Coucou !

Désolé de l'indisponibilité du forum ces derniers temps. La situation actuelle n'a pas été très facile et ça a mis plus de temps que prévu.

Mais ça y est ! C'est revenu !

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Khin
(29/11/2020)

Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 20 février 2012, 12:45

hip hip... \O/

J'suis content content :)

Merci.
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 21 février 2012, 12:18

Tandis que les sept compagnons progressaient à vivre allure en file indienne, Murville ne pouvait s'empêcher d'imaginer la tête que ferait un éclaireur du XXe siècle s'il venait à les apercevoir vêtus de leurs redingotes et de leurs chapeaux d'un autre âge – car même les deux femmes avaient revêtu des tenues d'hommes, moins encombrantes que leurs robes à tournure.
“ Dites-moi, professeur, demanda-t-il à Herminoire qui marchait devant lui, pourquoi ne pas avoir apporté d'armes, puisque nous avons pu faire voyager nos vêtements en même temps que nos personnes ?”
“Vous voudriez opposer aux soldats de 1940 des steam-guns et des mousquetons à amorce, sergent ? rétorqua l'autre en guise de réponse. Auriez-vous affronté les Prussiens de 1878 avec les fusils de Napoléon Ier ?”
“A vrai dire, c'est un peu ce que l'armée française a prétendu faire contre les Prussiens de 1870... Mais les résultats vous donnent raison : ce fut un massacre. Il n'empêche qu'un armement obsolète est toujours préférable à pas d'armement du tout.”
“Ne vous inquiétez pas, j'ai pris mes précautions. J'ai lors de mon dernier voyage, celui que j'ai entrepris le mois dernier pour me rendre avant-hier – si vous me permettez cette expression osée – caché des armes tout ce qu'il y a de plus modernes non loin d'ici. La première étape de notre mission va consister à gagner cette cache et à nous équiper. J'y ai aussi déposé quelques tenues plus discrètes que celles que nous portons actuellement.”
“Ainsi, professeur, vous avez effectué deux voyages jusqu'à cette année 1940 : un premier qui vous a mené le mois prochain, puis un second qui vous a amené avant-hier – fichtre, nous allons avoir du mal à nous exprimer de manière claire...”
“Vous avez néanmoins compris, mon bon Mumu : après avoir constaté l'horreur de ce qu'était devenu le monde en juin 1940, je suis revenu au mois de mai, à l'avant-veille d'aujourd'hui pour être exact. Le but de ce retour était de m'assurer que nous aurions à disposition l'équipement nécessaire pour ce présent voyage, qui est le premier pour vous en 1940 mais le troisième pour moi.”
“Je comprends mais pourquoi ne pas avoir résolu le problème dès votre second voyage ? Cela vous aurait permis de vous épargner celui-ci.”
“Certes, mais Esther et moi n'étions pas de taille à réussir seuls. J'avais besoin de l'aide de professionnels de la guerre et c'est pour cela que la lettre d'Olympe est arrivée à point nommé. Je vous expliquerai tout ce que j'attends de vous dès que nous aurons quitté ce no-man's land pour un lieu un peu plus abrité.”

Esther, qui ouvrait la marche, s'arrêta soudain sur une crête en poussant un cri de surprise. Le professeur Herminoire pressa le pas pour la rejoindre et, abasourdi, laissa s'échapper un chapelet de mots bretons dont les steam-marines n'eurent pas besoin de saisir le sens exact pour comprendre qu'ils étaient des jurons.
“Un problème, prof ?” demanda Boum alors que les sept aventuriers contemplaient le terrain dévasté qui s'étendait en contre-bas de la crête. Ca et là, quelques fragments de troncs calcinés et des amoncellements de pierres éparses laissaient entendre qu'il y avait eu un petit bois et un bâtiment en ce lieu.
“Eh bien... Eh bien..., bafouilla le professeur, figurez-vous qu'avant-hier, j'ai laissé deux fusils d'assaut, trois mitraillettes et cinq pistolets automatiques dans la crypte de cette chapelle... enfin, à l'époque où une chapelle se dressait à cet endroit...”
“Mauvaise surprise en vérité, intervint La Fare. On dirait que nous gagnerions à retourner à votre machine temporelle et à nous rendre hier plutôt qu'aujourd'hui !”
“Plutôt avant-hier qu'hier, dit le comte. Personnellement, je préfère ne pas courir le risque de me trouver là au moment où la chapelle sera transformée en... ça.”
“Impossible dans les deux cas, trancha Herminoire sur un ton sans appel. Effectuer un saut temporel nécessite plusieurs heures de préparation et de calculs pendant lesquelles nous serions trop vulnérables. Et puis ma machine temporelle n'est pas encore assez au point pour que je puisse effectuer des voyages précis au jour près. Non, nous allons devoir improviser.”
“Sans armes ?!, s'indigna Boum. Mais vous êtes complètement fou ou quoi ?!”
“Figurez-vous, jeune homme, rétorqua le professeur vexé, que c'est une question que me posent souvent les ignares qui, comme vous, sont incapables d'effectuer le dixième de ce que je réussis !”
“Ah, parce que vous êtes fier de vous, en plus ? Nous foutre tous à poils dans une merde pareille, c'est sûr que c'est une réussite qui prouve votre génie !”
“Ta gueule, Boum !, aboya Murville. Notre situation est déjà assez critique comme ça alors inutile d'en rajouter. Bon, ces choses dites, que faisons-nous, professeur ? Le temps joue contre nous.”
“Nous allons continuer à faire ce que nous sommes venus faire, sergent : sauver le monde. Ce contre-temps nous oblige juste à intégrer une phase supplémentaire à mon plan.”
“La phase “trouver des armes” ?”
“Vous comprenez vite pour un militaire”, répondit le professeur redevenu souriant.
“Mais comment comptez-vous vous y prendre ? Je doute que les soldats français se montrent plus compréhensifs que les Allemands si nous leur demandons gentiment des armes sous prétexte qu'il nous en faut pour sauver le monde...”
“Mon bon Mumu, savez-vous ce qui distingue un génie d'un fou ? demanda Herminoire en promenant sur le groupe un regard malicieux qui s'attarda particulièrement sur Boum. Un génie a toujours un plan de secours.”
“En l'occurrence ?”
“Eh bien, au cas où les choses ne tournaient pas comme prévu, j'ai rédigé pendant que j'attendais votre arrivée à Stuttgart une lettre à ma fille qu'elle ne doit ouvrir qu'à mon décès. Dans ce courrier, je lui enjoins d'acheter le jour de ses soixante ans les armes les plus modernes qu'elle aura pu trouver et de les cacher dans une maison que j'ai achetée non loin d'ici... Enfin, que j'ai normalement dû acheter entre-temps car j'ai laissé de telles instructions à mes domestiques au moment où nous avons quitté Stuttgart. Il ne nous reste plus qu'à trouver dans la région une maison appartenant à une certaine Mewenn Herminoire.”
“Et à prier qu'elle ait obéi à cette volonté posthume de son père, qui peut sembler assez absurde reconnaissons-le...” fit valoir La Fare.
“Et aussi à prier que cette seconde cache d'armes n'ait pas subi le sort de la première”, ajouta le comte de C. de plus en plus maussade.
“Quel âge a votre fille, professeur ?” demanda Olympe.
“Un an”, s'empressa de répondre Esther, dont le visage s'éclaira d'un grand sourire.
Au même moment, le professeur répondait après un rapide calcul mental :

“Née au printemps 1879, elle vient d'avoir soixante-et-un an. J'espère qu'elle est toujours de ce monde et que, si ce n'est pas le cas, elle a du moins transmis mes instructions à ses héritiers.”
“Comment peux-tu parler en des termes aussi crus de notre bébé ?!”, s'indigna aussitôt Esther.
Murville contemplait le couple, craignant la scène de ménage et constatant que, de toutes les aventures qu'il lui avait été donné de vivre en trente-quatre ans d'existence, celle-ci était de loin la plus farfelue...

A suivre
Dernière modification par Münsingen le 27 février 2012, 12:17, modifié 1 fois.
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 21 février 2012, 13:21

J'adore :)
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Esther Lenoir
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Esther Lenoir » 22 février 2012, 10:47

Quel talent! Quel suspens!!
Encore, encore, encore!!!!!
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 23 février 2012, 12:18

Merci les amis :D

« Mademoiselle Lenoir, coupa le professeur gêné par la tournure de la conversation, je vous prie de cesser de me tutoyer de la sorte... »
« … quand nous sommes en public. » poursuivit-il à voix basse.
Puis, évitant les sourires amusés du comte et des quatre steam-marines, il donna l'ordre de se remettre en marche
.
La zone qu'ils traversaient se faisait désormais moins marécageuse et plus boisée, avec de gros cratères qui marquaient le paysage là où étaient tombés des obus ou des bombes comparables à ce qui avait pulvérisé la chapelle. La puissance de telles armes laissait Murville songeur : depuis qu'il avait survécu au siège de Grossmandal [cf « Grossmandal 1878, une aventure du C.al Mumu »] , il s'était imaginé avoir connu le pire enfer où pouvait se trouver plongé un soldat. Or le peu qu'il avait déjà vu de cette « seconde guerre mondiale » lui donnait un avant-goût de destructions et de souffrances au delà de toute imagination. Et cette impression le confortait dans l'idée que le professeur Herminoire avait eu raison de les entrainer dans cette aventure, même si les risques qu'elle impliquait étaient sans commune mesure avec ceux que les steam-marines avaient courus jusque là. Penser à ce que l'unité avait déjà vécu le rendit triste. Certes, les missions qu'elle avait accomplies de Paris à la Pologne en passant par les Balkans n'avaient jamais été de tout repos ; mais il avait trouvé dans les steam-marines une nouvelle famille, bien plus solidaire que ne l'avaient été les compagnies de fusiliers marins français puis de marines de l'Union américaine où il avait fait ses premières armes en tant que « bleusaille » à l'espérance de vie plus que limitée ; même les équipages de pirates où il avait servi sur le Zéphyr, l'Espadon puis le Huricane [cf « Huricane 1872, une aventure du C.al Mumu »] n'avaient jamais été aussi soudés. Et puis les steam-marines lui permettaient de partager avec Olympe une vie d'aventures héroïques et violentes que n'aurait jamais acceptée Laura McGee, son premier amour disparu depuis plus de six ans désormais [cf. « Cap-Vert 1873, aventure du C.al Mumu »]. Il avait fini par accepter l'idée que Laura était morte mais il allait devoir admettre qu'il en était de même d'Erick, ainsi que de Kruggy et Lena... et puis aussi accepter l'idée que Milord et Darkain avaient quitté l'unité et que Callisto ne serait peut-être plus là non plus le jour où ils reviendraient à Stuttgart en 1880. De l'unité ne restaient plus que lui-même, Olympe et La Fare ; plus cet étrange Boum qui les avait rejoints juste avant la guerre du Tyrol et qui semblait toujours sur le point de sombrer dans la folie destructrice.
Il se rendit alors compte que les deux steam-marines discutaient derrière lui à voix basse, quelques mètres devant Olympe qui fermait la marche avec le comte.
« Et nous allons la trouver par quel miracle, l'adresse qu'on cherche ? maugréait Boum. A supposer qu'on dégote un annuaire des postes dans une maison qui n'aurait pas été totalement détruite, qui nous dit que nous retrouverons le nom de la fille du professeur. Elle s'est sans doute mariée ! »
« Allons, quand on est la fille d'un génie comme Herminoire – et, pour ma part, ce que j'ai vu de ses réalisations m'ont convaincu qu'il en était un – on conserve son nom, quitte à porter un nom composé. C'est ce que font les filles de la noblesse quand elles épousent un roturier. L'une de mes sœurs l'a fait. »
« Merci de me rappeler que Jules de la Fare est un Monsieur tandis que je ne suis qu'un purotin, Julot ! Au fait, mon odeur roturière n'importune par trop Monsieur ? »
« Allons, ne le prends pas ainsi, Boum. Tu sais bien que, moi, je ne tire aucune fierté de mes origines ; sans quoi je serai royaliste comme Olympe et non républicain. A propos, tu ne m'as jamais dit si tu avais une famille. »
« J'ai eu un frère qui s'appelait Marius mais il est parti un jour aux Amériques en 73, avec un vieux savant qui voulait faire des expériences dans les bayous [cf « Marius N et son arrivée en Louisiane », par Marius Nightmare], et il n'a plus jamais donné de nouvelles. J'ai aussi eu une sœur mais j'ignore si elle vit encore et, pour tout dire, je m'en fous : ma vie avant la guerre n'est plus qu'un souvenir très flou... »
« Taisez-vous, les gars ! finit par intervenir Murville. Ce n'est pas parce que nous n'avons croisé personne jusqu'ici qu'il n'y a pas des oreilles et des yeux en train de scruter ces bois. »
Comme pour lui donner raison, Esther qui ouvrait la marche fit soudain signe à la colonne de s'arrêter.

A suivre
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 23 février 2012, 13:17

Ouaisss, ça bouge vite, je suis enchanté.
Pour vu que tu continues ^^
Merci pour ce régal.
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 24 février 2012, 17:30

Le groupe s'était aplati au sol, comptant sur les troncs souvent décapités des arbres et sur les broussailles pour dissimuler leur présence à la menace identifiée par Esther. La jeune femme et le professeur étaient tapis le long du talus qui surplombait un chemin creux.
« Que se passe-t-il ? » leur chuchota Murville qui les rejoignit à quatre pattes.
« Vous ne voyez donc pas ? » demanda Esther en guise de réponse.
De l'autre côté du chemin creux s'élevait un second talus derrière lequel on devinait un champ. Et au milieu de ce champ volait une étrange machine semblable à une étoile de mer dont les branches auraient été constituées de poutrelles de métal se tordant vers le ciel pour se terminer en hélices horizontales. Elles saillaient d'une nacelle dont la forme ovoïde et la structure de verre et d'acier évoquaient l'œil d'une mouche géante. On pouvait apercevoir à travers le verre blindé deux hommes portant des tenues grisâtres, des cagoules de cuir et des lunettes de vol qui n'auraient pas surpris les observateurs du XIXe siècle si elles avaient été cerclées de cuivre et non d'acier. Ils étaient assis l'un au dessus de l'autre, celui qui se trouvait à la hauteur des hélices devant être le pilote tandis que le second, installé à ses pieds, était le canonnier à en juger par les tubes métalliques jumelés qui pendaient sous l'appareil. L'énigmatique appareil évoluait à une dizaine de mètres du sol et la nacelle était en train de tourner sur son axe pour faire face au groupe d'Herminoire.
A la grande stupéfaction de Murville, le professeur tira un étrange pistolet de son long pardessus et le pointa sur la machine.
« Mais... Vous m'aviez dit que nous n'avions pas d'armes ! »
« Ce que je vous ai dit, mon bon Mumu, c'est qu'il était inutile de prétendre affronter de telles choses avec des armes des années 1870. Je n'avais pas évoqué ce steam-blaster qui est un prototype réalisé par mes soins et dont je n'envisage pas la diffusion. »
« Et pourquoi pas, professeur ? »
« Mais parce que c'est une arme qui ne saurait tomber dans de mauvaises mains ! »
« Tirez, Octave, je vous en conjure ! » chuchota Esther d'une voix terrifiée.
Le fait est que la machine volante, qui émettait un bruit à peine plus fort que celui d'un zeppelin, avait fini de faire pivoter sa nacelle et dirigeait désormais ses canons sur les trois observateurs. Herminoire assura son arme à deux mains et pressa la détente. Le recul fut si violent qu'il manqua basculer en arrière mais la boule de feu qui sortit du canon atteignit l'appareil dans l'une des branches supportant les hélices, qui fondit instantanément. La machine ouvrit le feu presque au même moment mais, déséquilibrée par le tir du professeur, elle envoya une rafale d'obus de petit calibre bien au delà de ses cibles, qui en furent quittes pour quelques projections de boue et de fragments de branches calcinées
.
« Tirez encore, Bon Dieu, gronda Murville ! Et cette fois visez la nacelle ! »
« Ce n'est pas si facile », protesta l'autre.
Comme l'engin de guerre était en train de se stabiliser pour envoyer une seconde salve, Murville saisit Herminoire par la main qui tenait le blaster et lui appuya sur les doigts de toutes ses forces. Une seconde décharge énergétique partit, atteignant la nacelle qui explosa sous l'impact en projetant des débris de métal incandescent qui fusèrent quelques centimètres au dessus des deux hommes du XIXe siècle, lequels avaient juste le temps de se jeter au sol.
« Tout va bien ? » leur demanda la voix inquiète d'Esther.
Herminoire et Murville se regardèrent en silence
.
« Vous venez de tuer deux soldats français, Murville », annonça le professeur sur un ton de reproche. Son visage était blême.
« Je viens de tuer deux hommes qui ne se seraient pas posé la moindre question à notre place, Herminoire. Epargnez-moi vos états d'âme : je suis un soldat professionnel alors je n'hésite pas à tuer les gens. Auriez-vous oublié que c'est pour cette raison que vous avez fait appel à moi et mes hommes ? »
« Pas de blessé ? » demanda La Fare qui les rejoignit en cet instant.
Olympe et le comte le suivaient, l'air tout sauf rassuré. De son côté, Boum avait déjà escaladé le talus et, après avoir traversé en quelques enjambées le chemin creux, se ruait dans le champ afin d'examiner l'épave en feu. Son air contrit signifiait qu'il n'y avait plus rien à en tirer
.
« Qu'est-ce que c'était ? » demanda la petite rousse.
« Un patrouilleur à hélice qui nous a accroché, déclara Herminoire en époussetant machinalement son manteau couvert de bout ; un français. C'est le genre d'appareil rapide et maniable qui évolue juste sur la ligne de front et qui doit être en liaison radio avec une unité d'infanterie mécanisée. Ils ne vont pas tarder à rappliquer. »
« Ne restons pas là en ce cas, dit Murville. Nous devons trouver un abri le plus vite possible. Ce chemin creux doit bien mener à un village alors empruntons-le pour gagner du temps ! »

« Je sais que vous venez vraisemblablement de nous sauver la vie, sergent, lui dit le professeur dès qu'ils se furent remis en marche. Je vous en remercie mais ne vous avisez plus jamais de toucher à mon steam-blaster ! Comme vous avez pu le constater, c'est une arme extrêmement dangereuse dont je me réserve l'exclusivité. Et n'allez pas déduire de mon hésitation de tout à l'heure que je n'ai jamais tué un homme. Dites-vous juste que ce geste n'est pas aussi anodin pour moi que pour vous. »
Ces paroles firent à Murville l'effet d'une gifle : certes, il avait tué beaucoup d'hommes dans sa vie, y compris des femmes et parfois même des enfants. Mais ses nuits étaient à jamais hantées par les visages de ses victimes.
« C'est vous le patron, répondit-il en haussant les épaules. Dites-vous seulement que plus vite vous aurez trouvé des armes à hommes, plus vite ils cesseront de convoiter votre précieuse invention. »
Comme il prononçait cette phrase, il aperçut le regard inquiétant que Boum dardait sur le professeur.

A suivre
marius nightmare
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par marius nightmare » 24 février 2012, 20:45

C'est clair :)
De quoi bien faire mumuse ^^
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 27 février 2012, 12:09

Alors qu'ils s'étaient remis en marche, Murville fit signe à Boum de le suivre pour assurer l'arrière-garde.
« Que caches-tu ainsi dans ta poche ? » lui demanda-t-il lorsque les autres furent hors de portée de chuchotements.
Boum lui rendit un sourire désabusé
.
« Réponds, c'est un ordre ! » insista-t-il.
L'intéressé haussa les épaules et sortit de la poche de son manteau un long éclat de métal triangulaire effilé comme un poignard
.
« j'ai trouvé ça dans les restes du truc que vous avez abattu », répondit-il d'une voix neutre.
C'est alors que Murville aperçut les brûlures en train de cloquer sur les doigts du steam-marine
.
« Bon Dieu, Boum, ce truc est encore incandescent ! Lâche-le où tu vas te blesser gravement ! »
« Quelle importance ? répondit l'autre. Cela fait un certain temps que je ne sens plus vraiment la douleur. »
« Depuis ton passage par le « Labo Quatre », c'est ça ? »
les yeux de Boum se firent menaçants.
« D'où connais-tu le Labo Quatre ? Même Erick ne savait rien à son sujet ! »
« Tu en as parlé un soir à La Fare, quand nous étions prisonniers des Edelstadtiens [cf Tyrol 1880, une aventure des steam-marines]. Ecoute, je ne veux pas te juger : nous portons chacun notre croix. Mais le fait d'en parler aux autres permet de rendre la chose moins pénible. C'est ça aussi, être frères d'armes ! Et puis, en tant que chef, j'ai besoin de connaître mes hommes. »
« Je ne suis « ton » homme que par hasard, Mumu. N'oublie pas que c'est pour Erick que j'ai rejoint les steam-marines et que rien de me lie à toi, à part un contrat. Tu me paies alors j'obéis comme un soldat professionnel. Mais ça ne fait de moi ni ton frère, ni ton ami. »
« Comme tu voudras. Seulement n'oublie pas que c'est moi qui commande et que, si ton comportement met le groupe en danger, je serai obligé de te tuer. »
« Avec quoi, ricana Boum, tes mains nues ? Tu n'as aucune idée de ce que j'ai déjà fait avec les miennes ! D'ailleurs, j'ai déjà ce couteau de fortune en plus de mes mains. Et, dès que ton professeur Frapadingue sera mort, je compte bien hériter aussi de son blaster ! »
Il se tut car le groupe venait de faire brusquement halte.
« Le vent nous amène la fumée d'un incendie proche, expliqua Herminoire quand ils l'eurent rejoint. La Fare est parti en reconnaissance. »
Münsingen
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Re: Herminoire 1880, une aventure des steam-marines

Message par Münsingen » 27 février 2012, 12:13

L'éclaireur ne tarda pas à revenir faire son rapport à ses camarades tapis dans le chemin creux : la route faisait un coude et débouchait moins d'un kilomètre plus loin sur un village qui venait d'être le théâtre d'une violente escarmouche. La plupart des maisons étaient incendiées et des carcasses de machines de guerre jonchaient encore le sol. Mais il n'avait trouvé aucun survivant.
« En revanche, il y avait quelques cadavres en uniforme vert de gris – des Allemands, je suppose. Et ils portaient ceci. »
Il présenta à ses camarades une sorte de carabine sur laquelle était emmanché un long chargeur recourbé. L'arme évoquait un steam-gun de la fin de la Grande Guerre, mais elle était en acier sombre et semblait étonnamment maniable et légère entre les mains.
« C'est un fusil d'assaut, expliqua Herminoire, un Sturmgewehr 39 allemand. C'est avec ce genre d'armes que les fantassins se battent aujourd'hui : chacun a pratiquement la puissance de feu d'une gatling contenue dans à peine trois ou quatre kilos de métal. »
« J'en veux une tout de suite ! » s'exclama Boum aux anges.
« Il y en a plein d'autres dans le village : les camarades de ceux qui s'y sont fait tuer ne sont pas encore venus relever leurs morts. »
« Mais cela pourrait arriver bientôt, déclara le professeur Herminoire. Alors ne perdons pas de temps et soyons prudents. »
Le groupe reprit sa marche et parvint quelques minutes plus tard sur le lieu de l'affrontement.
La Fare n'avait pas menti. Il s'agissait d'un hameau de quelques maisons désormais dévastées, aux murs criblés d'impacts et par endroits déchiquetés, dont les toitures de plusieurs laissaient s'échapper des fumées d'incendie au travers de balafres d'ardoises. Plusieurs dizaines de corps en uniforme gris-vert jonchaient les rues de terre battue, déshumanisés par la rigidité cadavérique et par le casque métallique et le masque à gaz qui couvraient leurs visages. La plupart portaient ces étranges fusils d'assaut décrits par Herminoire mais quelques uns avaient dans les bras de gros tubes en métal dont l'extrémité se terminait en bulbe. Cependant, plus que les corps humains répandus à la ronde, le spectacle qui frappa Murville était celui de cet immense automate de métal, dont la « tête » était constituée d'un habitacle de verre blindé et les bras d'un canon et de deux mitrailleuses jumelées, qu'une violente explosion avait soufflé au point de le faire basculer contre le mur d'une maison qu'il avait traversé dans sa chute. La machine mesurait environ cinq mètres de haut et son aspect la faisait ressembler à un monstre à la fois humain et insectoïde tout droit sorti d'un cauchemar. En étudiant les positions des Allemands tués, on comprenait aisément que c'était elle qui les avait tous massacrés avant de perdre l'équilibre et, une fois devenue inutilisable, d'être abandonnée par son pilote.
« J'ai combattu des hommes armées de sabres, de pistolets, de fusils et de steam-gun... se dit Murville. J'ai essuyé des tirs de mitrailleuses et de lance-flammes, des éclats d'obus, des shrapnels et même des bombes... J'ai vu voler des avions et des zeppelins, avancer des blindés à chenilles et des mécanopodes... mais je n'avais encore jamais rien vu d'aussi terrifiant ! »
Il se sentit soudain minuscule, petit soldat d'un autre age plongé dans une guerre dont il ne comprenait rien, tel l'un de ces indigènes armés de lances de bronze qui avaient été brusquement contraints d'affronter les troupes coloniales françaises ou britanniques quand elles s'étaient lancées à la conquête de l'Afrique à sa propre époque. Il fut submergé par la peur, une pure panique faisant tourner la tête, coupant les jambes et liquéfiant les entrailles, et il dut s'asseoir sur un débris de muret pour reprendre son souffle
.
« Que faisons-nous, sergent ? » lui demanda à cet instant La Fare en lui adressant un regard plein de surprise et de gêne.
Son vertige était tel qu'il ne sut quoi répondre. Heureusement, le professeur lui sauva la mise :

« Fouillons les maisons, ordonna ce dernier, peut-être y trouverons-nous un annuaire des postes où nous pourrons dénicher l'adresse de Mewenn Herminoire, ma fille ? J'espère qu'elle y a bien caché des armes à notre intention. »
« Oui... nous... allons faire ceci. » balbutia Murville à La Fare qui exécuta un salut militaire avant de se ruer dans une maison, fusil d'assaut en bandoulière.
Murville aurait pu faire valoir que, puisque le groupe avait trouvé des armes du XXe siècle, cette cache n'avait plus vraiment d'intérêt mais il se tut et, se relevant non sans mal, suivit Herminoire dans une maison. Ce dernier était occupé à fouiller parmi les livres d'une bibliothèque effondrée quand lui-même se laissa tomber dans un fauteuil couvert de gravats et demanda de la voix la plus assurée qu'il put :

« Au fait, professeur, et si vous m'expliquiez comment vous comptez sauver le monde avec sept personnes ? »
Herminoire sursauta avant de hocher la tête et de se lancer dans l'explication suivante :

A suivre
.
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