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Hauteclaire S.

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 18 Mars 2011, 14:39

Avant-propos: bon, je me lance à mon tour, pas sûre que je finirais, mais en attendant je vous livre la genèse de mon personnage, ce qui a de bonnes chances de me discréditer à vie auprès de la communauté steampunk! XD Mais sait-on jamais, peut-être que ça plaira à quelqu'un qui ne craindra pas de se perdre dans les remous tortueux de mon esprit. Je tiens d'ailleurs à signaler que ceci est une oeuvre de fiction, et que toute ressemblance avec des personnages réels serait plus ou moins fortuite. Bonne lecture, et bonne chance! >.<

(ps: pardon pour le futur double post!)
Dernière édition par Hauteclaire S. le 18 Mars 2011, 14:41, édité 1 fois au total.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 18 Mars 2011, 14:39

Pourquoi ce jour...? Est-ce la pluie qui t'a réveillée? Tu es restée endormie si longtemps que je ne me souviens que de ce ciel d'orage enveloppant l'aube de ton monde... Cette averse lourde et pléthorique formant des ruisseaux de sang sur les graviers immaculés du jardin... Te souviens-tu de ce qui a eu lieu ce jour là, Hauteclaire, ce jour où tout a commencé?


Chapitre I

Le glissement de la porte coulissante avait fait un tel fracas que l'ensemble de la maisonnée comprit que la petite Hauteclaire avait entendu les pas de son père dans le jardin. L'enfant bondit de sa chambre, glissant d'un couloir à l'autre chaussée de ses petites tabis blanches. Arrivée sur la terrasse couverte, elle se jeta dans les bras de M. Stassin qui la réceptionna par le dos de son yukata rouge.
"Je suppose qu'il n'est pas nécessaire que je vous répète ce que je vous ai déjà dit maintes fois mademoiselle?
-C'est de votre faute si je cours Papa, car vous êtes resté absent si longtemps que je n'arrivais plus à tenir en place, rétorqua l'enfant avec une moue qu'elle avait appris à moduler pour toutes les occasions. Vous m'avez promis.
-Je n'ai qu'une parole, mais laissez-moi le temps de respirer un peu."

M. Stassin posa sa fille sur le rebord en bois de la terrasse tandis qu'une servante l'aidait à ôter ses socques. Hauteclaire huma profondément l'air où flottait le parfum que son père avait rapporté avec lui, le parfum chaud des maisons de thé de Gion où l'homme se rendait chaque semaine. Cette odeur éveillait en elle le rêve de femmes gracieuses vêtues de soieries, leur teint de neige auréolés de cheveux noirs, maniant l'éventail de leurs doigts fins... Tant de fois le désir de se trouver un jour dans la peau d'une de ces femmes belles et cultivées avait grandit en elle, sentir la douceur parfumée de l'étoffe d'un kimono, le carmin sur ses lèvres et l'étincelle de mystère dans le regard... Etrange et fascinant jardin de fleurs et de saules dont l'entrée lui était interdite, ce qui ne le rendait que plus attrayant... Pour autant, laisser pénétrer Hauteclaire dans un tel lieu devait tenir d'un optimisme béat, car elle aurait eu tôt fait de marcher sur les fleurs en se raccrochant maladroitement aux branches d'un saule, les privant de la moitié de leurs feuilles. Sans le faire exprès.

Dédaignant une fois de plus les recommandations qui lui avait été faites, elle bondit des bras de son père et courut à l'autre bout de la maison, là où se trouvait son seul vrai jardin, océan figé de graviers emprisonnant de noirs récifs. C'est sur ce paysage que s'ouvrait la salle d'armes, où Hauteclaire passait l'essentiel de ses journées, en particulier quand M. Stassin était là pour l'assister dans son entrainement. A ses yeux, son père était le meilleur maître qui existât, et l'éducation qu'il lui avait donnée n'était pas sans lui procurer un certain orgueil. Jamais la pensée ne lui était venue qu'il était étrange pour une enfant comme elle d'être à ce point versée dans les armes. L'influence de M. Stassin comme armurier y était sans doute pour quelque chose. C'est cette passion qui l'avait poussé sur les côtes du Japon alors que sa fille n'avait que quelques mois; il avait pu y trouver les conseils des meilleurs maîtres d'armes, tout en donnant un cadre qu'il jugeait plus plaisant pour le développement de Hauteclaire que cette Europe confite de vieilles valeurs. Il avait transmis à l'enfant cet amour des armes comme un héritage bien plus précieux que tout ce qu'il pouvait posséder au delà des mers et des océans, et le sang qui coulait dans leurs veines brûlait d'une seule et même flamme pour le tranchant froid et étincelant du métal.

Il arrivait que son père eut à s'absenter durant de longues semaines pour aller consulter les différents maîtres disséminés à travers le pays. Dans ces moments-là Hauteclaire avait bien du mal à contenir le feu qui brûlait en elle, en décalage avec ce monde aux contours si lisses et harmonieux, dont il se dégageait une imperturbable atmosphère de paix, quel que soit l'endroit où elle se rendait. Ces grandes maisons de bois avec leurs parois coulissantes et leurs étranges tapis de paille, ces grands placards où elle aimait se réfugier, et ces pièces immenses et vides où chaque bruit inopportun faisait comme une impression de désordre... Elle n'avait rien connu d'autre pourtant, ou du moins rien que n'ait retenu sa mémoire d'enfant. Mais parfois elle se sentait oppressée par tant de vide, comme une flamme qui s'éteint lorsqu'on l'enferme dans un bocal.

Pourtant cela n'empêchait pas chaque journée de s'écouler paisiblement au sein de cet univers, entre les leçons d'escrime, de dessin ou de musique, les jeux avec les servantes, la chasse aux insectes et – curiosité à laquelle Hauteclaire s'intéressait particulièrement – les spectacles de masques et de marionnettes. L'enfant ne se séparait jamais du petit masque de renard que lui avait offert son père, et qu'elle gardait toujours calé derrière la tête. Cet attachement particulier lui avait valu le surnom de Kitsune parmi les domestiques que ce déguisement amusaient, d'autant que la couleur auburn des cheveux de l'enfant leur évoquait la fourrure chaude de ce petit animal.

Hauteclaire avait alors 11 ans, et rien ne la préparait encore aux bouleversements qui allaient ébranler les frêles panneaux coulissants de son jardin d'enfance.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 18 Mars 2011, 23:53

Chapitre II

Hauteclaire était habituée à voir défiler dans leur pagode des maîtres d'armes qui venaient confronter leurs connaissances avec celles de son père. Ces hommes, vêtus d'une singulière jupe-pantalon et coiffés d'un chignon serré en haut du crâne, lui avaient d'abord semblé intimidants, mais elle s'y était habituée, au point que finalement c'était elle qui se trouvait bizarre, avec ses cheveux auburn et ses yeux grand ouverts. A part quelques domestiques qui avaient suivi son père depuis l'Europe, tous ceux qui l'entouraient étaient des Japonais et des Japonaises venus des différentes campagnes qui entouraient Kyôto.

Aussi, lorsqu'un matin ces deux hommes parurent à l'entrée de leur domaine, elle sut que quelque chose de différent allait avoir lieu, quelque chose dont elle ne mesurait cependant pas encore les conséquences.

Le premier était un Européen, autant dire une rareté, mais qui en dehors de cela ne présentait rien de particulièrement sensationnel. Dissimulée dans sa cachette sous les pilotis de la pagode, Hauteclaire avait fait glisser son masque de renard derrière sa tête afin de mieux pouvoir observer ce nouveau venu. Ses cheveux bruns ondulés coiffés à la mode de l'époque et sa peau hâlée vaguement pâle laissait penser qu'il avait vécu sous des latitudes chaudes; quoique... il se dégageait de lui un je-ne-sais-quoi de froid, gris, et surtout triste; le genre de physionomie que l'on acquière sous un ciel où les nuages roulent dans un mouvement perpétuel. Il devait avoir autour de 30 ans, mais paraissait en avoir facilement 10 de plus, tant sa personne respirait fatigue et lassitude.
Un autre homme l'accompagnait, un Indien, vêtu d'une tunique vert sombre réhaussée de brodures d'argent. A la différence de son mélancolique compagnon, celui-ci au contraire possédait une aura hypnotique qui captivait le regard. Hauteclaire eut du mal à poser un âge sur ce visage qui semblait si jeune, et qui était pourtant auréolé de cheveux gris nacré; c'était sans doute le caractère intemporel de sa personne qui le rendait si fascinant.

Les deux hommes pénétrèrent dans la maison à la suite de M. Stassin. Hauteclaire pensa qu'il devait s'agir de marchands, peut-être des collectionneurs, car ils ne ressemblaient guère aux maîtres d'armes que son père consultaient habituellement. Néanmoins l'air soucieux qui avait assombri le visage de ce dernier n'avait rien à voir avec la bienveillance dont il gratifiait ses invités en temps normal.
Oubliant cependant vite ces considérations, elle se glissa hors de sa cachette et se faufila jusqu'aux cuisines pour voler quelques mochi, avant de retourner semer la panique parmi les criquets endormis sur les arbres.

L'après-midi se déroula ainsi paisiblement, à part peut-être pour les criquets, et quand Hauteclaire regagna la maison elle se dirigea vers le bureau de son père afin de lui montrer les diverses trouvailles qu'elle avait faites dans le jardin.

Mais en arrivant devant la porte elle entendit des voix à l'intérieur et réalisa que les étrangers de tout à l'heure étaient toujours ici; elle se demanda quelle conversation avait pu leur prendre autant de temps et s'approcha à pas de loup pour coller son oreille contre la porte. Etrangement les voix s'étaient tues, et les pas des domestiques à l'étage faisaient presque davantage de bruit que les trois hommes.
Soudain, la porte coulissa, et Hauteclaire, étouffant un cri, s'étala de tout son long à l'entrée du bureau, son masque en travers du visage. Elle resta étourdie un bref instant, puis dégagea son masque et releva la tête.

Elle n'avait pas remarqué ses yeux dorés tout à l'heure. Certains auraient établi un parallèle peu flatteur avec les yeux d'un vampire, ou pire encore, avec ceux d'un loup-garou, mais pour Hauteclaire, qui Dieu merci avait grandi loin de ces légendes douteuses, ils évoquaient plutôt ceux du yokaï Nekomata No Hi, le chat démon des légendes japonaises. Ce n'était pas la mélancolie qui les animait, mais une colère triste, désemparée, et dont la froideur semblait brûler la peau. L'étranger était là, devant elle, la dominant de toute sa taille, si bien qu'elle prit peur tout à coup; elle se recroquevilla vivement sur ses genoux, le front et la paume des mains plaqués au sol, dans cette position qu'elle jugeait la plus humble qui soit pour exprimer gêne.
"Tout cela n'est pas nécessaire Hauteclaire, fit la voix amusée de M. Stassin, feignant d'ignorer ce à quoi avait pu se livrer sa fille à attendre ainsi derrière la porte. Mr Shademont était sur le point de partir."
Puis, à l'étranger:
"Je regrette de ne pas avoir pu vous être d'une plus grande aide monsieur. Permettez-moi au moins de vous raccompagner jusqu'à l'entrée."
Mr Shademont eut un sourire absent, suivi d'un bref hochement de tête. Hauteclaire, toujours à genoux, s'écarta pour les laisser sortir, lui, l'Indien dont la présence était toujours aussi ethérique, et son père. Dès qu'ils eurent franchi le coin du couloir, elle se releva d'un bond et courut se réfugier dans sa chambre.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hycarius » 20 Mars 2011, 18:21

Je lis toujours, et mes commentaires restent les mêmes ;p
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 20 Mars 2011, 19:59

Marci! ^^
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 20 Mars 2011, 20:00

Chapitre III

La visite de Mr Shademont laissa une impression aigre-douce à Hauteclaire; il lui faisait peur, il l'intimidait, beaucoup plus qu'aucune grande personne ne l'avait fait auparavant, et pour une enfant comme elle qui aimait braver l'autorité des adultes, il était désagréable de se sentir aussi impuissante face à l'un d'eux. N'était-elle pas Hauteclaire Stassin, la fille du célèbre maître d'armes? Ce n'était pas un Européen teinté de mal de mer qui allait l'impressionner! Si jamais il repassait par là, elle lui ferait voir de la force de ses petits poings que personne n'avait le droit de se conduire ainsi.

Le lendemain matin, M. Stassin se présenta dans la chambre de sa fille; l'enfant n'était pas habituée à une visite si matinale, mais lorsqu'elle sut pourquoi son père était venue la chercher, elle bondit de joie et dit:
"Une okiya! Quand partons-nous? J'ai tant rêvé de pouvoir y aller un jour, j'ai tellement hâte! Nous y irons aujourd'hui n'est-ce pas? Papa, s'il vous plaît!
-Aujourd'hui même, oui, répondit-il en souriant; ne t'encombre pas de trop d'affaires, Mme Harutsuki a tout ce qu'il faut chez elle."
Hauteclaire s'élança près de son lit et retira de la commode qui s'y trouvait son masque de renard qu'elle cala derrière sa tête.
"Je suis prête, pouvons-nous partir?"
M. Stassin éclata de rire et lui indiqua de descendre retrouver leur servante Noriko dehors. Hauteclaire s'étonna:
"Vous ne venez pas avec nous?
-Les hommes sont interdits dans les okiya petite demoiselle, ne vous l'ai-je pas appris?
-Mais vous vous n'êtes pas n'importe quel homme, se renfrogna l'enfant.
-Ah, mais dans ce monde des fleurs et des saules je n'ai d'autres choix que m'incliner devant la loi des femmes, répondit en riant M. Stassin. Et j'ai dit à Mme Harutsuki que tu étais une grande fille au caractère affirmé, tu ne voudrais pas arriver là-bas cachée derrière ton vieux père?"
Hauteclaire fit la moue; elle détestait qu'il la prenne ainsi à son propre jeu. Mais en même temps, elle était si heureuse d'avoir l'occasion de visiter une okiya que cette pensée lui passa vite. Elle courut rejoindre Noriko dans l'entrée, non sans avoir fait un détour pas la cuisine afin d'y récupérer quelques mochi au thé vert.

L'okiya de Mme Harutsuki se trouvait à Pontochô, au centre de Kyotô. "Pontochô", Hauteclaire avait toujours trouvé cette dénomination bizarre, ça ne faisait pas japonais; pourtant lorsqu'elle vit l'okiya elle fut transportée par son charme, son jardin avec sa petite mare constellée de pétales de magnolia, les allées de gravier blanc immaculées, les hauts bosquets de bambou qui formaient des voûtes au dessus d'elle en bruissant doucement... Mme Harutsuki les attendait sur le palier, vêtue d'un kimono noir et d'un obi jaune tissé de motifs blancs. Son visage lunaire était coiffé d'un chignon gris tiré à quatre épingles, et n'aurait-ce été sa peau parcheminée par des années de métier de geisha, il y avait encore chez elle les vestiges de sa beauté d'artiste.

Elle les salua et les invita à entrer. Il allait être midi, et l'okiya était en pleine ébullition. A l'étage, on entendait courir des maiko qui ne trouvaient plus leur shamisen, tandis que dans le hall, deux geisha confirmées achevaient de se préparer, aidées de leur habilleur qui faisait glisser entre ses doigts agiles les précieuses étoffes des kimono. Etonnant de voir un homme ici alors que M. Stassin avait indiqué qu'aucun d'entre eux n'était admis dans les okiya; et pour cause, car tout ici respirait la femme, les murs et les couloirs exhalaient les parfums de cire chaude, la senteur âcre des crayons à sourcils, les huiles musquées, l'odeur légère des eaux florales, le tout s'entremêlant dans les effluves amidonnées des tissus qu'on entendait bruisser partout dans la maison.

L'arrivée de Hauteclaire provoqua un bref instant de stupeur dans cette ruche bourdonnante; des paires d'yeux fardés se retournaient sur cette petite fille aux cheveux rouge sombre qui trottait aux côtés de sa servante. Le regard de Hauteclaire lui ne savait vers qui ou quoi se tourner tant tout semblait l'appeler dans ces coulisses où se retranchaient la beauté et la grâce. Plusieurs fois elle dut se plaquer contre le mur pour laisser passer une maiko, et ne fut finalement pas mécontente d'atteindre la petite pièce qui allait lui servir de chambre pour la nuit, enfin au calme. Il était difficile pour une enfant comme elle de réaliser l'occasion en or qu'elle avait eue de pouvoir accéder à une okiya, encore plus d'y passer la nuit, alors qu'elle n'était ni une geisha, ni une maiko, ni même une simple servante au sein de l'établissement. Non, Hauteclaire n'avait alors aucune idée de cela, elle se réjouissait simplement de cette opportunité tombée du ciel.

Noriko l'abandonna devant la porte de sa chambre, en lui faisant les dernières recommandations d'usage:
"Vous ferez bien attention, n'est-ce pas ojo-sama? Ne courez pas trop vite, et prenez garde à ne rien casser le temps de votre séjour ici.
-Aucune inquiétude, je serai aussi douce et légère qu'une brise d'été, lança brillamment la petite au visage de plus en plus déconfit de sa servante. Tu ne veux pas rester avec moi, nous nous amuserons bien ici!
-Je n'en ai pas l'autorisation, j'ai des devoirs qui m'attendent, répondit la première en souriant. Mais nous nous reverrons demain.
-Oui!"

C'est sur ces mots qu'elles se séparèrent, laissant la fillette à sa première nuit dans une okiya, et Noriko à sa dernière nuit sur terre.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 20 Mars 2011, 21:46

Chapitre IV

Ce ne fut pas l'insomnie, mais un violent orage qui la tira de son sommeil: le jour n'était pas encore levé, et le ciel noir était illuminé par des éclairs qui fendaient la nuit par intermittence. Hauteclaire adorait l'orage, elle pouvait passer des heures à le regarder; pourtant ce soir-là elle eut un étrange serrement au coeur et tenta sans succès de se rendormir. Elle se retourna dans un sens et dans l'autre, se gardant d'autant plus éveillée qu'elle se répétait sans cesse qu'il fallait dormir. Au bout d'un long moment elle finit enfin par comprendre pourquoi elle n'arrivait pas à dormir: il fallait qu'elle rentre chez elle. L'okiya était douce et parfumée, tout comme les jolies poupées qui s'y trouvaient, pourtant il fallait qu'elle retourne dans sa véritable maison. Au plus vite.

A pas de loup, elle se glissa hors de sa chambre, jusqu'au rez-de-chaussée. Fort heureusement, le craquement des éclairs à l'extérieur dissimulaient ceux du plancher. Hauteclaire récupéra ses socques dans le hall, et poursuivit sa route jusqu'à la porte de derrière, plus accessible que celle de l'entrée que les servantes avaient verrouillée après le retour des dernières geisha.

Face aux rideaux de pluie qui s'abattaient comme des barrières, l'enfant sentit sa volonté faiblir; il était toujours temps de remonter, après tout ce n'était peut-être que l'orage qui lui faisait cette sensation... Non, quelque chose était différent, elle devait en avoir le coeur net. Qu'est-ce que cela coutait après tout, la maison n'était pas si loin.

Prenant sa respiration, elle bondit sous l'averse, traversa le jardin et escalada le muret qui la séparait de la rue. Tout était sombre, et la boue aspirant ses pas la ralentissait considérablement. Pourtant elle vit bientôt les murs familiers qui entouraient leur domaine, ces murs blancs luisant sous l'éclat de l'orage. Elle se laissa tomber dans le jardin, guidée par les lanternes disséminées le long du sentier. Tout était calme en dehors de la pluie, les panneaux de papiers de riz étaient soigneusement fermés, et la maison entière semblait dormir d'un paisible sommeil... trop paisible sommeil... Hauteclaire, l'estomac noué, son yukata trempé collé à la peau, avança sans faire de bruit et pénétra dans la maison silencieuse. Le rez de chaussée était vide, et à l'étage pas un craquement témoignant d'un sommeil troublé ne se faisait entendre. Toute la maison semblait vide. C'est bien cela qui inquiétait l'enfant à mesure qu'elle avançait.

Elle se dirigea vers l'escalier et commença à le gravir, quand quelque chose l'arrêta. Son pied venait de se poser sur quelque chose de mouillé, peut-être des gouttelettes d'eau qui se seraient immiscées à travers le plafond. En regardant sous sa tabi, sa respiration se bloqua; une large tache sombre s'étendait sous son pied, et elle n'avait pas besoin de la lumière du jour pour savoir que cette tache était rouge. En se rattrapant à la marche supérieure, ses doigts glissèrent sur un liquide visqueux, qui ne lui laissa plus aucun doute. Prise de panique, elle bondit à l'étage, et ouvrit la porte de la première chambre qui se présentait.

Les domestiques à l'intérieur étaient tous allongés les uns à côté des autres, comme des corps endormis. Mais ces corps baignaient dans une mare de sang qui avait tout détrempé, futons, oreillers, couvertures; tout était imprégné par le sang qui s'échappait des gorges béantes des domestiques, dont la tête presque détachée du corps était tournée sur le côté, comme celles de pantins sans vie. Hauteclaire, saisie d'horreur, tomba en arrière dans une flaque de sang qu'elle traina avec elle dans le couloir. La peur lui faisait battre le sang si fort dans les tempes qu'elle n'entendait pas ses propres gémissements, et elle ne sut même pas comment elle trouva la force d'arriver devant la chambre de son père. Ici, pas une trace de sang, mais pas une trace de M. Stassin non plus. Son lit était défait, et au fond de la pièce, les panneaux avaient été laissés ouverts, donnant sur le jardin de pierre qu'Hauteclaire aimait tant. Elle s'approcha lentement, son coeur battant de plus en plus fort à chaque mètre parcouru. Arrivée au bord de la fenêtre, elle plongea son regard dans l'obscurité, qu'un éclair dissipa l'espace d'une seconde.

Son sang se figea.

En contrebas, au milieu des noirs récifs, il y avait un corps, traversé de part en part par un sabre planté au milieu du torse. Un corps qui semblait se dissoudre dans les ruisseaux de sang qui filaient entre les sillons des graviers. Le corps de M. Stassin.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar La Licorne Ailée » 21 Mars 2011, 11:59

C'est magnifique...
Et c'est encore peu dire...
J'aime énormément !
Je veux la suite !!
I can't resist the liquid rubies that run into your veins...

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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 21 Mars 2011, 12:11

Licorne! I'm so glad you've read me!!! ^3^ Thank you so much!
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 21 Mars 2011, 12:15

Chapitre V

Ses cheveux mouillés par la pluie lui glaçaient la nuque, mais elle ne sentait plus le froid, elle ne sentait plus rien. Elle était là, au bord de la fenêtre, contemplant le cadavre de son père en contrebas, comme au fond d'une tombe. Que faire à présent, où aller... il ne fallait pas rester là, mais il n'y avait plus nulle part où rester, tout était bien fini. Elle voulait tellement pleurer, mais pourquoi, pour qui, vers quelle direction pouvait-elle hurler, tout paraissait d'un coup si vide; c'était peut-être cela le plus effrayant, sentir que plus rien ne lui ferait écho, qu'elle était perdue dans un immense vide sans aucune terre sous ses pieds, sans aucun ciel au dessus d'elle... Alors quand il n'existe plus rien, que faire de son propre corps s'il n'y avait plus aucun monde pour le recevoir?

Dans son trouble, elle ne s'était même pas rendue compte qu'elle était tombée à genoux. Détournant son regard, elle se retourna vers la chambre vide de son père. Tout était bien à sa place, rien n'avait bougé, ceux qui avaient fait ça avaient agit en glissant dans l'ombre, dans la plus pure tradition des assassins japonais. Le Japon... Ce Japon de rêves et de soieries, de parfum et de laque, de douleur et de sang... Hauteclaire réalisa soudain que chaque médaille possédait son revers, que les ormes et le lierre pouvaient pousser parmi les fleurs et les saules. Elle se sentit soudain si lourde, si lasse; dehors la pluie tombait toujours, avec son tambourinement hypnotique, et la nuit était de plus en plus sombre...

Hauteclaire ouvrit les yeux. La fenêtre s'ouvrait sur un ciel métallique où le tonnerre continuait de rouler. Ce n'était donc pas un rêve... Tout était encore si sombre... Si seulement elle avait pu dormir encore...

Elle se releva brusquement. Elle venait d'entendre des bruits de pas au rez-de-chaussé, des pas qui à présent gravissaient les escaliers. Le jour était à peine levé, il ne pouvait pas s'agir de n'importe quel passant. Furtivement, elle se glissa jusqu'à un trio de sabres que son père gardait dans un renfoncement du mur et décrocha le wakizashi. Alors, elle se glissa derrière la porte et attendit, le coeur battant. Les pas s'étaient rapprochés, puis s'étaient arrêtés devant la porte qui commença à coulisser lentement. Hauteclaire bondit soudain, la lame du wakizashi prête à se glisser entre les chairs de l'étranger, mais en un éclair, elle se trouva désarmée, le bras emprisonné entre une main sombre et puissante. Elle voulut se débattre, quand tout à coup son regard se posa sur l'étranger qui se trouvait face à elle.

Des yeux dorés de chat, un air froid et mélancolique...

C'était Mr. Shademont.

Celui qui l'avait désarmée n'était autre que l'Indien qui l'accompagnait toujours. Lorsque Hauteclaire les vit, ses forces achevèrent de la quitter. Son corps tremblait, elle avait peur, elle aurait voulu s'enfuir, mais elle était paralysée. La main de l'Indien se desserra autour de son bras, sans cependant la lâcher, et Mr. Shademont, qui s'était agenouillé devant elle, murmura:
"Il faut venir avec nous Hauteclaire."
C'était la première fois qu'elle entendait sa voix. C'était une belle voix grave, marquée par un infime, très infime accent que l'enfant ne reconnut pas tout d'abord; un accent roulé comme celui des Japonais, mais beaucoup plus léger. Elle ne savait pas quoi répondre, et se contenta de dire d'une voix tremblante:
"J'ai si peur monsieur..."
Mr. Shademont adressa un signe à l'Indien qui prit la petite dans ses bras. Hauteclaire ne pouvait plus maîtriser son tremblement, et fondit soudain en larmes, la tête au creux de l'épaule de l'homme qui la tenait. Alors tous trois quittèrent de la maison, disparaissant dans la lumière sombre de l'aube d'orage.
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