Coucou !

Désolé de l'indisponibilité du forum ces derniers temps. La situation actuelle n'a pas été très facile et ça a mis plus de temps que prévu.

Mais ça y est ! C'est revenu !

La récupération de mot de passe est toujours indisponible (un soucis d'hébergeur), mais vous pouvez contacter la page Facebook "Steampunk.fr" qui vous aidera pour une réinitialisation manuelle du mot de passe.

Khin
(29/11/2020)

Un Cancre de Génie

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.
Avatar de l’utilisateur
Mademoiselle Flora
Messages : 1447
Inscription : 19 septembre 2009, 07:40
Localisation : Bretagne

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Mademoiselle Flora » 08 avril 2012, 21:19

Yahouhou! (très constructif)
Moi je suis là pour l'open bar.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Münsingen » 10 avril 2012, 11:15

Guillotine a écrit :Décidément, Monsieur Antoine, manipuler les personnages des autres avec génie est une habitude, chez vous !
Pas mieux. Je suis bien content de t'avoir laissé le commandement de l'escouade, Antoine ;)
Avatar de l’utilisateur
Antoine Jolivet
Messages : 2752
Inscription : 05 mars 2011, 00:17
Localisation : Bruxelles - Belgique
Contact :

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Antoine Jolivet » 10 avril 2012, 21:23

Edgard Petiran, passablement éméché, contempla avec des yeux de Basset Hound le couloir plus peuplé que la Place du Marché un dimanche de kermesse.

D'un côté, un groupe bruyant et exalté d'élèves, de professeurs et d'inconnues descendait l'escalier... de l'autre, sortant du mur comme dans une fantasmagorie de Méliès, une dizaine de scientifiques complètement affolés et tout aussi bruyants !

Le Directeur eut la tentation de refermer sa porte, bien décidé à noyer cette image apocalyptique dans un recoin oublié de son cerveau, mais un large pied vint contrecarrer ce projet.

« Wha... Whitemore... veuillez imm... immédiatement retirer ce pied de MON chambranle ! »

Mais avant que le professeur de physique ait pu répliquer, les messieurs affolés fondirent sur le bureau directorial tel une nuée de sauterelles stridulant à qui mieux mieux :
« Edgard ! Au secours ! Impossible de quitter le Musée ! La SP a installé des batteries d'artillerie lourde dans le parc ! C'est la GUERRE, Edgard ! »
« 'M'en fous... Veux pas le sav... hic ! Pas le savoir ! La f'rez sans moi vot' saloperie de... hoc... guerre... »

Un cri perçant interrompit le tumulte, la voix de Guillerette couvrait les trémolos angoissés :
« Ce sont eux ! La secte ! Les sacrificateurs ! Assassins ! »

Il y eut un moment de flottement peuplé de points d'interrogations, puis ce fut un maelström de questions, d'accusations, de justifications boiteuses, de dénégations énergiques, le tout totalement confus, mais gagnant en volume sonore le triple de ce qui était perdu en clarté.

« SILEEEEEEENCE !!! »

Willelmine Van Pelt lança un regard d'admiration enthousiaste au Professeur Whitemore qui, d'une voix que personne n'aurait imaginée aussi péremptoire, venait, moderne Nazaréen, d'apaiser d'un coup les flots en furie.

Le Directeur capitula et, l'air las et la mèche sur le front, laissa entrer tout le monde dans ses appartements.

Investi d'une autorité nouvelle, Whitemore prit les rênes et mena les débats.

Les étranges paroles de Guillerette avaient d'abord suscité l'hostilité des uns, l'ébahissement des autres... Elle en vint à récapituler cette partie de son aventure, enjolivant à peine les visions d'horreurs auxquelles elle avait assisté dans les sous-sols du Musée d'Art et d'Histoire de Néopolis.

Tony jouissait silencieusement du spectacle, il connaissait les talents de comédienne de sa sœur, et bientôt, l'assemblée était suspendue, tremblante, à sa description des conjurés invoquant du fond des âges quelque antique divinité assoiffée de sang.

Jusqu'aux honorables savants affolés qui se surprenaient à frémir en imaginant la scène... et qui mirent quelque temps à comprendre que, si le doigt accusateur de la jeune fille se dirigeait vers eux, c'est que c'étaient eux, les accusés !

Une paire de lorgnons se brisa au sol avec un bruit sec. Une voix chevrotante fit entendre un faible « Mais... », un vieil homme au crâne luisant, submergé par la tension nerveuse, se mit à sangloter.
Petiran, écrasé par la fatalité, répétait : « La malédiction... c'est la malédiction ! »

« Edgard, qu'est-ce que c'est que ce tissus d'inepties ? »

L'homme au cou de taureau et à l'épaisse barbe noire s'était levé. Il semblait seul à quelque peu conserver son calme.

« Mademoiselle, votre récit est très romanesque, et à ce titre, passionnant à suivre... mais il ne correspond en rien à la vérité des faits ! »
« Je vous en prie, Professeur Bergamotte, donnez-nous donc votre version des événements, en espérant qu'elle soit au moins aussi convaincante que celle de cette demoiselle ! »

Le colosse ajusta ses lunettes à monture d'acier, glissa le pouce de sa main gauche dans la poche de son gilet, et de plus en plus assuré, le regard rivé dans les yeux bleus de James Whitemore (de très beaux yeux selon Mademoiselle Van Pelt !) reprit point par point le cours des événements.

(à suivre...)
"Pour partir à la chasse au Cirage Noir, la nuit, il convient de d'abord se munir d'une lampe-torche"
(Th. B.)
Avatar de l’utilisateur
Guillotine
Messages : 2169
Inscription : 10 novembre 2010, 13:24

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Guillotine » 11 avril 2012, 12:57

On imagine très, très bien la scène. Maintenant, la suite ! :)
"Je ne comprendrai jamais rien à la misanthropie. Je refuse l'idée qu'elle puisse se comprendre."
Avatar de l’utilisateur
Antoine Jolivet
Messages : 2752
Inscription : 05 mars 2011, 00:17
Localisation : Bruxelles - Belgique
Contact :

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Antoine Jolivet » 11 avril 2012, 23:12

En tant que directeur du Musée, étant entré en possession d'une précieuse momie inca, il avait rassemblé une équipe de spécialistes pour l'étudier dans le plus grand secret (« Bien vu ! Raté Hyppolyte! » - « Guillerette, chut ! »)

Comment cette momie s'était-elle retrouvée au Musée de Néopolis ? Là, l'histoire devenait un peu plus complexe... Une expédition dans les Andes à laquelle il avait prit part en tant qu'ethnologue... Un grand jeu de cache-cache avec les autorités locales, de Nazca à Callao, en passant par Lima...

Le fait était que, les explorateurs distribuant équitablement l'argent et le plomb, la Momie en question avait été soustraite en catimini au territoire, et que, après qu'elle fût restée enfermée dans un coffre-fort durant de longues années, l'ambassade du Pérou ayant récemment retrouvé sa trace, l'avait finalement réclamée. Il était donc devenu urgent d'effectuer toutes les analyses possibles avant de la laisser quitter l'Europe dans son cercueil scellé...

Le hasard (ou le Destin ?) avait voulu que, précisément ce soir-là, la scène ait eu un témoin imprévu...

Toutes ces histoires de malédiction n'étaient bien sûr que racontars de bonnes femmes, cependant, il se devait, de mauvaise grâce, de convenir avec ses collègues les plus crédules (- « N'est-ce pas Mister Mac Nomada ? ») que depuis quarante-huit heures, rien ne semblait tourner comme il l'avait prévu !

Enfin, avait-on idée de couvrir les pelouses à l'anglaise du grand Parc Muséal d'objets aussi disgracieux et hors de propos que des pièces de 75 et de 105 ? Sans compter ce qu'il allait en coûter au contribuable !

Et à ce propos, le chirurgien qui avait autopsié la momie réclamait ses honoraires, que l'on ne pouvait payer officiellement, bien sûr... Si donc le trésorier pouvait signer l'ordre de paiement au porteur anonyme...

Les regards se tournèrent naturellement... vers « P'tit Tyran » soudain dégrisé, et dont le teint hésitait quant à lui entre la couleur de la chartreuse et celle de l'absinthe...

Whitemore paraissait se délecter comme un chat d'une souris.

« Nous y voici ! Ainsi donc, voilà où passent les subventions étatiques qui vous sont confiées, Monsieur Petiran ? »
« Allons, Whitemore, n'accablez pas votre bon directeur ! Vous savez combien la recherche scientifique est sous financée, une misère ! Ce ne sont pas les quelques dizaines de milliers d'écus prélevés pour aider notre institution qui... »
« Il s'agit bien de quelques dizaines de milliers... Ne me prenez pas pour un naïf, Bergamotte... Cela fait de nombreux mois que je suis la trace de votre ami... tout y est passé : double comptabilité, fausses factures, emplois fictifs... Ah, le montage était intelligemment fait... pour un amateur ! Trois millions ! Trois millions d'écus qui ont disparus depuis l'année passée ! Cela représente quelques momies, avec leur sarcophage en or massif ! Vous ne trouvez pas ? »

Le Professeur Bergamotte souffla comme un lutteur qui viendrait de recevoir deux pieds en pleine poitrine. Il balbutia d'une voix blanche :
« Trois millions ? Edgard... ce n'est pas vrai, n'est-ce pas ? »

Petiran avait littéralement fondu, on eût cru voir une petite flaque au pied de son fauteuil... Quant aux éminents savants, l'horreur se le disputait à l'incompréhension dans leurs visages décomposés.

(à suivre...)
"Pour partir à la chasse au Cirage Noir, la nuit, il convient de d'abord se munir d'une lampe-torche"
(Th. B.)
Avatar de l’utilisateur
Guillotine
Messages : 2169
Inscription : 10 novembre 2010, 13:24

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Guillotine » 12 avril 2012, 19:53

Je me souvenais de ça ... En tout cas, l'écriture est toujours aussi savoureuse ! Bravo :)
"Je ne comprendrai jamais rien à la misanthropie. Je refuse l'idée qu'elle puisse se comprendre."
Avatar de l’utilisateur
Antoine Jolivet
Messages : 2752
Inscription : 05 mars 2011, 00:17
Localisation : Bruxelles - Belgique
Contact :

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Antoine Jolivet » 12 avril 2012, 23:48

Tony profita des explications labyrinthiques du Directeur pour chuchoter quelques mots à l'oreille de Cynthia Fergusson. Jasmine Grou, qui était à ses côtés, lui fit un signe d'assentiment et tous trois se faufilèrent vers la sortie tandis que les jumeaux se chargeaient d'occuper l'assemblée.

« Monsieur le Directeur a une noble et lourde tâche... »
« Il représente tout à la fois l'Education et le Savoir... »
« Et à ce titre, il lui faut évidemment du matériel pédagogique de premier ordre... »
« Comme en témoigne ce superbe Télévisor dernier modèle... »
« Il est astreint à des horaires extrêmement stricts... »
« Et ne peut se permettre de manquer ses rendez-vous... »
« Le garage renferme une très belle collection... »
« de véhicules locomobiles rapides et confortables ! »
« Enfin, il lui faut développer un important cercle de relations... »
« Ah mais, Charles... De quoi parles-tu ? Tu n'as jamais été convié aux rencontres que Monsieur Petiran... »
« ... Jamais ! Oh non ! D'ailleurs, Yves, qui a dit que Monsieur Petiran rencontrait... »
« ... régulièrement... »
« ... de charmantes... »
« ... et jeunes... »
« ...personnes... »
« Certainement très influentes... »
« et propres à affermir la réputation d'un établissement d'enseignement qui... »

« Ça suffit !!! »

« P'tit Tyran » s'était levé, blême, l’œil exorbité... Un tic secouait le coin de sa lèvre inférieure où perlait un rien d'humidité. Oubliant qu'il avait affaire à des étudiants, il les menaça d'une main agitée de spasmes :
« Vous me donnerez raison de ceci sur le pré, messieurs... Je vous taillerai de jolies boutonnières au sabre de cavalerie ! »
« Vous ne taillerez rien du tout, Petiran ! Ou alors peut-être des sacs de toile à la Prison Centrale ! Ma seule question pour l'heure, est de savoir à quelle autorité je vais bien pouvoir vous remettre... En attendant, considérez-vous comme en état d'arrestation, vous ne quitterez pas votre bureau ! Et pas question de filer par le passage secret, vous avez entendu sur quoi il débouche actuellement ? »
« Ah ça, si il les aime, il va tomber sur un canon ! »

La réponse de Charles (ou était-ce Yves?) se perdit dans le brouhaha, ce qui, avouons-le, ne fut pas une grande perte pour la postérité...

A la vue de la plaque que brandissait Whitemore, Mademoiselle Van Pelt crut défaillir !

« Oh James ! J'ai toujours su que vous étiez un héros ! »
« Pardonnez-moi, Willelmine... je ne suis pas un héros, je suis agent spécial du Fisc... et mon vrai nom est Pierre, Pierre de Murville ! »

Guillerette, qui n'en perdait pas une miette, hurla de joie :
« Je le savais bien, Troun de l'Air ! qu'il n'était pas plus professeur de physique que le portier de l'Anachrone ! »

Le ci-devant professeur de physique cligna de l’œil en direction des « Pétroleurs » :
« Surveillez ces messieurs, voulez-vous, mes amis ? Le temps de remonter tenter de prévenir ma hiérarchie, si toutefois elle subsiste dans ce chaos ! »

Avant que quiconque ait pu s'interposer, il s'était déjà élancé dans l'escalier montant à sa mansarde.

Au même instant, à l'autre bout de la ville, une imposante locomobile de modèle ancien, battant pavillon de la Croix-Rouge internationale, effectuait un impeccable virage et s'arrêtait silencieusement au pied du grand escalier de pierre menant au Palais Présidentiel.
"Pour partir à la chasse au Cirage Noir, la nuit, il convient de d'abord se munir d'une lampe-torche"
(Th. B.)
Amalasùnthe
Messages : 888
Inscription : 29 juillet 2011, 16:27

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Amalasùnthe » 13 avril 2012, 20:10

Toujours aussi bien écrit!
Avatar de l’utilisateur
Antoine Jolivet
Messages : 2752
Inscription : 05 mars 2011, 00:17
Localisation : Bruxelles - Belgique
Contact :

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Antoine Jolivet » 13 avril 2012, 23:36

Le garde de faction s'avança pour intercepter la passagère, une très élégante dame aux cheveux blancs-bleutés, délicatement permanentés, ramenés en chignon sous un chapeau démodé qui lui conférait cependant une certaine noblesse.

Le chauffeur, un grand homme à la peau cuivrée, attendait en un superbe garde-à-vous, la main à la portière.

D'une voix chaude parée d'un agréable accent anglais, la dame répondit à la demande de laisser-passer :
« Lieutenant, faites prévenir Monsieur le Président que Modesty Lightfeather, représentante du Comité Directeur de la Croix-Rouge, demande à le voir séance tenante. »

Le garde, un brave premier-sergent, ne s'était jamais senti plus mal à l'aise... Les consignes se devaient d'être respectées, mais face à de tels hôtes de marques, comment ne pas passer pour le dernier des malotrus ?

Le battant de bois de la grande porte s’entrebâillant le dispensa heureusement de prendre la mauvaise décision...

« Vous pouvez laisser passer, Montigny... Mademoiselle Lightfeather est attendue... Vous veillerez à ce que Monsieur le Président ne soit pas dérangé... »

La voix émanait d'un vieux majordome au nez pointu, au regard intelligent, une figure de rongeur sous une calvitie entourée de cheveux gris...

Le premier-sergent Montigny, visiblement soulagé, remercia cet aimable Monsieur Jervis, le meilleur majordome jamais eu au service de la Présidence... Il fit un petit salut de connivence au chauffeur, impassible, et regagna sa guérite.

S'il avait été attentif, et qu'il ait fréquenté les hauts lieux du Ghetto, sans doute aurait-il reconnu le « portier » de la taverne de Bobby « Main-de-Fer » Kensington, le dénommé Momo...

Montigny était un brave homme, issu d'une famille jadis noble, aujourd'hui ruinée, mais il n'en conservait aucune amertume. Il s'était engagé dans l'armée régulière et y avait fait son trou, ou plutôt sa niche, abonné qu'il était aux tours de garde du Palais Présidentiel. Des rumeurs de troubles aux alentours du Ghetto auraient dû lui parvenir, hélas son appareil téléphonique était inexplicablement hors d'usage depuis quelques heures... Le fait que les câbles en aient été sectionnés n'arrangeaient sans doute rien, mais il ne les avait pas remarqués...

Non, décidément, le premier-sergent Montigny n'était pas attentif !

Dans le hall d'entrée de la résidence, la représentante de la Croix-Rouge, à peine la porte fermée, étreignit avec chaleur le vieux majordome.

« Sacré Mat ! Tu viens encore de tomber à pic ! Ça fait plaisir de te revoir, vieux frotte-bottes ! Et tu es toujours aussi parfait en lapin de corridor ! »
La chaude voix anglo-saxonne avait cédé la place à des accents gouailleurs de titi parisien...

« Merci Mademoiselle, Mademoiselle est trop bonne... L'avantage d'avoir enfin l'âge du rôle, c'est que le maquillage est désormais superflu... »
Il sourit et son regard étincela. Puis il entraîna la visiteuse vers le bureau carré, au premier étage, là où se prenaient les décisions engageant l'avenir de l'Europe entière !

« Bien entendu, Monsieur ne vous attend pas du tout... mais je vous fais confiance, n'est-ce pas ? »
« No problemo ! Je vais lui servir un plat de ma façon, bien gratiné, tu vas voir, il va adorer ! »

Avant de heurter la double porte de son index replié, le majordome s'inclina et, d'un ton sentencieux, prononça le vieux proverbe japonais dont il avait fait sa devise :
« この文章を読めば、あなたはクレイジーだ。 ; ce que l'illustre philosophe Dach-Orwenn a plus ou moins traduit par « Und meine große Geist in dein kleines Aufklärung, ist es Hühnchen, vielleicht ?  » Mais cela, j'en ai peur, nous entraînerait bien trop loin... »

Bien moins loin, aux portes du Ghetto, les forces de la Résistance menées par les Steam Marines, dont pas un ne manquait à l'appel, avaient réussi leur percée. Les combattants des forces spéciales de la Sécurité Présidentielle qui n'étaient pas simplement restés sur le carreau, avaient rompu le combat, tentant de se regrouper plus loin dans la ville.

Étrangement, leurs lignes de communication, qui passaient toutes par le Central installé au Palais, se trouvaient perturbées, voire carrément interrompues. Aucun ordre ne passait plus, aucune information ne remontait au Chef de l’État. Le Bureau Carré demeurait tragiquement silencieux.

(à suivre...)
"Pour partir à la chasse au Cirage Noir, la nuit, il convient de d'abord se munir d'une lampe-torche"
(Th. B.)
Avatar de l’utilisateur
Antoine Jolivet
Messages : 2752
Inscription : 05 mars 2011, 00:17
Localisation : Bruxelles - Belgique
Contact :

Re: [Inspiratorium] Un Cancre de Génie

Message par Antoine Jolivet » 16 avril 2012, 23:12

L'organisation des troupes de la SP s'en trouvait d'autant plus menacée que, en maints endroits, des groupes de citoyens, révoltés par le discours du Président, se joignaient spontanément aux Rebelles...

C'était le chaos qui menaçait l'ensemble de Néopolis. La nervosité gagnait les défenseurs du Pouvoir, et l'on craignait à tout instant un bain de sang si la reddition se faisait attendre. Or, de reddition, il ne pouvait encore être question, car même désorganisée, la SP conservait une force de frappe capable de produire de considérables dégâts.

Les Steam Marines et les chefs combattants de la Résistance tinrent un rapide conseil sur le terrain, cherchant à dégager la tactique la mieux à même d'aboutir à une prompte cessation des hostilités, avec un minimum de pertes.

Olympe, qui n'avait pas encore digéré le fait que les États-Unis d'Europe ne fussent point un Empire, ou à tout le moins un Royaume, proposa alors ce qui parut la solution de bon sens, bien qu'elle fût malaisée à entreprendre :
« Et si on frappait à la tête ? Puisque ce Citoyen Fertoly semble vouloir tout régenter en bon petit dictateur, pourquoi ne pas le déposer, purement et simplement ? Ainsi en 1794, il a suffit que l'on guillotinât Robespierre pour voir cesser la Grande Terreur ! »

Boum sauta sur l'occasion :
« Je ne sais pas qui était la grande terreur à Pierre et Robert... mais s'il s'agit de faire sauter un dictateur, je suis votre homme ! Laissez-moi juste un peu de temps pour rassembler du matériel ! »
« Il nous reste environ pour un quart d'heure, vingt minutes tout au plus de munitions, au train où ça va... tu penses y arriver ? »

Mumu ne se faisait aucune illusion : ils n'avaient pas une chance sur un millier... pourtant, il laissa partir son collègue. Boum était certainement complètement fêlé, mais peut-être était-il justement le plus adapté d'eux tous à cet univers « cul par-dessus tête », qui fonçait bravement vers l'inconnu, à cloche-pied sur le fil du rasoir... Par précaution, La Fare fut envoyé en tandem avec le bouillant artificier. Moins pour le protéger sans doute que pour l'empêcher de commettre quelque folie ! C'était peut-être mal connaître La Fare...

Le matin même, alors que tout était encore calme aux abords de la capitale, Giovanni B. Zilla, après de longues heures de route, avait rangé son camion sur l'aire d'entreposage des « Transports Unis Généraux », éteint les brûleurs de la chaudière, vérifié les niveaux d'eau et d'huile, et gagné le petit hôtel où l'attendait un lit spartiate mais prometteur de repos mérité.

Il ne devait reprendre la route que le lendemain, et comptait sur la soirée à la grande ville pour se payer un peu de bon temps. Cela ne manqua pas, puisque, pour la première et sans doute unique fois de sa vie, Giovanni assista, aux premières loges, à un soulèvement populaire armé ! Il aurait bien prudemment regagné son fidèle camion locomobile, mais il lui était impossible de traverser Néopolis en proie à l'insurrection. Aussi prit-il son mal en patience en s'abritant chez un marchand de vins et spiritueux dont la cave formait un refuge tout à fait accueillant.

Ce fut l'odeur, une odeur caractéristique, qui guida Boum jusqu'au véhicule. Celui-ci remorquait une citerne de belles dimensions, dont le contenu était clairement nommé sur un écriteau d'avertissement : « Attention : transport de fumier »...

La citerne avait du passer la journée sous le soleil encore chaud de ce début d'octobre...
Le visage de Boum s'éclaira d'un large sourire. Il fit le tour de l'engin en respirant à plein nez l'odeur pestilentielle.
« Ben dis donc, Boum, dirait-on pas que tu viens de dégotter un parfum de Guerlain ? »

Le Steam Marine ne répondit pas à son équipier concentré qu'il était sur la valve de sûreté, surmontée d'un petit manomètre et d'une petite vanne, qu'il ferma prestement. Bientôt, l'aiguille du manomètre indiquait une tendance à la hausse. Boum éclata de rire ! http://steampunk.fr/viewtopic.php?f=62&t=4891
De son côté, La Fare avait crocheté la portière du camion, un splendide « Chaboche » de fabrication récente, allumé la chaudière instantanée et lancé la montée de pression de la vapeur surchauffée dans les deux cylindres. Bientôt, il déchaînait les trente chevaux du camion en direction du Ghetto...
« Tudieu ! Ça c'est d'la bagnole ! Tu te rends compte, si on avait de tels engins pour nos opérations ? »
« Écoute, l'Aristo... l'engin, on s'en fout ! C'est ce qu'il y a d'dans, moi, qui m'intéresse... Enfin... cela dit... tu m'donnes une sacrée idée tout de même ! Allez, roule ! Si c'est un compteur de vitesse, ce cadran, là, je crois qu'on peut encore pousser la bête ! »
« Mais certainement, Môssieur, il sera fait comme Môssieur le désire ! Je crois que je viens de comprendre à quoi sert ce levier... quelque chose comme une surcompression de vapeur ! Attention, si Môssieur veut bien s'accrocher, je crois pourvoir affirmer à Môssieur que ça va « déchirer grave » ...
« La Fare... tu sais quoi ? Tu me fait chier... mais j't'aime bien ! »
« Môssieur m'en voit ravi ! ... Oh Sang du Diable ! C'est encore plus fou que je ce à quoi je m'attendais... Faut vraiment bien la tenir, cette fichue direction ! Yahouuuu ! »

Dans le garage du Lycée d’État, c'était un autre genre de véhicule que l'on s’apprêtait à mettre en marche : une splendide limousine « Doble », au grand désespoir de son propriétaire, Monsieur Petiran.

(à suivre...)
Dernière modification par Antoine Jolivet le 18 avril 2012, 16:48, modifié 1 fois.
"Pour partir à la chasse au Cirage Noir, la nuit, il convient de d'abord se munir d'une lampe-torche"
(Th. B.)
Répondre

Revenir à « Le Salon de Lecture »