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Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 27 février 2012, 15:47

Ah, toi, tu sais nous tenir en haleine ^^
Et t'as tout pigé de Boum :)
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 28 février 2012, 12:09

« Ainsi, mon bon Mumu, le moment des explications est arrivé. Qu'il en soit ainsi !
Tout d'abord, le peu que nous avons vu jusqu'ici de cette guerre ne doit pas nous abuser : pour faire court, en ce 23 mai 1940, l'armée française est sur le point de lâcher ses positions. Napoléon V attend l'arrivée de renforts britanniques mais, comme ceux-ci sont en train de se regrouper à Dunkerque, il ne pourra pas compter sur eux pour sauver Paris de l'imminente invasion allemande. L'empereur des Français est donc déterminé à jouer son va-tout : il vient d'ordonner à son fils, le très populaire prince Jean-Napoléon, de gagner l'Alsace à la tête d'un régiment de la Garde Impériale. Il espère que l'arrivée de son fils va permettre de restaurer le moral en berne des soldats sur le front. Il ne se doute pas qu'en réalité, son fils chéri va se faire tuer par un obus perdu dans deux jours, alors qu'il passera à proximité d'une petite localité appelée Pferdenklopf ; ni que cette nouvelle va le bouleverser au point qu'il va commettre l'irréparable en ordonnant de bombarder Berlin à l'aide d'armes d'un type nouveau, appelées missiles plutoniques et qui étaient en principe destinées à la seule dissuasion. Or, l'Etat-Major français étant resté aussi servile et incompétent que celui que nous avons connu lors de la dernière guerre, ils vont bel et bien accepter d'envoyer ces missiles sur la capitale allemande, qui va se trouver après les frappes dans un état de ruines pire encore que celui où vous avez vu Vienne après 1875.
Du reste, l'armée allemande possède plus de missiles plutoniques que ses adversaires, pour la plupart disséminés à bord de sous-marins appelés « U-Boat lanceurs d'engins ». Or, suite à cette agression d'une violence aveugle contre sa population civile, elle va y répondre par une frappe massive sur les principales villes alliées, de Lyon à New-York, qui vont toutes être réduites en cendres. Avant d'agoniser, les puissances alliées auront tout juste le temps de riposter par d'autres frappes sur l'Allemagne, l'Autriche, et même sur la Russie et le Japon que l'on soupçonne d'aider l'ennemi en sous-main. Bref, après les dégâts provoqués par les explosions-mêmes, les radiations engendrées par ces bombes que ne manqueront pas de disperser les vents vont finir de transformer les pays industrialisés en un vaste cimetière. Quant au reste du monde, totalement déstabilisé par ce brusque vide, il ne tardera pas à sombrer dans une sinistre guerre de succession qui le mettra lui-aussi à feu et à sang -- bien que d'une manière plus « classique » que ce qui se sera passé dans nos pays.
Bref, voici ce qui doit se produire si nous laissons l'Histoire suivre son cours dans les quarante-huit prochaines heures. Or, pour l'éviter, il nous suffit d'empêcher le prince impérial de se rendre à l'endroit où il a rendez-vous avec la mort. Certes, sauver la vie de Jean-Napoléon ne mettra pas fin à la guerre. Mais cela empêchera cette guerre de prendre les dimensions cataclysmiques que j'ai vues lors de mon premier voyage en l'an 1940. Tel est notre objectif. »
« Mais... encore combien de temps durera cette seconde guerre mondiale si les frappes plutoniques n'ont pas lieu ? Et qui la gagnera finalement ?»
« Comment le saurais-je puisque la réussite de notre action va ouvrir les portes d'un avenir différent ? J'imagine que le conflit va progressivement épuiser les deux camps et que l'on aboutira à une paix blanche comparable à celle qu'ont signée la Confédération et l'Union américaine après la Guerre de Sécession en 1865... à moins que l'un des deux camps ne finisse pas l'emporter malgré tout, à l'instar de l'alliance franco-anglo-edelstadtienne durant la guerre de 74-78 ? »
« Ne pouvons-nous rien faire de plus pour aider les Alliés ? D'après ce que vous nous avez dit de l'Allemagne du XXe siècle, elle a l'air encore pire que ses adversaires... »
« Mais, mon bon Mumu, de quel droit ferions-nous de l'ingérence dans une guerre qui concerne les gens d'une autre époque que la nôtre ? Je vous rappelle que nous sommes venus en 1940 pour empêcher la fin du monde, pas pour aider l'un des deux camps à l'emporter. Faisons confiance aux jeunes générations pour trouver le moyen de régler leurs problèmes comme des grands !  Ce sera douloureux, certes, mais ils devront se débrouiller tout seuls.»
Tandis que Murville méditait les dernières phrases du professeur, le comte entra dans la maison dévastée avec un sourire triomphal. Il brandissait dans une main un petit livre des postes et, dans l'autre, une carte d'état-major froissée.
« Figurez-vous, professeur, qu'une certaine Mewenn Schmidt-Herminoire habite le village de Kleindorf ! »
« Excellent, mon ami, répondit le professeur en lui arrachant la carte des mains. Si mes souvenirs sont bons et si j'ai bien calculé notre position, ce village n'est qu'à une dizaine de kilomètres d'ici. Laissez-moi vérifier ! »
Laissant les deux hommes étudier la carte, Murville sortit sur le pas de la porte et s'écria :
« Rassemblement ! Prenez chacun une arme et autant de munitions que vous le pourrez. Nous partons dans dix minutes. Exécution ! »

A suivre.
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 01 mars 2012, 17:34

Il ne fallut que quelques minutes de recherche au professeur pour découvrir le village dont il était question. Après quoi Murville le vit attendre fébrilement sur le pas de la porte que les autres soient enfin prêts au départ.
« J'ai trouvé aussi des grenades et puis ce truc », lui annonça non sans fierté Boum en lui présentant l'un des tubes métalliques à l'extrémité en forme de bulbe.
« As-tu seulement une idée de ce que c'est et de comment ça marche ? »
« Il y a une détente, alors j'imagine qu'il suffit d'appuyer dessus en pointant le gros bout sur une cible pour qu'il se passe quelque chose ! »
« La question est justement de savoir quel est ce « quelque chose » qui doit se passer alors... »
Boum éclata d'un rire inquiétant :
« Je te parie que le bout est éjecté en direction de la cible et que ça se passe mal pour elle à ce moment là. Boum-Boum ! »
Murville fit une moue perplexe et détourna la tête vers Olympe et La Fare, qui arrivaient au rapport, la poitrine barrée par des fusils d'assaut et les poches débordant de chargeurs.
« Allons-y ! » dit-il simplement en adressant un signe de tête à Herminoire.
Alors qu'ils quittaient le village ravagé où les mouches commençaient à s'accumuler autour des cadavres, il se demanda s'il n'aurait pas dû dire à ses hommes de se munir aussi de masques à gaz. Mais l'idée d'en prélever sur des cadavres en cours de décomposition lui avait paru intolérable. Il se remémora alors bien malgré lui la fois où il avait dû chausser les lunettes de protection de son ami Maurice Solal, dont la tête venait d'être éclatée par une balle de mitrailleuse, et eut malgré lui un haut-le-corps [cf Grossmandal 1878, une aventure du C.al Mumu]. Ca ne faisait qu'un an et demi que cet épisode douloureux avait eu lieu mais il lui semblait déjà appartenir à une époque révolue, une époque extrême où le besoin de survivre lui avait fait faire des choses telles qu'elles lui paraissaient avec le recul totalement irréelles. Un an et demi avaient passé depuis ce qu'on allait appeler la « Première Guerre mondiale »... à moins de considérer qu'il s'était en réalité passé soixante-deux ans puisqu'on était désormais en 1940 ! « La Fare, Boum et moi serons les seules personnes à avoir combattu pendant les deux guerres mondiales » se dit-il. Et cette idée le fit éclater d'un rire sans joie qui fit sursauter le professeur.
Les deux hommes marchaient en tête. C'était contraire au protocole de sécurité voulant que ceux qui commandaient ne soient pas exposés aux premiers tirs si l'on se trouvait brusquement sous le feu ennemi. Mais depuis qu'il avait en tête l'objectif de découvrir la maison de sa fille, Herminoire semblait s'être fait pousser des ailes. Or Murville tenait à rester près de lui. Durant la Grande Guerre, il avait vu quelques soldats héroïques faire rempart de leurs corps à leurs officiers ; mais il en avait vu beaucoup d'autres qui, trop heureux de se débarrasser de chefs détestés, les abandonnaient à leur sort à la première occasion, même au prix de la menace de passer en conseil de guerre. Et il avait même vu certains soldats abattre leurs officiers à la faveur de la vaste confusion qu'entraînait toute situation de combat : lui-même n'avait-il pas tiré à bout portant sur le caporal Frisolon quand ce dernier lui avait donné un ordre inacceptable ? [cf Schweintrog 1876, une aventure du C.al Mumu]. Ce souvenir le rappela à la réalité présente : que pensait-il de ce professeur Herminoire qu'il devait considérer comme son supérieur le temps de cette mission ? S'il advenait qu'il soit soudain pris pour cible par un éventuel sniper tapi dans les bois ou couché dans les champs qui bordaient le chemin, lui ferait-il un rempart de son corps ? Oui, certainement ; parce qu'il était un steam-marine, un « mercenaire un tantinet idéaliste » comme l'avait si bien dit La Fare, mais aussi parce qu'au fond, il se sentait gagné de sympathie et de respect pour ce « civil » dont il appréciait la grandeur d'âme et la détermination.

A suivre
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 01 mars 2012, 18:21

Chouette, de quoi faire mumuse :)
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 02 mars 2012, 12:22

Alors que Murville s'adonnait à ces réflexions, un fracas retentit au dessus des nuages, suivi par un sifflement strident. Ce phénomène évoquait l'explosion d'un obus à shrapnels, si bien que le groupe se jeta instinctivement contre les talus du chemin en se couvrant la tête à l'aide des mains. Mais aucune pluie de métal ne vint déchirer le ciel printanier.
« Tout va bien, annonça Herminoire au bout de quelques secondes. Je ne maîtrise pas encore la technologie de cette époque mais il semblerait que les avions produisent ce bruit quand ils dépassent une certaine vitesse. »
« Il a néanmoins largué un parachute », fit observer Olympe qui s'était déjà relevée pour surveiller les environs.
« Un homme ? » demanda Murville à qui le mot rappelait les innombrables sauts qu'il avait effectués en territoire ennemi au sein des forces spéciales aéroportées de Napoléon IV.
« Dur à dire... »
« Attendez ! » s'écria Herminoire en déployant une longue-vue télescopique fixée sur l'un de ses brassards de cuir.
« Vous êtes décidément un homme plein de ressources, professeur », ne put s'empêcher de dire Murville.
Mais le professeur de l'entendit pas
.
« Ce n'est pas un homme... On dirait un genre de caisson. Ah, il vient d'atterrir... juste du bon côté de cette petite butte. Quelque chose bouge... Bigre, quelle surprise ! »
« Que voyez-vous ? »
« Regardez par vous-même car je n'en crois pas mes yeux... »
Murville s'empara de la lunette et constata que le caisson dont parlait Herminoire était en train de s'ouvrir, mû par un mécanisme interne automatisé. Il en sortit une sorte d'araignée de métal qui déploya ses longues pattes et se mit debout. Son « corps », qui culminait à la hauteur d'une tête d'homme, était pourvue d'une antenne, d'un phare et d'un canon de mitrailleuse relié à une interminable bande de munition.
« Bon Dieu ! Mais qu'est-ce que c'est que cette horreur ?! »
« Un Goliath, lui répondit La Fare. J'ai connu des types qui prétendaient en avoir combattus à la fin de la Grande Guerre, quand les Prussiens ont lancé leurs derniers prototypes militaires dans la bataille afin de retarder l'inéluctable [cf « Münsingen inspirate » par La Quadrature ; merci pour l'idée, camarade ;) ].
« Un Goliath ? Mais encore ? »
« C'est un miniblindé automatique : le nettoyeur de tranchées ultime. Ceux de notre époque n'étaient déjà pas faciles à combattre, alors je n'ose même pas imaginer ce que doivent être ceux d'aujourd'hui. »
« Peut-être ne va-t-il pas s'intéresser à nous ? » fit valoir le comte qui déglutissait avec peine.
« J'ai bien peur de ne pas partager votre optimisme, reprit calmement La Fare. Ces machines sont conçues pour tuer tous les êtres vivants qu'elles repèrent. Leurs propriétaires eux-mêmes sont obligés de les désactiver avec une télécommande quand elles ont fait leur œuvre car elles ne distinguent pas les amis des ennemis. »
« On dirait bien qu'elle se dirige vers nous, ajouta le professeur qui avait récupéré sa longue-vue. Que faisons-nous, sergent ? »
« Steam-Marines, déployez-vous ! s'écria Murville. Prenez position dans les champs mais restez couchés jusqu'à ce qu'elle soit à portée puis balancez-lui tout dans le gueule ! »
« C'est-à-dire, sergent, que nous ignorons la portée exacte de ces « fusils d'attaque » dont nous venons de nous équiper », reprit La Fare d'une voix toujours aussi professionnelle.
« Eh bien... dans ce cas tirez quand vous sentirez que c'est le moment », répondit-il en se sentant soudain sur le point d'être submergé par une nouvelle vague de panique.
Puis, considérant que l'action était le meilleur remède à la peur, il donna l'exemple en escaladant le talus et en bondissant dans le champ que le Goliath était en train de parcourir à la vitesse de ses grandes jambes arachnéennes. Il eut tout juste le temps de se jeter à plat ventre dans la terre humide quand la machine ouvrit le feu : un tas de pierres providentiellement situé quelques mètres devant lui arrêta la première rafale, qui se perdit dans une nuage d'étincelles et de silex pulvérisés.

A suivre
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 02 mars 2012, 12:32

Youpiiii de l'action. De quoi enfin se lâcher un peu ^^
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 02 mars 2012, 18:10

marius nightmare a écrit :Youpiiii de l'action. De quoi enfin se lâcher un peu ^^
Allez, avant de partir en week-end :p

Les balles crépitaient tout autour de Murville mais, à cette portée, le système de visée du Goliath ne semblait pas capable de distinguer la chair humaine de la pierre. La machine se contentait donc de tirer sans discontinuer, enveloppant sa cible dans un brouillard aveuglant et étouffant de poussière de rocher parcourue d’éclairs métalliques. Dans les films patriotiques dont les théâtres cinématoscopiques inondaient les pays vainqueurs de la Grande Guerre, les héros pris sous le feu de l'ennemi n'hésitaient jamais à se redresser pour riposter fièrement au nom de la Grande-Bretagne, de l'Edelstadt ou de la France éternelle. Mais la vie n'était pas un film et les balles qui fusaient autour de Murville étaient bien trop réelles pour qu'il s'aventure à les braver : il aurait suffi qu’une seule d’entre elles trouve sa route jusqu’à lui pour le transformer en paquet de viande hurlante et agonisante. Aussi se contentait-il de se plaquer de toutes ses forces contre la terre grasse d'Alsace, aveuglé, assourdi par le vacarme du métal heurtant la pierre et priant pour que ses camarades le sortent de ce mauvais pas avant le moment fatidique où ses nerfs finiraient par le lâcher définitivement.
La Fare et Olympe avaient suivi l'exemple de leur chef : ils avaient plongé à leur tour dans les sillons détrempés du champ et ouvert le feu simultanément. Leurs armes du XXe siècle avaient un son plus régulier que celui des mitrailleuses et des steam-guns car leur cadence de tir était telle qu'une oreille humaine n'était plus capable d'en distinguer les différentes détonations. Leurs rafales n’évoquaient plus que le ronronnements d'une scie mécanique lancée à pleine vitesse. Du reste, au bout de deux secondes à peine, les chargeurs se trouvèrent vides et les fusils d'assaut se turent. Or le feu de barrage n’avait pas ralenti le blindé automatisé qui poursuivait inexorablement sa route en mitraillant à la ronde : il avait simplement pris acte de la riposte en cessant de concentrer son feu sur Murville pour lancer des rafales plus lâches dirigées contre ses trois cibles. La Fare et Olympe furent bientôt cloués au sol à leur tour, aspergés de mottes de terre arrachées par les balles qui passaient à quelques centimètres de leurs visages. De leur côté, Herminoire, Esther et le comte restaient blottis dans le chemin creux, soit qu'ils eussent été tétanisés par la peur soit qu'ils eussent compris qu'une attaque frontale étaient vouée à l’échec. La machine de mort n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres, totalement maîtresse de la situation.
« Putain, on va tous crever ! » s'exclama Murville en vidant à son tour son chargeur, à l'aveuglette par dessus les pierres qui lui avaient jusque là sauvé la vie.
C'était compter sans Boum. Loin d'adopter la posture prudente de ses frères d'armes, le quatrième steam-marine s'était avancé à pas lents vers l'adversaire, qu'il tenait dans le collimateur de son étrange tube de métal. Une balle du Goliath arracha son chapeau et une seconde vint lui entailler la pommette mais il n'y prêta pas la moindre attention. Il se contenta d'attendre d'être certain d’avoir sa cible en joue puis pressa la détente. Une gerbe de feu d'un bon mètre de long jaillit à l'arrière du tube, si bien que Murville s'imagina que Boum l'avait pointée dans le mauvais sens. Mais une fraction de seconde plus tard, l'extrémité en forme de bulbe de l'arme se détachait avec un sifflement rauque et atteignait le blindé en pleine tête, qu'elle pulvérisa dans un nuage de débris enflammés. Décapitée, la machine fit encore quelques pas maladroits sur ses longues jambes arachnéennes puis s'immobilisa parcourue de petits arcs électriques.
Murville exhala un long soupir tandis que les autres poussaient des cris de joie autour de lui
.
« C'est extraordinaire ! s'exclama le comte dressé de toute sa haute taille. Je n'ai encore jamais rien vu d'aussi incroyable de toute ma vie. »
« Boum-boum ! » conclut simplement Boum dont les yeux pétillaient de joie. De mémoire de ses camarades, c'était la première fois qu'ils le voyaient vraiment heureux.
Tandis que Murville se relevait groggy et sincèrement surpris d'être indemne, il vit La Fare et Olympe se jeter dans les bras de leur frère d'arme, tels les membres d'une équipe sportive à l'annonce de la victoire. Il se joignit à leur embrassade et sentit l'exaltation qui vibrait dans l'air le gagner et le galvaniser. En cet instant précis, les quatre steam-marines n'étaient plus un groupe de mercenaires en mission mais une famille, solidaire, aimante et heureuse... à moins qu’il ne se soit agi d’une meute de fauves convaincus de leur toute-puissance
.
« Nous sommes les steam-marines, s'écria-t-il, l'élite de l'élite ! Chacun des nôtres vaut cent des leurs et, quand nous nous battons, c'est toujours pour tuer ! »
Les trois autres y répondirent par une clameur sauvage, le cri que devaient pousser les chasseurs venant d’abattre les mammouths de la préhistoire.
« Souriez ! » leur dit soudain Herminoire en fixant sur eux un petit appareil qui les aveugla d'un puissant flash lumineux.
Derrière lui, Esther et le comte semblaient hilares mais il était difficile si c'était dû à la joie d'avoir survécu ou au caractère cocasse de la scène.

« Vous avez été magnifiques, conclut le professeur en rangeant son appareil dans un petit étui de cuir dissimulé sous son manteau. Mais nous n'avons pas encore accompli notre mission : il faut nous remettre en route car le temps joue contre nous. »
Murville acquiesça et, après une dernière accolade à Boum, prit la tête de la colonne qui regagna le chemin.

A suivre
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 02 mars 2012, 19:03

Excellent :)
Merci pour ce cadeau :)
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 05 mars 2012, 12:04

Ils atteignirent Kleindorf après encore une heure de marche qui ne fut ralentie par aucun autre incident. En revanche, le chemin et les champs qui le bordaient étaient criblés de cratères d'obus, ce qui permit à Murville d'en déduire qu'on était en plein no-man's land au moment précis qui séparait la préparation d'artillerie – laquelle avait été manifestement intensive – et l'assaut allemand sur les lignes françaises. Ce n'était qu'une question de minutes avant que les Allemands ne déferlent par milliers sur la zone et ce fut donc avec un soulagement extrême qu'il vit le petit panneau de fer blanc annonçant le nom du village fiché sur un poteau au bord du chemin.
Comme le précédent, il avait été bombardé et la plupart des maisons étaient réduites à des tas de ruines. L'anxiété se peignit alors sur les traits du professeur Herminoire... du moins jusqu'à ce qu'Esther, partie en reconnaissance, ne l'appelle avec force gestes
.
« J'ai trouvé la maison de Mewenn ! »
C'était une petit maison à colombage, dont le toit avait été soufflé par un obus mais qui tenait encore debout.
« Comment savez-vous que c'est celle-là, ma chère ? » lui demanda le comte incrédule.
« Mais, Monsieur le comte, comment expliqueriez-vous autrement ce nom de « Villa Brocéliande » qui figure sur le portail ? C'est un peu de sa Bretagne natale que notre fille a apportée en ces terres lointaines. »
Une larme de joie semblait briller dans ses grands yeux bleus.
Concentré sur sa mission, le professeur le dépassa sans manifester d'émotion et se rua à l'intérieur, ce qui était d'autant plus facile que le souffle de l'explosion avait arraché la porte de ses gonds. Il marqua néanmoins un temps d'arrêt en constatant que tout le mobilier intérieur de la maison avait été éparpillé par le blast
.
« Vous craignez que la cachette n'ait été détruite ou rendue invisible ? » lui demanda Murville qui l'avait suivi à l'intérieur.
Le professeur ne répondit rien et se mit à parcourir fébrilement la maison.

A suivre
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 06 mars 2012, 12:22

Le professeur s'arrêta brusquement devant un grand tableau fixé contre une paroi, que l'explosion avait certes désaxé mais à peine abimé. Il s’agissait d’un portrait représentant un homme assis dans un fauteuil au large dossier arrondi d'où sortaient des mécanismes de cuivre et de verre empli d'un liquide rouge. Vêtu d'un complet gris, il était coiffé d'un chapeau haut de forme tirant sur le roux et orné de goggles, sous lequel cascadaient de longs cheveux bruns. Son nez portait de petites lunettes rondes, qui ne dissimulaient en rien l'intensité de son regard et qu'il ajustait de sa main droite, tandis que la gauche tenait un livre appuyé sur ses genoux.
« On dirait que votre fille a conservé une certaine admiration à votre égard, dit Murville sans cacher son amusement. En tous cas, vous êtes très réussi. »
Pour toute réponse, Herminoire caressa le portrait d'une main distraite.
« Puis-je vous poser une question professeur ? »
Comme l'autre lui adressait un regard l'encourageant à poursuivre, Murville ajouta :
« Je ne crois pas que vous nous ayez fait prendre tous ces risques et perdre ce temps seulement pour retrouver quelques armes cachées ici par votre fille. Des armes, nous en avons déjà trouvées. Alors qu'êtes-vous venu chercher chez votre fille, en réalité ? »
Le professeur parut troublé mais fit face :
« Eh bien... En vérité, c'est Mewenn elle-même que j'espérais trouver en ces lieux. Comme vous vous en doutez, je ne suis pas un homme qui a le loisir de consacrer tout le temps qu'il le souhaiterait à sa famille. Aussi je pense que ma fille ne conserve de moi que le souvenir d'un homme trop distant, étrange et un peu inquiétant à l'image de ce portrait. J’espère qu’elle a néanmoins compris que ce n’était pas par choix mais par besoin de servir de grandes causes ; des causes telles qu'il fallait aussi y entraîner la femme que j'aimais, quitte à l'exposer aux pires dangers ; des causes qui nous ont aussi tous les deux amenés à délaisser notre fille adorée. Oui, c’est cela que j’aurais voulu pouvoir lui expliquer, maintenant qu'elle doit être elle-même devenue grand-mère et capable de m'entendre et de me pardonner de l'avoir ainsi délaissée. Il est si difficile de faire comprendre cela à une enfant... »
« Mais, qu'imaginiez-vous, professeur ? Nous sommes sur une ligne de front ! Ce n’est pas plus un lieu pour les grands-mères que pour les petites filles ! »
« Vous avez raison : Mewenn et sa famille ont évidemment dû être évacués avec les autres civils. J’ai été sot. Et puis, d'ailleurs, comment aurait-elle réagi face à cet homme de vingt ans plus jeune qu'elle venant soudain frapper à sa porte pour lui dire qu'il est son père et qu'il l'aime ? »
Il se força à rire mais Murville perçut comme un voile dans ses yeux.
« C'est mieux ainsi, conclut Herminoire. Les vivants doivent rester avec les vivants et les morts avec les morts. »
« Autre question, professeur : qu'y a-t-il vraiment derrière ce portrait ? N'avez-vous demandé à votre fille de ne cacher rien que des armes dans le coffre que dissimule ce tableau ? »
Herminoire sourit, franchement cette fois-ci :
« Vous êtes décidément perspicace, sergent. Non, il y a effectivement bien plus que deux fusils d'assaut et quelques pistolets dans ce coffre. Laissez-moi vous montrer. »
Il ôta son portrait du mur, révélant la porte métallique du coffre-fort que Murville s'attendait à y voir.

A suivre
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