Le problème n'a pas encore été résolu et divers événements ont retardé sa résolution (déménagement, service client un peu particulier...)

Prenez soin de vous en ces temps un peu particuliers :)

Khin (17/03/2020)


Hello ! Le forum ne peut plus envoyer de mails depuis quelques jours. Ceci signifie que, par exemple, la récupération de mot de passe ne fonctionne plus.

Nous sommes sur le coup et réglons le problème dès que possible (les fêtes, tout ça) !

Khin (29/12/2019)

Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.
Répondre
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:26

McGee avait décidé de quitter l'Amérique du Nord au mois d'août 1873 et Eustache « Mumu » Murville en avaient aussitôt profité pour quitter définitivement la bande du Hurricane avec Laura, la fille du capitaine avec laquelle il entretenait depuis des mois une relation aussi forte que secrète.

A vrai dire, c'était la première fois de sa vie que le jeune homme, agé désormais de 27 ans, prenait une décision vraiment courageuse, lui qui s'était jusque là contenté d'intégrer les armées ou les équipages qui voulaient bien de lui et de faire ce qu'on lui ordonnait. Il avait même promis à sa bien-aimée de ne plus jamais tuer personne et de chercher un travail honnête. Cette résolution était un peu incongru pour quelqu'un qui s'était engagé dans la Marine de Napoléon III onze ans plus tôt et qui n'avait connu depuis que la violence –- domaine pour laquelle il s'était montré plutôt doué mais que la jeune femme avait en horreur.
Tout cela était donc très nouveau pour lui mais il nageait en plein bonheur, conscient d'être aimé et d'aimer pour la première fois de sa vie. Certes, la jeune Américaine était moins « experte » que les professionnelles dont il s'était jusque là toujours offert les faveurs, mais le simple contact de son corps doux et chaud, la seule caresse de ses longs cheveux auburn suffisaient à le mettre dans un état de transe insoupçonné.
Il ne regrettait donc pas d'avoir pris le risque insensé de braver le « capitaine » McGee, même s'il s'agissait du pirate le plus cruel qu'il lui avait été donné de voir, non seulement en quittant sans prévis son équipage mais encore en emmenant sa fille unique avec lui.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:30

L'évenement s'était passé au Sénégal alors que le capitaine s'était absenté quelques jours pour négocier quelque part dans la jungle avec les fonctionnaires français que le troisième Bonaparte –- auto-proclamé « l'empereur des Français Napoléon IV » quelques mois plus tôt -– avait chargés d'établir de véritables colonies dans cette partie plutôt accueillante de l'Afrique. Certes, les Prussiens semblaient en passe de dominer l'Europe et la Grande-Bretagne régnait sur les mers mais l'Afrique restait un continent « à prendre », d'autant plus que les implantations françaises installées au Maghreb au début du siècle s'étaient montrées un succès.
Toutes ces considérations géopolitiques n'intéressaient pas les tourtereaux mais ils étaient reconnaissants à l'empereur de leur avoir donné cette occasion inespérée de prendre la poudre d'escampette et de se réfugier aux Iles du Cap Vert, équivalent en cette fin de XIXe siècle de ce qu'avait été Tortuga dans les Caraïbes au siècle précédent.
Certes, l'archipel dépendait en principe de la couronne portugaise. Mais dans les faits, les confréries de pirates y tenaient le haut du pavé avec la bénédiction d'un gouverneur local totalement corrompu.

Le couple vivait depuis trois mois à Praia du Cap Vert et McGee n'avait toujours pas retrouvé leur trace.

Laura était sur le point de devenir Madame Murville grâce à un ancien aumônier de la Kriegsmarine prussienne passé illégalement à la vie civile. Floridienne, elle était protestante. Murville, lui, se disait juste chrétien et sa conception de la religion se limitait à remercier parfois le Seigneur lorsqu'il n'avait survécu que de justesse à un combat. Mais il était tellement amoureux qu'il aurait accepté un mariage bouddhiste ou musulman si Laura le lui avait demandé.
De son côté, il avait trouvé un emploi de docker et, s'il valait mieux ne pas chercher à savoir en quoi consistaient les cargaisons qu'il chargeait et déchargeait à longueur de journée, c'était un métier honnête.
Il ne s'était battu que deux ou trois fois dans les tripots avec des marins ou d'autres dockers mais, chaque fois, les choses s'étaient seulement terminées par quelques ecchymoses et nez cassés et les « belligérants » s'étaient réconciliés autour d'un rhum ou d'une bière. Du reste, Laura l'avait rudement tancé après chaque bagarre en lui faisant valoir qu'une telle conduite était « tout juste digne de son propre père » –- l'homme qui semblait l'incarnation du Mal absolu à ses yeux.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:33

On approchait de Noël 1873 et Murville était justement occupé à boire avec quelques collègues après une dure journée de labeur.
« Vous en pensez quoi, du Père Noël ? » demanda à brûle-pourpoint Porquino, une jeune docker qui devait son surnom à sa petite taille, son embompoint et ses petits yeux porcins.
« Qui ça ? »
« Ce gros bonhomme à barbe blanche venu du froid que les grands magasins de Paris, Edelstadt, Londres et Lisbonne essaient de mettre à la mode pour vendre plein de trucs inutiles aux rombières ? »
« Ben, j'en pense ce que tu viens d'en dire, du coup. Et toi, Mumu ? Tu comptes l'inviter à ton mariage ? »
« Pourquoi pas s'il paie son coup ? En tous cas, moi j'ai soif. »
Murville se leva et partit commander des verres au bar.

C'est alors qu'il les vit entrer.
Le premier, bandana tombant sur les yeux et visage pareil à une lame de cuivre, était Bobby Cherokee. Le deuxième, chapeau haut de forme, barbe noire hirsute et yeux fous, était le capitaine Sam McGee, ancien officier confédéré sanguinaire et pirate bien pire encore. Deux autres types de la bande les accompagnaient. Tous étaient armés, mauvais et dégageaient une telle aura que le silence tomba sur la taverne.

Murville tenta de regarder ailleurs mais il était déjà trop tard. Les quatre hommes marchèrent droit sur le bar.

« On va faire un tour, French Moo-Moo ? » demanda McGee en anglais.
« On va plutôt s'asseoir et causer, répondit l'intéressé dans la même langue en espérant que son futur beau-père n'oserait jamais lui tirer dessus au milieu d'une taverne inconnue et bondée. Je venais justement de commander des rhums-citron. »
« Soit. » répondit McGee.
Les conversation interrompues reprirent aussitôt dans le tripot.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:36

Ils s'assirent.
« So, Moo-Moo... Je ne suis plus un soldat depuis près de dix ans et je n'ai jamais été un dingue de discipline. Alors, qu'on déserte mon équipage, je peux le pardonner. Qu'on enlève ma fille, par contre, déjà moins. Mais qu'on oublie de m'inviter à son mariage, CA, ça dépasse les bornes ! Qu'est-ce que tu t'imagines ? Que j'ai assassiné et pillé durant toutes ces années histoire de lui offrir une bonne éducation, sans compter les plus jolies poupées et les plus belles robes, juste pour qu'elle épouse à la fin un bon-à-rien dans ton genre ? »
« Admettons qu'on ait été un peu cavaliers dans l'histoire. Mais il faut bien comprendre, McGee, que tu n'es pas non plus le gendre ou le beau-père qu'on vous envie lors d'un mariage... »
« On ne se fout pas de la gueule de Sam McGee, Murville. En tous cas, pas quand on est un raté dans ton genre. Alors cesse de faire le malin. Je viens chercher ma fille : à toi de voir si tu préfères que ça se passe mal ou bien. »
« Admettons que je choisisse le bien ? »
« Tu nous suis jusqu'à mon bâtiment et tu lui écris une jolie lettre où tu expliques que tu es désolé et que votre idylle a été une erreur ; ou que tu es déjà marié ; ou toutes les conneries que tu voudras. Laura pleure un peu –- c'est de son age –- et puis, demain, son papa vient la chercher, la ramène et lui trouve un mari digne d'elle. De ton côté, dès qu'elle est rentrée au bercail, tu es libre de partir te faire pendre ou d'épouser une autre fille. Deal ? »
« Et si je choisis que ça se passe mal ? »
« C'est la même histoire. Sauf que c'est Flinty qui écrit la lettre avec ses gros doigts boudinés parce que toi, tu meurs. »
« Dans les deux cas, je perds Laura... »
« Ecoute, Moo-Moo, réfléchis bien. Quand on m'a raconté que tu baisais ma fille, j'ai décidé de te couper les couilles. Quand on m'a appris que, finalement, tu voulais sa main, je me suis résolu à te couper juste la tienne –- la gauche, je suis pas un sauvage. Mais en te voyant tout à l'heure avec ta gueule d'abruti romanesque qui prend la vie pour un conte de fées, je me suis rappelé que tu m'étais sympathique et je suis prêt à ne rien te couper du tout. Mais ne pousse pas trop le bouchon : Laura n'est pas pour toi et il est temps que tu l'acceptes ! »
L'anxiété avait quitté Murville, laissant place à une colère sourde semblable à un orage prêt à éclater. Il saisit son verre de rhum et, dans le même mouvement, en jeta le contenu au visage de McGee.
« Voilà ma réponse ! »
Les deux hommes de main du pirate le ceinturèrent aussitôt. Seul Bobby Cherokee ne bougea pas : Murville l'avait sauvé d'une appendicite aigüe l'année précédente et il considérait avoir une dette envers lui.
« You fucking bastard, hurla McGee, je vais quand même te couper les couilles au final ! »
« Ah, une baston ! » s'écria joyeusement Porquino en saisissant un tabouret.
D'autres buveurs soudain tirés de leur torpeur le suivirent, émoustillés par l'idée de terminer la soirée par une bonne bagarre de taverne.

Mais McGee n'était pas d'humeur à rire : il leva son fusil à pompe et fracassa la tête de Porquino à bout portant.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:38

Il y eut un mouvemnet de consternation générale ; un moment durant lequel le temps sembla s'arrêter ; un moment durant lequel Murville craignit que la panique ne saisisse l'assemblée...
Mais c'était mal connaître la faune du Cap Vert. On venait de tuer l'un des leurs sous leurs yeux et dans un lieu que tout le monde appréciait pour sa convivialité.
Une clameur explosa soudain et, comme un seul homme, dockers et marins se ruèrent sur McGee et ses hommes en s'emparant de toutes les armes de fortune qui leur tombaient entre les mains.
Les deux hommes de McGee durent lacher leur prisonnier pour dégainer leurs armes et tirer quelques balles dans la foule avant d'être submergés par le nombre. De son côté, Bobby-Cherokee bondit par la fenêtre ouverte. Quant à McGee, il renversa la table pour s'en faire un bouclier. Murville s'était aussi jeté à terre. Il n'avait pas d'arme mais saisit une lampe à huile qu'il lança sur son futur beau-père.
Atteint au milieu de sa barbe encore ruisselante d'alcool, le visage du pirate prit feu et il se mit à pousser des glapissements pitoyables qui couvrirent jusqu'aux cris de ses hommes en train d'être lynchés à coups de pieds, de poings, de tabourets, de haches et de couteaux.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:39

Le calme ne revint que lorsque la « milice » locale fit irruption dans la taverne. Il s'agissait d'une bande de mercenaires sans scrupules tenue de main de maître par « Quateron », un métis qui s'était hissé à la première place dans Praia.
« Qui a foutu un tel bordel ici ? » s'écria leur chef.
« Lui ! » répondirent d'une même voix tous les clients en désignant McGee, qui venait enfin de réussir à éteindre son visage enflammé.
Le chef des miliciens marcha vers lui à grandes enjambées, faisant claquer son grand manteau de cuir au vent, et leva un colt Navy dont il tira une balle entre les deux yeux du pirate qui le regardait, encore à genoux et tout hébété.
« A quel bâtiment appartenait-il ? »
« C'est une bande de pirates américains venus faire du grabuge ici ! s'écria Murville. Je les connais, il faut les pendre tous ! »
De nombreuses voix enthousiastes s'élevèrent pour appuyer sa proposition.
« Soit. Ils seront pendus et leurs biens seront partagés comme le veut la loi de l'île : un tiers ira à « Quarteron », un tiers à la milice et un tiers aux victimes et aux veuves des victimes ! »
« Bonne nouvelle !  s'écria le tavernier. Dans ces conditions, j'offre la tournée générale ! »
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:42

Les hommes de McGee furent tous pendus le soir même sans même un simulacre de procès. Murville tenta bien de sauver Bobby Cherokee mais trop de témoins l'avaient vu entrer dans la taverne et identifié comme l'un des pirates américains.
C'est ainsi qu'en cette soirée de décembre 1873, Murville provoqua la mort de celui dont il épousa la fille quelques jours plus tard et de tous ses anciens complices.


Il rentra tard chez lui, assez embarrassé, surtout lorsque Laura vint l'embrasser en lui ouvrant.
« Où étais-tu ? J'étais inquiête ! On raconte que des pirates ont attaqué l'île et qu'ils ont été pendus. »
« C'est exact. Bon débarras » répondit-il en l'attirant vers lui pour l'embrasser et mettre fin à cette conversation qui le mettait décidément mal à l'aise.
« Bon débarras comme tu dis. De toutes façons, les pirates devraient tous être pendus ; mon père le premier. »
« Tu le penses vraiment ? », demanda Murville de plus en plus gêné.
« Non, répondit-elle en éclatant de rire. Mais j'espère ne plus jamais le revoir. »
« Je te promets qu'il ne nous fera jamais de mal », répondit-il en se laissant tomber dans un rocking-chair.
« Tu sais, Mumu... Il faut que je te dise... Je ne peux évidemment pas en être certaine encore mais... je crois que j'attends un enfant. Si c'est un garçon, nous l'appellerons Samuel comme mon père. Ainsi, il y aura un gentil Sam pour faire oublier le méchant. »

Murville resta sans voix.
Il allait être père, lui l'enfant sans père que sa mère avait abandonné à seize ans en lui recommandant de s'engager dans l'armée.
Trop ému pour réfléchir, il promit tout ce qu'elle voulait à Laura.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:42

L'enfant naquit bel et bien au mois d'août 1874.
C'était un garçon mais il n'eut jamais de nom. Il se présenta par le siège et, malgré les progrès fulgurants de la médecine au cours des dix années précédentes, l'accouchement fut fatal à la mère. Murville, qui refusait d'accepter l'idée de perdre Laura, donna trop tard son accord à la césarienne si bien que le bébé s'étouffa.

Murville enterra sa femme et son fils puis mit le feu à sa maison et décida de quitter à jamais les Iles du Cap Vert.

Il renia Dieu.
Il renonça au bonheur.
Il referma cette parenthèse heureuse dans sa vie et redevint un tueur.
Münsingen
Messages : 3919
Inscription : 24 août 2009, 13:41

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Münsingen » 17 novembre 2010, 21:43

Image
Avatar de l’utilisateur
Mycroft
Messages : 9193
Inscription : 28 décembre 2009, 14:20
Localisation : Breizh

Re: Cap vert 1873, une aventure du C.al Mumu

Message par Mycroft » 19 novembre 2010, 13:20

Image C'est trop triste, pauvre Porquino
Répondre

Revenir à « Le Salon de Lecture »