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Hauteclaire S.

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

Re: Hauteclaire S.

Messagepar Merle » 25 Juillet 2011, 21:23

Un anachronisme sur un mot n'est pas trop grave non plus dans une uchronie.
Autant de motivation qu'une lettre de motivation.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Silinde Lightwell » 29 Octobre 2012, 03:53

Le dernier chapitre, woaw, j'adore le contraste entre les rues bonder de Londres, pleine d'animation, de vies mais grise, sale, et ce jardin sublime, lumineux, mais ou tout est factice, sans vies. C'est vraiment bien joué.
J'avais l'impression d'être passer de l'autre coté du miroir, ce lieu captivant ou on pourrait y rester des heures mais où notre conscience nous le déconseille et nous dit de vite revenir à la réalité même si elle est plus sombre.

Tes automates sont super, bon j'avoue de base j'adore les automates mais les tiens échappe aux clichés, ils dégagent quelque chose et ça j'aime.

Pour revenir au chapitre précédent tous c'est silences, c'est subterfuges, tant d’effort pour éviter de répondre aux questions de Hauteclaire qui sont aussi les miennes c'est frustrant, je crois mettre encore plus impatienter qu'elle. Ménage le lecteur, lâche du lest !

Le chapitre de la beuverie à bord du bateau ma beaucoup fait rire, humour bien dosé, mon chapitre préférer après le dernier.
J'espère que tu reprendras.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 11 Juillet 2013, 22:27

Oui ça fait 3 siècles. Mais j'avais ça sous la main, alors, voilà.

Chapitre XII

La pièce où ils avaient pénétré exhalait en vérité un curieux mélange de lumière et d'ombre. C'était un envoûtant boudoir XVIIIe dont les boiseries couleur miel s'accommodaient de soie damassée violine. Des chandeliers fixés aux murs propageaient une lumière d'ambre grésillante sur une large cheminée où crépitait un feu, et auprès de laquelle se tenait un homme de dos; sa stature longiligne avait une certaine angulosité, malgré la désinvolture avec laquelle il prenait appui sur les linteaux. De part et d'autres s'alignaient des rangées de chaises de la même soie que les murs. Hauteclaire n'arriva pas à identifier si cette pièce était jolie ou tout à fait dérangeante. Car malgré la lumière chaude relevée par les reflets de la soie, il régnait ici une obscurité imprécise qui n'était pas apparente là où l'on posait les yeux, mais qui se glissait toujours dans les angles du regard, et disparaissait à nouveau lorsque l'on essayait de la fixer.
Sur la gauche, un deuxième personnage était assis à un bureau jonché de paperasse qui absorbait toute son attention. Il arborait ce charme flegmatique et vaguement méprisant de la gentry locale, impeccablement cinglé dans un costume à fines rayures. Une très belle femme se tenait près de lui, vêtue d'une robe vert émeraude aux reflets nombreux. Ces deux-là levèrent la tête lorsque Mr. Shademont et sa suite pénétrèrent dans la pièce, mais sans prononcer le moindre mot.

Dès qu'il les avait entendus entrer, l'homme près de la cheminée avait fait volte-face en s'écriant d'une voix au timbre étrangement métallique :
« Mon apothicaire préféré qui me revient ! L'air de la mer t'a fait du bien on dirait, tu as une mine resplendissante. » ajouta-t-il en pinçant la joue blafarde de Mr. Shademont qui afficha la plus parfaite morgue.

Hauteclaire en revanche eut du mal à en faire autant. L'individu qui les avait accueillis était constitué d'un épouvantable patchwork de chair et de métal, cinglé dans des habits qui avaient dû appartenir à son arrière-grand-père. Une perruque impeccablement poudrée et roulée reposait sur le haut de son crâne, où les plaques de métal s'agençaient en un masque d'Arlequin des ténèbres. Elles se poursuivaient le long de son cou, disparaissant sous une lavallière soigneusement nouée et rehaussée d'une broche de grenat. Difficile de dire où cet assemblage funeste prenait fin. La fillette eut un mouvement de recul, mais Virgile la reteint fermement, sans quitter l'homme des yeux ; la gaieté sereine qu'il affichait habituellement était à présent dissimulée dans l'ombre. L'Arlequin de métal s'approcha de l'enfant et, sans une ni deux, l'attrapa par le dos de sa robe et la souleva aussi facilement qu'il l'aurait fait avec une petite belette.
« Qu'est-ce que cette chose remuante ? fit-il alors que Hauteclaire se débattait pour ne pas être étranglée par le col de cette robe maudite. Tu as profité de ton séjour nippon pour récupérer tes bâtards ?
- Tu sais très bien qu'elle n'est pas de moi, répondit froidement Mr. Shademont. C'est sa fille.
- Dante, cette faculté à parler par bribes de phrases est extrêmement fatigante passé neuf heures du soir, soupira l'autre tandis que l'enfant acquiesçait secrètement.
- Celle de l'Armateur. »

Hauteclaire sentit la poigne de l'Arlequin se resserrer sur ses vêtements, ce qui eut pour effet de faire ruisseler des larmes brûlantes hors de ses yeux exorbités. Il lâcha soudain prise, et la fillette s'étala au sol, non sans un douloureux soulagement. Il lui fut difficile de dire à ce moment là si la pesanteur de l'atmosphère était due à la suffocation, ou à la conversation qui avait débuté entre les deux hommes.
« Ahah, la fille de l'Armateur ? » fit l'Arlequin avec un ricanement strident de guillotine.

Un changement très net s'était fait dans le ton de sa voix. Son timbre léger et un peu métallique s'était mué en un grondement lourd et ombrageux achevant de donner à cette créature de métal et de chair le côté angoissant qui ne lui manquait déjà pas. Il reprit :
« Foutre Dieu, tu es impayable, vraiment. Je t'envoie à l'autre bout du monde, et tout ce qu tu trouves à faire, c'est me ramener la gamine de ce... crevard, fils de putain défraîchie doublé d'un lâche et d'un traître !
- Il ne s'agit plus de lui à présent...
- Jamais, jamais la moindre parcelle de son être n'aurait dû survivre, pas après le mal que je me suis donné pour qu'il paye ! trancha l'autre. Et toi apothicaire, ajouta-t-il en s'approchant, je devrais également te faire regretter d'avoir agi ainsi, sans m'en informer ! Débarrasse-moi de cette chose sur le champ, avant que je ne décide de m'en charger moi-même ! »

A mesure que sa colère montait, l'obscurité semblait s'être faite plus dense dans la pièce, et les ombres cachées dans les recoins s'étaient étendues au sol, sur les murs, envahissant l'atmosphère de leur présence devenue... palpable. Hauteclaire eut le sentiment qu'elles se mouvaient sous ses doigts, tellement froides contre sa peau, glissant sur elle, sous ses vêtements, et la saisissant à la gorge comme une vapeur toxique. Ou plutôt... comme une pesante, insupportable tristesse lui compressant les entrailles. Dans ces ténèbres, elle se sentit soudain broyée par une effroyable solitude, comme si plus rien, plus rien ne valait la peine qu'elle se hisse vers un peu de clarté. Elle se laissa tomber, ne sachant où, car tout autour d'elle semblait avoir été dissipé par cette noirceur corrosive. Aussi fut-elle incapable de reconnaître la voix de Mr. Shademont qui résonna comme un lointain écho, lorsque celui-ci dit :

« Je l'ai ramenée pour qu'elle paye les dettes que l'Armateur a laissées. »
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 13 Juillet 2013, 00:39

Chapitre XIII

L'obscurité se dissipa comme elle était apparut, rampant dans un mouvement inverse pour disparaître là où elle voyait tout mais où nul ne pouvait la voir. Hauteclaire demeura au sol, le regard hébété, parcourue de frissons. C'est alors que la femme en vert, qui jusqu'ici s'était tue, glissa soyeusement du bureau où elle était assise pour apostropher Mr. Shademont de sa voix de velours :

« Tu crois ça apothicaire ? Stassin a profité de nous avant de plier bagages en emportant le fruit de coûteuses recherches, le prix de sa trahison équivaut au moins celui de son escroquerie. Cette merdeuse ne pourra jamais rembourser le dixième de ce que nous avons gaspillé par sa faute... »

Elle jeta alors vers la fillette un regard étincelant.

« … Même si bien sûr, si le divin Marquis me le permet, j'aurais bien un emploi tout à fait rentable où elle pourrait exceller, pour peu que je l'aiguille correctement.
- Où comptes-tu en venir ? demanda d'une voix sombre le Marquis diabolique à Mr. Shademont, sans prêter la moindre attention à l'intervention de la femme.
- Je veux simplement dire que l'enfant pourra t'être très utile pour régler le problème qui te préoccupe. Donne-moi juste un peu de temps, et lorsqu'elle sera en âge je lui aurai donné les moyens de rembourser tout ce que te devait l'Armateur, et sinon plus.
- Le fera-t-elle ?
- Je sais que tu ne lui laisseras pas d'autre choix. »

La bouche du Marquis – rare vestige de peau encore visible sous son masque – se tordit en un sourire cupide.

« Il n'est pas question que je verse une livre de plus pour nourrir la progéniture de ce rat d'égout, reprit-il. Quant au nom de Stassin, je ne souhaite plus jamais l'entendre ni me rappeler qu'il a existé.
- Hauteclaire sera ma pupille. Elle prendra mon nom, et je m'engage à couvrir moi-même tous les frais qu'elle requerra. »

Le Marquis ne répondit rien. La femme en vert, qui avait suivit le tour de cette conversation d'un œil mauvais, jeta alors avec mépris :

« Je trouve on ne peut plus suspecte la manière dont tu t'acharnes à défendre la gamine, Dante. Pourquoi ne pas me la laisser ? Grandir dans un monde de femmes décrassera un peu cette gueuse. Et qui sait, je pourrais bien lui apprendre de quoi être vraiment utile à tout le monde... » ajouta-t-elle avec une étincelle concupiscente dans le regard.

Elle s'avança vers Hauteclaire et se pencha pour lui saisir le menton. Les larges boucles brunes qui retombaient par vagues sur ses épaules nues exhalaient un parfum chaud et musqué, intense comme celui porté par la brise de Shimabara. Mais la porteuse n'avait ici ni la volupté ni la grâce des blanches dames de l'amour; elle n'était que sensualité agressive et orgueilleuse, gorgée de ce charme vulgaire auquel s'abreuvaient tous ceux qui n'avaient pas la volonté de trouver la source pure du plaisir.

« Un peu sauvage sur les bords, continua la femme en enfonçant ses ongles dans la mâchoire de l'enfant et en la tournant d'un côté et de l'autre ; mais après tout, il y en a qui aiment. Alors gamine, tu vas me suivre ? »

Un crachat lui atterrit au milieu du visage en guise de réponse.

« Retourne baiser avec tes chiens, vieille putain racornie ; tu n'auras pas besoin de moi pour ça. »

Le femme blêmit, dans un ahurissant mélange de stupeur et de colère, et recula subitement pour s'essuyer le visage. Derrière elle, le Marquis éclata d'un rire sonore en lui disant :

« On dirait bien que tu as perdu, Esmerald. La merdeuse ira avec l'Italien. Et j'entends bien que tu trouves le moyen, Dante, qu'elle me rembourse tout ce que son traître de père me devait. Autrement, je te ferai payer pour eux. »

Sur ces mots, il retourna se placer près de la cheminée et poursuivit :

« A présent sortez ; j'ai eu mon comptant de choses qui fâchent pour ce soir, nous reprendrons cette discussion ultérieurement. »

Virgile enjoignit Hauteclaire à retourner en direction du jardin. Avant de sortir cependant, elle croisa le regard d'Esmerald qui la dévisageait férocement... et lui tira la langue avec un geste obscène qui plongea la femme dans une crise d'exaspération. La porte se referma lourdement sur eux, et tous trois remontèrent vers la rue sale et bruyante accompagnés des deux automates silencieux.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 24 Juillet 2013, 13:24

Chapitre XIV

Lorsqu'ils eurent repris place dans la voiture, Mr. Shademont indiqua au cocher de rouler et se retourna vers Hauteclaire qui fixait la rue battue par la pluie d'un air sombre. Elle n'était visiblement pas disposée à exiger des explications, et c'est bien cela qui inquiéta le plus les deux hommes.

« Je présume que tu as des questions sur ce qui vient de se passer » essaya de l'encourager Mr. Shademont.

Elle ne répondit rien d'abord, absorbée par les troupes de passants serrés sous leur parapluie qui défilaient dehors. Dante savait pourtant qu'elle ne les regardait pas.

« Ramenez-moi à la maison, finit-elle par dire d'une voix rauque.
- Tu sais très bien que c'est impossible. Désormais tu devras vivre ici, sous ma respons...
- Je ne t'ai rien demandé, gaijin ! » hurla-t-elle tout à coup.

Son visage était rouge de colère, mais sa respiration irrégulière trahissait une tacite détresse.

« Vous arrivez, alors que tout allait bien, et tout à coup mon père et tous nos domestiques se font tuer ! J'ai souvent pensé, durant notre voyage, que sans doute il aurait été trop difficile de survivre seule là-bas, mais si j'avais su que c'était pour faire de moi le pantin de ce... de cette espèce de... morceau d'humain soudé avec du métal... et toutes ces ombres, et... »

Elle s'arrêta, pour reprendre son souffle, ce dont Mr. Shademont profita pour dire :

« Il ne t'arrivera rien, tant que je serai là. »

Elle lui jeta un regard méprisant.

« Tu crois sans doute que je vais me montrer reconnaissante pour ça, alors que tout s'enchaîne depuis que tu es dans le coin ? Tu t'imagines tout régler d'un revers de manche en me prenant sous ton aile, mais je me fous de ta protection, et de ton nom encore plus ! Hors de question que j'adopte ce patronyme bâtard, je suis Hauteclaire Stassin, tu ne me prendras pas la seule chose qu'il me reste de mon père ! »

Mr. Shademont ne répondit rien, ses yeux d'or sévèrement posés sur la fillette.

« Je ne te laisse pas le choix, finit-il par dire d'une voix grave. Je n'ai pas pu sauver Stassin, je ne laisserai pas mourir sa fille, malgré son foutu caractère. Alors désormais tu vas te taire, et écouter attentivement ce que j'ai à te dire. Nous n'avons pas le temps pour ces gamineries. »

Son ton était devenu extrêmement pesant, si bien que l'enfant n'osa rien répondre, figée dans une attitude irascible.

« L'homme que tu as rencontré est connu sous le nom de Marquis. Officiellement, il est à la tête d'entreprises qui assemblent et vendent des automates - tels que celles que tu as vu lorsque nous sommes arrivés. Ces modèles très perfectionnés sont particulièrement prisés pour toute sorte de tâches dans nos capitales européennes ; ils ont pour originalité de fonctionner à l'hora.
- Encore votre charbon bizarre pour bateaux...
- L'hora est bien plus qu'un carburant, jeune demoiselle, intervint alors Virgile. Il s'agit d'un minerai que nous utilisons dans de nombreux domaines, aussi bien l'industrie que la médecine ou l'armée. Même si les connaissances que nous en avons ne semblent recouvrir qu'une faible portion de ses potentialités, c'est un matériau prometteur qui est au cœur de nombreuses recherches ; notamment, celles menées par le Marquis.
- Je croyais qu'il fabriquait des automates ?
- Officiellement, oui, reprit Mr. Shademont. Officieusement, son intérêt véritable réside dans le travail de l'hora. C'est d'ailleurs ainsi que nous nous sommes rencontrés.
« A l'origine, ma famille constituait une branche d'apothicaires vénitiens très réputés pour leur travail sur ce minerai, alors peu connu. Les moyens dont nous disposions nous ont permis d'émigrer à Londres pour approfondir nos recherches. C'est à peu près à cette époque qu'a débuté la guerre en Crimée, à laquelle a pris part le Marquis.
« L'hora, qui était alors utilisé davantage comme combustible, a commencé à être reconnu pour ses vertus médicinales. La guerre avait causé de nombreux ravages, et outre les épidémies qui avaient décimé les rangs, certains subirent des blessures irréversibles qui n'auraient jamais pu être guéries par la chirurgie traditionnelle. Comme nous étions les principaux chercheurs à nous intéresser à l'usage médical de l'hora, mon père fut appelé au front comme chirurgien militaire. Il y soigna le fils d'un lord qui avait eu un bras et la moitié du visage arrachés par une explosion. Cet homme, c'était bien sûr le Marquis. Mon père combina la mécanique à son savoir faire médicinal pour créer une prothèse alimentée par l'hora. En guise de gratitude, la famille du Marquis devint notre mécène. Ce type de prothèse nécessite, comme toute machine horique, d'être alimentée régulièrement par ce minerai, ce dont se chargea mon père, et moi après lui.
- Pourquoi il a besoin de vous, il peut pas se fourrer tout seul son hora dans le...
- L'hora ne fonctionne pas comme n'importe quel autre combustible, coupa Virgile. C'est une base neutre qui n'a pas plus de puissance qu'un gravier lorsqu'elle n'est pas chargée avec suffisamment d'énergie. Et cette énergie, il la retire... ou devrai-je dire, la vampirise, de tout ce qui l'environne. Je présume que vous n'avez jamais vu les régions où se trouvent les mines d'hora jeune demoiselle ? »

Hauteclaire leva un sourcil dubitatif.

« Je suppose que vous vous en seriez souvenu si cela avait été le cas, reprit l'Indien en souriant. Ce type de paysage ressemble à la photographie d'un champ de bataille. Rien n'y survit, ni les plantes, ni les animaux... ni les couleurs... Toute énergie est absorbée par ce minerai qui nécessite un lourd traitement avant que même nous ne puissions le manipuler. Son extraction était autrefois hors de prix, et quoiqu'il demeure encore relativement cher, nos technologies actuelles nous ont permis de nous le procurer plus facilement, et surtout avec moins de pertes humaines.
« Lorsqu'il est chargé, il peut se substituer à n'importe quelle forme d'énergie ; et une fois vide, sa masse se maintient, il faut simplement la réapprovisionner. Des régions se sont spécialisées dans la charge d'hora. Elles sont appelées « Pays Gris », car les terres qui servent à nourrir ce minerai se vident progressivement de leur couleur.
« Nous avons pu constater que certaines énergies étaient diffusées plus longtemps et plus intensément que d'autres, faisant fonctionner les machines plus longtemps et à moindre coup. C'est principalement sur cela que portent les recherches financées par le Marquis. »

Hauteclaire ne répondit rien, occupée à mettre au clair tout ce que venait de lui révéler Virgile. Une question subsistait cependant dans son esprit.

« Qu'est-ce que mon père avait à voir avec vos histoires, au juste? »
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Minato Uchiwa » 26 Octobre 2013, 09:53

La suite !! C'est super bien ! (je trouve que la plupart des écrivains sont méchants... A chaque chapitre ou tome, il laisse l'histoire en plein suspense, ce qui fait qu'on veut connaitre la suite. encore plus si c'est super bien!).
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 12 Novembre 2013, 17:59

Oh, mignon, un petit message, j'avais même pas vu..!

La suite arrive. Ca a quelque chose de rassurant de savoir qu'il reste quelqu'un qui lit o_o
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Minato Uchiwa » 12 Novembre 2013, 18:13

Hauteclaire S. a écrit:Oh, mignon, un petit message, j'avais même pas vu..!

La suite arrive. Ca a quelque chose de rassurant de savoir qu'il reste quelqu'un qui lit o_o


Bin, quand je n'ai plus rien à lire, je fouille un peu partout. Donc, mon dévolu s'est jeté sur le Salon de Lecture. Et sur la section RP du forum.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 21 Novembre 2013, 23:18

Chapitre XV

A l'extérieur, on entendit le cocher pousser un juron. Même à cette heure, la rue était pleine de piétons imprévisibles, parfois inconscients, parfois complètement imbibés. Hauteclaire songea que sa question allait de nouveau les faire s'enfermer dans le silence, mais après un instant de réflexion Mr. Shademont lui répondit :

« Stassin, tu dois le savoir, avait la passion des armes. Il les étudiait, les forgeait, les vendait aussi. Lorsqu'il entra au service du Marquis, le fruit de son labeur permit de financer une partie de nos recherches sur l'hora. En contrepartie, il recevait ce dont il avait besoin pour travailler. Cet engagement, fondé sur le don et le contre-don, est celui qui nous lie tous à la personne du Marquis...
-Vous êtes en train de me dire que mon père était trafiquant d'armes au profit de votre pantin immonde ?
-Trafiquant, pas vraiment. Mais lui aussi s'intéressait à l'hora, c'est d'ailleurs pourquoi il a rejoint notre organisation. Seulement... Après ta naissance il a décidé de son propre chef de mener ses recherches sous d'autres cieux, à l'abri de ce qui avait lieu ici. Il a commencé par mettre ta mère en sûreté sans jamais rien nous dire d'elle, puis t'a emmenée loin... Ce qui s'est passé depuis, je l'ignore. Dans tous les cas, son départ précipité a été un réel affront pour le Marquis, d'autant qu'en partant, Stassin a emmené l'intégralité des recherches qu'il avait menées jusqu'ici. Je présume qu''il ne souhaitait pas que certaines découvertes tombent entre de mauvaises mains...
-Quel genre de découvertes ?
-Comment le saurai-je ? Stassin travaillait sur l'usage guerrier de l'hora, j'ignore encore à quelles conclusions il avait abouti, et pourquoi il désirait les garder secrètes. C'est bien ce que j'aimerais savoir d'ailleurs.
-L'Armateur... C'est pour ça que vous lui donnez ce nom ?
-Ces surnoms désignent notre qualité au sein du groupe, fit alors Virgile. M. Stassin était notre Armateur. Mr. Shademont ici-présent est également connu sous le titre de Distilleur – non, pas d'apothicaire, si c'est ce que vous pensiez jeune demoiselle, ajouta-t-il en anticipant la mine surprise de l'enfant. Quant à moi, je été rebaptisé le Chirurgien, car...
-Devez-vous vraiment détailler vos pratiques dans ce fiacre bringuebalant ? ...
-Je n'y suis pas obligé, non, dit-il avec un léger sourire. Vous avez tout à l'heure eu affaire à une jeune femme répondant au nom d'Esmerald, qui pour sa part travaille dans... Elle travaille pour... » Virgile chercha ses mots.
« Elle travaille dans le social, poursuivit Mr. Shademont.
-Ce que vous appelez social c'est les putes ?
-On ne peut rien te cacher.
-Il restait un homme, avec le Marquis, fit alors l'enfant. D'où est-ce qu'il sort ?
-Mr. Grey est notre Trésorier, répondit Mr. Shademont. C'est à lui qu'il incombe de s'occuper des différentes affaires du Marquis, ainsi que des frais que cela génère. A nous cinq, nous formons le noyau dur qui gère l'entreprise du Marquis dans Londres. La production d'automates permet de financer les recherches que nous menons parallèlement sur l'hora.
-Si je comprends bien, dit lentement Hauteclaire, votre production d'automates repose sur les frais générés par des putains et par la vente d'armes ? C'est juste la société la plus louche que j'aie jamais vue.
-Lorsque tu la connaîtras mieux tu verras qu'elle est beaucoup plus légitime que ce que tu crois.
-C'est ce que tous les gens qui font des choses louches disent. »

Le fiacre venait de s'arrêter dans une rue pavée tranquille, qui jouxtait les lignes sombres d'un parc. Mr. Shademont sortit en premier, suivit de Virgile qui aida Hauteclaire à descendre. L'enfant leva les yeux vers une façade de pierres nues, sévère, et brochée de torches diffusant un faible halo. Cette demeure ne ressemblait pas à ses voisines, aux murs blancs et lisses, avec leurs allures de maisons de poupées. On aurait plutôt dit que celle-ci avait été construite par un riche notable de la Renaissance versé dans la chasse aux sorcières.
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Re: Hauteclaire S.

Messagepar Hauteclaire S. » 08 Décembre 2013, 20:17

Ils s'approchèrent d'une lourde porte de bois sombre, et Mr. Shademont donna trois coups de différentes intensité au heurtoir. Presque aussitôt, une domestique ouvrit, et ils pénétrèrent dans un intérieur feutré où une femme les attendait. Elle avait un genre de visage un peu impassible qui faisait qu'il était difficile de lui donner un âge. Une quarantaine d'années sans doute. Yeux bleus, cheveux noirs, légèrement parsemés d'ondulations poivre et sel. Elle avait gardé cette fraîcheur qu'on retrouve chez les femmes de la campagne, qui ont grandi loin des miasmes noircis de la ville. Lorsqu'elle les vit, un sourire se dessina sur ses lèvres.

« Soyez le bienvenue Sir, dit-elle d'une voix fleurie. J'espère que le voyage s'est bien passé. 
-Exténuant, Mrs. Marins. C'est bon d'être enfin de retour chez soi. »

Puis, se tournant vers l'enfant:

« Hauteclaire, je te présente Poppaea Marins, dite Poppy Marins, notre gouvernante. Mrs. Marins, voici Hauteclaire, qui vivra désormais avec nous ici. »

Mrs. Marins fit une révérence en annonçant de sa voix légère :

« Ravie de vous connaître, Miss Hauteclaire.
-Salut. »

La femme leva vers elle un visage souriant, et de ses deux mains lui adressa une brutale claque en tenaille.

« C'est moi qui suis enchantée, Mrs Marins, devrait dire une demoiselle du monde, fit Mrs. Marins sans quitter son sourire doux.
-C'est... moi... je suis... enchantée.... Bordel de merde.... bafouilla Hauteclaire qui voyait des étoiles.
-C'est mieux, mais il reste du travail à accomplir. »

Puis, se tournant vers Mr. Shademont :

« Souhaitez vous dîner ? J'ai fait servir le repas.
-Oui, s'il vous plaît. Vous ferez ensuite prendre un bain à l'enfant, puis la conduirez dans sa chambre. Je vous charge de son éducation, afin de lui inculquer les bons usages de notre pays. »

Mrs. Marins s'inclina et posa une main délicate dans le dos de Hauteclaire qui fut parcourue d'un frisson. Lorsque son étourdissement se fut dissipé, elle réalisa que la demeure où ils l'avaient emmenée avait décidément un charme bien à elle. Il y régnait un silence feutré, lové dans la chaleur du bois verni et des tentures anciennes. Des peintures à l'huile représentant d'antiques citées et des beautés au visage d'ange couraient le long des mur. Plus intriguant, elle distingua derrière des fenêtres à croisillons les taches délavées de flambeaux qui faisaient le tour d'une grande cour intérieure. Au centre, une fontaine entretenait le bruit de la pluie. Malgré la pénombre, l'enfant comprit que ce qu'elle avait d'abord pris pour une maison inquisitoriale dissimulait en son sein plus de beauté qu'elle n'en avait alors vue dans l'obscure cité humide.

La gouvernante les fit prendre place à table pour un repas essentiellement constitué de viande. L'enfant n'était pas habituée à ces substances carnées, si rare dans la cuisine japonaise. La tendresse du poisson fondant dans la bouche lui sembla loin lorsqu'elle dut mastiquer un morceau de bœuf coupé trop épais, heureusement accompagné de ses pommes de terre au gratin. S'ensuivit un chaud-froid de poulet à l'aspect rébarbatif qu'elle se força à avaler après avoir croisé le regard glacial que Mrs. Marins lui adressait par dessus son sourire. Suite au léger dessert qui fit passer le goût de toute cette viande, elle fut conduite dans une belle salle en marbre où l'attendait un bain fumant. Tandis qu'une domestique s'occupait de lui râper la peau avec un vigoureux gant de crin, Mrs Marins déclara, le dos tourné à la nudité de Hauteclaire:

« Les enseignements débuteront demain. Vous serez levée à 7h, vous habillerez et déjeunerez, après quoi vous serez attendue en salle d'étude pour vos leçons. L'après-midi sera consacré aux séances d'entraînement. Le soir, vous vous exercerez tantôt à la danse, tantôt au chant, tantôt à la musique. Avez-vous des questions ?
- Quand-est-ce que je joue ? » fit Hauteclaire en lui lançant un regard dégoulinant.

Mrs. Marins ne se retourna pas, mais l'enfant sut qu'un sourire criminel illuminait le visage de la gouvernante, aussi elle n'insista pas. Après le bain, elle fut conduite au dernier étage de la demeure, dans une tour d'angle au nord-ouest. Il y régnait toujours la même douceur feutrée, même si l'endroit paraissait isolé du reste des pièces. La chambre que Hauteclaire allait occuper se trouvait là ; c'était une pièce de taille moyenne, chichement meublée et assez sombre. Seul un feu diffusait une lumière ambrée sur un lit à baldaquin et un petit bureau. De lourds rideaux rouges retombaient de part et d'autres des fenêtres. Plutôt sinistre, d'autant que l'enfant n'était pas habituée à se trouver à cette hauteur ; elle avait plutôt habité des pagodes qui excédaient rarement un étage. Elle aperçut alors son masque de renard qui reposait sur les coussins du lit, auprès de quelques affaires. Elle amorça un mouvement pour se ruer dessus, mais Mrs. Marins la retint d'une poigne d'acier et la planta violemment sur le sol.

« Quoi encore... grommela Hauteclaire avec fatalisme.
-Une jeune fille doit tempérer ses passions. Elle ne quémande pas, et attend d'avoir la permission. Alors, qu'est-ce qu'on dit ?
-Allez vous faire foutre. »

Une gifle qui ressemblait à un coup de poing lui répondit.

« S'il vous plaît.
-Allez... vous faire foutre... s'il vous plaît. »

Une nouvelle châtaigne acheva de la mettre K-O, puis Mrs. Marins la réceptionna et la déposa sur le lit.

« Nous progressons lentement. Je ne désespère pas de faire de vous une jeune fille du monde d'ici peu. Je vous souhaite une très bonne soirée, Miss. »

Elle posa sur elle un regard maternel en rajustant une des mèches auburn de l'enfant sur son front. Puis elle tourna les talons et sortit en fermant doucement la porte. Hauteclaire, allongée sur le dos, étendit un bras et ramena son masque contre elle.

« Kitsune-sama, murmura-t-elle, je crois que ces Continentaux sont tous ravagés. »
"Il y a une tendance aujourd'hui à mettre des accessoires steampunk partout. Dans une publicité de nourriture pour chiens par exemple... Et hop! Voilà du steampunk. Ce genre de choses annonce le début de la fin." J. Blaylock
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Hauteclaire S.
 
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