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Hauteclaire S.

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 10 Décembre 2013, 17:54

(J'y pense, mais si ceux qu lisent ont des critiques à faire ça me serait assez utile, savoir si c'est bien et pourquoi, si c'est pas bien et pourquoi aussi, est-ce que c'est fluide, pas clair, bref, ce genre de choses. Voilà. Si quelqu'un lit)
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 05 Février 2014, 13:48

Chapitre 15

Hauteclaire fut réveillée le lendemain par une pâle lumière grise. Elle avait mal dormi ; trop chaud sous la couette, trop froid à l'extérieur, et pourquoi ce matelas était-il si mou ? C'était vraiment agaçant. Elle rejeta ses couvertures, et se laissa glisser hors du lit. Au même moment, quelqu'un toqua à la porte, et la voix fleurie d'une domestique demanda l'autorisation d'entrer. L'enfant vit apparaître une jeune femme poil-de-carotte portant une robe sur le bras, ainsi qu'un nécessaire de coiffure.

« Bien le bonjour Miss, avez-vous bien dormi ? Je m'appelle May, je suis votre femme de chambre ; c'est désormais moi qui vous aiderai à vous préparer pour toutes les occasions.
-Merci beaucoup, mais je pense que je peux me débrouiller ; je sais comment on fait maintenant.
-Vous n'y pensez pas ! S'indigna-t-elle. Non non non non non, une jeune fille ne saurait faire cela d'elle-même. Venez, cela ne prendra qu'un instant. »

L'enfant, résignée, se laissa engloutir dans des jupons crémeux, puis sous une robe de velours bleu atlantique doté d'un de ces stupides, gros nœuds dans le dos. Puis la domestique improvisa une coiffeuse sur le bureau et sortit de son nécessaire un genre de petit sceptre, doté d'un manche en cuir et d'une longue extrémité en métal. Après avoir pressé un petit interrupteur le long du manche, la partie métallique se mit à siffler en émettant une légère fumée blanche.

« Qu'est-ce que vous comptez faire avec cet objet ? Murmura Hauteclaire en louchant sur l'artefact.
-C'est un fer à friser horique, d'une toute nouvelle génération ! Avec ça, nous allons pouvoir vous faire des boucles impeccables. » Fit l'autre, comme une enfant démente prête à rendre une de ses poupées chauve.

Hauteclaire se résigna, laissant May lui tirailler les cheveux. Ce faisant, elle jeta un regard par la fenêtre, sur la brume sale qui roulait sur les toits.

« Le brouillard ne se lève donc jamais dans votre pays ? Lança-t-elle avec une grimace de douleur.
-Ca n'est pas du brouillard ça, Miss. Enfin, si, mais celui-là est particulier ; c'est un brouillard de ville, qui se mélange aux vapeurs des usines. Faut espérer qu'on aura de la pluie comme hier, pour que ça retombe ; si vous saviez comme ça cochonne le blanc cette fumée-là ! »

Là-dessus elle présenta victorieusement un miroir à Hauteclaire, qui regarda avec horreur les anglaises dodues qui retombaient de part et d'autre de son crâne.

« Il y a d'autres choses que je dois savoir sur les désastreuses coutumes de ce pays ?
-Tellement Miss, fit May, les yeux plein d'étoiles. Mais c'est à Mrs Marins de vous l'enseigner. Descendez sans plus attendre, le breakfast est servi. »

Derrière le terme breakfast se retranchait l'apparence de nourriture la plus rébarbative que Hauteclaire ait vu jusqu'ici. Des saucisses grasses, suintant autour d'un œuf graisseux, baignant dans une mare de haricots grassouillets. Le tout assommé d'une louche de patates écrasées, au cas où le mangeur aurait survécu aux aliments précédents. Hauteclaire réprima un haut-le-coeur avant de se replier tristement sur de simples toasts beurrés. C'est l'estomac gargouillant qu'elle se rendit en salle d'étude, où elle trouva Mrs. Marins.

« Y a-t-il un repas où vous ne mangez pas de viande... ? » Grommela l'enfant en entrant.

Mrs Marins ne répondit rien. Hauteclaire soupira.

« Bon-jour-Mrs-Marins-puis-je-espérer-manger-autre-chose-que-de-la-viande-un-jour-ou-l'autre ?
-Mmh, non, fit la gouvernante d'un air aimable. Je vous en prie, prenez place. Nous allons débuter cette première leçon avec la littérature. »

Hauteclaire se laissa tomber sur une chaise, derrière une pile de livres qui s'annonçaient déjà assommants. Cette matinée interminable passa malgré tout. Puis vint le déjeuner, toujours constitué de viande, sous ses plus sinistres formes. La perspective d'avoir une séance de sabre dans l’après-midi avec l’estomac vide causa à l’enfant un sentiment maussade.
La salle d'armes donnait sur le long cloître que Hauteclaire traversa pour la première fois. La fontaine au centre était entourée de bosquets touffus et d’arbres fruitiers de variétés nombreuses. Dans de petits enclos à l’écart s’entremêlaient toutes sortes de plantes médicinales. Ce cloître était habité d’un calme parfumé où l’enfant aurait aimé se reposer un peu. Malgré le lourd brouillard qui pesait sur la ville, l'air était resté étrangement clair et pur ici. En levant la tête, elle constata qu’une verrière articulée reposait entre le ciel et elle, métamorphosant ce jardin en une espèce de serre. Elle aurait juré qu’elle n’était pas là hier et que la pluie s’était abattue là, comme en témoignaient les pavé encore humides.

La salle d'entraînement était de composition plutôt spartiate. Des murs passés à la chaux, un plancher sombre, et des râteliers d’armes où étaient alignés rapières, sabres, hallebardes, et autres outils passablement dangereux. Au centre attendait l’Indien, vêtu d’un ensemble de coton blanc. Un bokken était passé à sa ceinture.

« Bonjour petite demoiselle, la salua-t-il lorsqu’elle entra, j’espère que la matinée s’est bien passée. Vous trouverez de quoi vous changer au vestiaire, par ici », ajouta-t-il en indiquant une double porte au fond de la pièce. »
 
Hauteclaire trouva là-bas un hakama et un juban à sa taille, ainsi qu’un petit bokutō. Elle s’éjecta de sa robe et se glissa dans sa tenue d’entraînement en ronronnant. Quel bonheur de pouvoir enfin bouger sans risquer de craquer une couture. Elle défit sa coiffure et rassembla ses anglaises dans un chignon noué avec négligence. Après avoir réduit à néant les efforts de May, elle alla retrouver Virgile pour débuter la séance.
L’indien se battait avec agilité et vitesse. Hauteclaire sentit qu’il ne lui présentait qu’une infime partie de son talent. Sans doute était-il même plus fort que son père. Cela la rendit de mauvaise humeur, et elle se mit à l’attaquer de plus belle pour créer une faille. Il para, contre-attaqua, et profita de son emportement pour la désarmer et la mettre au sol d’un crochet du pied insidieux.

« Ce dernier coup n’était pas loyal ! Cracha l’enfant.
- La loyauté au combat est une idée de philosophe, pas de combattant, petite demoiselle », répartit-il en lui tendant une main pour l’aider à la relever.

Elle l’ignora et se remit sur ses pieds. Sans prévenir, elle propulsa alors le manche de son bokken dans l’estomac de Virgile, mais celui-ci para le coup au creux de sa paume.

«  Ca n’est pas mauvais, dit-il en souriant malicieusement. Hésitez moins la prochaine fois.
- Mon père serait furieux de voir quelle méthode de combat vous employez.
- Sauf votre respect, votre père a davantage théorisé qu’il n’a été amené à se battre pour de bon. Ne confondez pas l’art d’élever votre esprit, et celui d’éliminer quelqu’un de prêt à vous abattre. »

Elle ne répondit pas et le regarda avec défiance. Le désagréable picotement qui la lançait derrière les yeux lui indiquait que l'Indien avait sans doute raison, quelque part, mais qu'elle mourrait plutôt que de le reconnaître.

Cette première séance d'entraînement après un long moment passé sans toucher un bokken la laissa exténuée. Elle profita d’un moment de liberté avant son cours de chant pour aller se reposer dans le jardin du cloître. Elle se coucha dans l’herbe, et laissa la fraîcheur de la terre se diffuser dans son corps brûlant. Tout au-dessus d'elle, des nuées jaunâtres roulaient sur la verrière. Le soleil en était voilé, comme dans une chrysalide, si bien que seul un faible halo de lumière tombait sur le cloître. Ici pourtant, l’air était parfaitement limpide. Aucune volute nocive ne venait trancher avec le parfum rafraîchissant des herbes médicinales qui poussaient tout autour. Des carrés de sauge, d’hysope, de valériane et d’armoise étaient soigneusement alignés non loin de l’endroit où elle s’était allongée. Des petits canaux remplis d’eau claire en délimitaient les parcelles. Hauteclaire se pencha et aperçut des petits poissons aux écailles moirées se laisser porter paresseusement dans le faible courant. Elle se recroquevilla sur le bord, le regard aiguisé et la patte tendue, prête à fendre les flots. Elle abattit alors sa main, et la ressortit fermée autour d’un petit poisson affolé qui semblait se demander ce qui se passait tout à coup.

« Hauteclaire, relâche-le » fit alors une voix derrière elle.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 09 Février 2014, 10:06

L’enfant sursauta, ce dont profita le malheureux poisson pour glisser entre ses doigts et retomber dans le canal en fuyant à toute vitesse.

« Tu l’as fait fuir, oji-san… » Grommela-t-elle.

Elle se releva et épousseta son hakama en lançant à Mr. Shademont un regard mauvais.

« Pourquoi ne t’es-tu pas changée ? Lui demanda-t-il.
- Je suis vraiment obligée de porter cette robe de poupée du matin au soir ? C’est tout à fait ridicule.
- Tu dois t’habituer à la vie londonienne Hauteclaire. A Londres, les femmes ne portent pas de hakama.
- Grosses courges.
- Et elles ne parlent pas comme ça. »

Elle soupira violemment.

« Oji-san, tu m’as fait venir ici de force, alors que je n’avais rien demandé, lança-t-elle. Je ne te dois rien, je ne dois rien à la vie londonienne. Quand tu me sortiras d’ici, je me plierai à vos manières, mais tant que je ne serai pas confrontée aux indigènes du coin j’entends avoir droit à ce qui avait fait ma vie jusqu’ici. C’est bien toi qui a planté ça ici non ? fit-elle en désignant les parcelles à côté d’eux. Si tu as créé des conditions favorables pour qu’elles poussent, j’estime avoir droit à ce qu’il me faut pour grandir normalement moi aussi. »

Mr. Shademont resta silencieux face à ce bref accès d’intelligence de la part de la fillette.

« Très bien. Qu’est-ce qu’il te faut alors ? Je ne répondrai qu’à ce qu’il me sera possible de te prodiguer.
- Ma chambre. Je veux des tatamis, un futon et un paravent. Je ne veux pas mourir engloutie dans vos matelas de plumes.
- Soit. Autre chose ?
- La nourriture. Du poisson et du riz. C’est inconcevable de manger autant de viande, en entrée, plat et dessert.
- Ca risque d’être plus dur, mais je vais voir. Tu n’auras pas de menu privilégié pour les repas que nous prendrons ensemble.
- … Vendu.
- Autre chose ?
- Je ne porterai pas ces froufrous dans la maison.
- Cela va nécessiter une longue discussion avec Mrs. Marins. Je suppose qu’en dehors de ses cours, elle ne devrait pas se montrer trop sévère.
- Parfait. Une dernière chose.
- Quoi encore ?
- C’est quoi, ça ? » fit-elle en pointant du doigt la verrière.

Mr. Shademont leva les yeux et considéra un moment le ciel.

« Nous la déployons les jours où le brouillard tombe sur la ville. L’air est irrespirable durant ces moments-là. La verrière est actionnée par l’énergie horique, qui se charge de filtrer l’air vicié pour le purifier. J’ose espérer que si l’hora se démocratise un jour, nous n’aurons plus à subir ce genre de fumées nocives… »

Sa voix retomba, et il resta songeur un moment. Hauteclaire considéra sa longue silhouette rigide, revêtue d’une redingote noire. Est-ce que tous les Anglais s’habillaient en croque-mort, ou bien n’y avait-il vraiment que lui ? Les Européens qui leur avaient rendus visite à Kyôtô étaient aussi du genre guindés, mais avec un brin de coquetterie et de couleur. Mr. Shademont était généralement bicolore, s’autorisant seulement une pointe de vert avec ses gants qu’il n’enlevait jamais.

« J’ai à faire à présent, dit-il en sentant qu’elle l’observait. Va te changer, Mrs. Marins ne te recevra pas en cours de chant dans cette tenue. »



Hauteclaire se révélait être la plus piètre chanteuse qui existât dans Londres, et sans doute dans le reste de l’Empire. Dès cette première séance Mrs. Marins pressentit qu’on ne pourrait rien attendre de cette gorge que des cris désaccordés d’amazone.
A l’issue de cette journée, la fillette se laissa tomber sur son lit, courbaturée et à moitié aphone. Elle renvoya May qui aurait sans doute voulu l’embaumer dans tout un attirail de poupon pour la nuit. Lorsqu’elle se glissa sous l’édredon, un grattement feutré se fit entendre derrière la porte. Elle redouta que ce soit la bonne qui revienne à la charge, mais ce fut en fait Virgile qui apparut dans l’encadrement.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Grogna l’enfant en se laissant tomber dans ses coussins.
- Mr. Shademont m’envoie afin de savoir comment s’était passée cette première journée, lui répondit l'autre.
- Il ne peut pas demander lui-même ?
- Des affaires urgentes à régler hélas.
- Mmmh… Je pense que ça va. Je refuse de chanter à nouveau.
- Je suppose que Mrs Marins a renoncé à ce projet.
- Parfait alors.
- Donc tout va bien ? »

Hauteclaire émit un murmure affirmatif. L’Indien sourit, s’inclina pour lui souhaiter une bonne nuit, et se retourna alors vers la porte.

« Virgile.
- Oui, petite demoiselle ?
- Pourquoi Mr. Shademont est-il toujours triste ? »

Il resta un instant sans rien dire, puis eut un sourire sans joie.

« Et vous, pourquoi êtes-vous toujours en colère ?
- Ma colère est juste, elle est tournée vers la vengeance de mon père, et m'empêche justement d'être triste.
- Alors vous avez votre réponse. Mr. Shademont n’a aucun but vers lequel canaliser les ténèbres qui l’habitent. Ce qu’il vit aujourd’hui, il juge qu'il ne le doit qu’à lui-même ; la tristesse a remplacé sa colère, comme la cendre qui reste dans l'âtre lorsqu'il ne reste plus de bois pour brûler. »

Hauteclaire n’insista pas. L'Indien s'était tû, et elle sut qu'il ne divulguerait rien de plus sur l'état de Mr. Shademont. Elle sentait ses yeux commencer à se fermer, et la chaleur de son lit l’envelopper dans le sommeil. Virgile sortit en refermant doucement la porte, et son ombre disparut dans les escaliers.


~Fin de la première partie~
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