femme poussa un hurlement de démente qui ricocha contre les murs de la salle et s'évanouit de douleur.

« Arrêtez  ! Ne faites pas de bêtise! » cria Herminoire épouvanté alors que les autres steam-marines s'emparaient déjà de leurs propres fusils d'assaut, prêts à tirer sur le hiérarque armé.
« Votre machine doit être détruite ! » hurla ce dernier en passant à l'attaque.
Herminoire tenta de s'interposer mais dut faire un pas de côté pour éviter le coup de son interlocuteur, qui assena de toutes ses forces la crosse du fusil de Boum sur la machine temporelle. L'impact fit partir le coup, si bien qu'une courte rafale cribla soudain l'abdomen du hiérarque. Il mourut en affichant sur son visage l'air le plus ahuri que Murville ait jamais vu, tandis que ses camarades se ruaient vers la porte avec des glapissements de terreur pure.

« Ne tirez pas ! », cria Murville à ses hommes qui épaulaient en direction des fuyards.
« Mon Dieu, qu'avons-nous fait là ! », s'exclama le professeur en regardant tour à tour l'homme mort, la femme évanouie, sa machine endommagée et la porte qui se refermait sur la salle.

A suivre

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 24 août 2012, 18:19
par marius nightmare
Eh beh, que vont faire nos amis? réparer la machine? appelez Mc gyver on a besoin de solutions ^^

Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Publié : 29 août 2012, 16:15
par Münsingen
« Ce que nous avons fait ?, demanda Boum en retour. Nous nous sommes défendus, c'est tout. »
« C'est ma faute, dit le comte très pâle. Mais je n'imaginais pas une seule seconde... »
« Non, c'est ma faute à moi, le coupa Herminoire. J'aurais dû vous sensibiliser au danger qu'il y a à parler avec des gens qui appartiennent à d'autres époques que le nôtre. On ne joue pas impunément à l'apprenti-sorcier. »
« Ca ne nous dit pas ce que nous devons faire à présent, constata Murville en jetant un regard gêné sur la femme toujours évanouie. Il vont forcément revenir... et avec des intentions très différentes de celles qu'ils avaient jusque là à notre égard. »
« S'ils sont vraiment aussi pacifiques qu'ils le prétendent, fit valoir Esther, nous ne risquons pas grand chose. »
« Olympe et La Fare, dit Murville sans prêter attention aux paroles de la grande brune, le fusil de Boum doit être vide. Partagez avec lui ce qu'il vous reste de munition : il va nous falloir un maximum d'armes en état de tirer. »
Le sergent des steam-marines s'approcha de Herminoire, qui s'était agenouillé sur la carcasse de sa machine temporelle, et lui demanda :
« Est-elle réparable, professeur ? »
« Difficile à dire, mon bon Mumu. Mais je l'espère vivement car le mieux qu'il nous reste à faire est de décamper d'ici avant de provoquer d'autres catastrophes. »
« Jusque là, notre expédition temporelle n'est qu'une série d'échecs, n'est-ce pas, mon vieil Octave ? » soupira le comte en se dirigeant vers la femme évanouie pour l'ausculter machinalement.
« Eh bien... Peut-être ai-je mis la barre trop haut en m'imaginant que nous pourrions sauver le monde ? admit Herminoire. Après tout, nous ne sommes pas des héros de cinématoscope ! »
« Tout de même, s'insurgea La Fare, nous avons aidé des révolutionnaires à chasser un tyran ! Rien que pour cela, je ne regrette pas le voyage. »
« Et nous avons découvert des armes du tonnerre », ajouta Boum en finissant de garnir le chargeur de son fusil d'assaut avec les cartouches que lui tendaient ses deux frères d'armes.
« Sans compter les moments exceptionnels que nous avons vécus, renchérit le comte ; des moments plus exaltants que mes meilleurs voyages dans les bras de l'opium ou de la morphine ! Même si je dois admettre qu'ils étaient tout aussi effrayants. J'ignore si ma santé mentale pourra en encaisser encore davantage... »
Murville haussa les épaules. Les jérémiades de cet aristocrate oisif commençaient à lui porter sur les nerfs.
« Où allons-nous à présent, professeur ? Vers le passé ou bien l'avenir ? »
Le professeur Herminoire gratta sa barbiche avant de répondre :
« Où la machine voudra bien nous mener. Elle semble encore fonctionner, Dieu merci, mais paraît quelque peu déréglée et je n'ai pas les outils pour y remédier. »
« N'est-ce pas dangereux, Octave, d'entreprendre un voyage dans de telles conditions ? », demanda Esther.
« Le plus dangereux, pour l'instant, est de rester ici, répondit le professeur sans ciller au fait que son assistante l'avait appelé par son prénom. Bien, regroupez-vous auprès de moi, nous allons bientôt repartir. »

Lorsque les hiérarques investirent de nouveau la pièce, ils ne retrouvèrent des voyageurs temporels que des taches d'eau et de boue, ainsi qu'une étrange odeur d'ozone.

Fin du chapitre 4