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Sur les traces d'Anka Śnieg

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

Sur les traces d'Anka Śnieg

Messagepar Anka Śnieg » 05 Juin 2014, 16:44

Vous ne pouvez pas imaginer le sentiment de bonheur, de soulagement que j’ai ressenti le jour où j’ai lu le nom de cet enfoiré sur mon contrat. J’allais pas seulement gagner un bon paquet de fric en éliminant c’mec, mais mon envie de vengeance tant attendue allait enfin être assouvie.
Je vous promets que c’est le seul, le seul dont j’ai pris plaisir à prendre la vie. Lentement. Horriblement. Cruellement.
Je lui avais dit. Je lui avais dit qu’un jour je lui ferai encore plus de mal qu’il m’en a fait.
Mon patron disait « Tu es un jouet docile qu’on caresse et qu’on jette! » Oui, c’est vrai. Mais lui était loin d’utiliser des caresses. J’avais chaque fois la sensation d’être dans une salle de torture mais je n’avais rien à avouer!

Là bas on m’appelait Rose. On avait toutes des noms de fleurs… c’était affligeant. Mais je suis née Anka.

Anka Śnieg

Je vous passe la triste histoire de l’abandon des parents et de mon atterrissage dans un orphelinat où la principale activité des nurses était de torturer les gamins de toutes les façons possibles et de parier jusqu’à quel âge chacun allait tenir. Si « par chance » tu arrivais à 16 années tu quittais enfin cet enfer… pour en retrouver un autre. Vendus à droite à gauche. Au charbon, au port : aux poissonniers, aux constructeurs de vapeurs … Les plus chanceux trouvaient une place de larbin dans une bonne famille soucieuse de ton sort.
Moi j’ai fini dans un bordel. Ouais, un bordel.
J’ai perdu ma virginité à 16ans dès le premier jour avec un gros porc transpirant qui m’a fait hurler à la mort.
Les premiers temps la p’tite Rose ne faisait que sucer des queues et serrer les dents à l’assaut de ces dernières dans son intérieur encore fragile.
Là bas-tu apprends à ne plus penser, à ne plus rien ressentir. Tu fermes ton esprit, tu fermes ton cœur, tu oublies tes rêves, tes envies et tes espoirs.
« Tu fermes ta gueule et tu ouvres les jambes! »
Je crois que c’est la phrase que j’ai le plus entendu. J’avais du caractère ,et j’en ai toujours, mais il ne te sert à rien là bas. Juste à tenir. A ne pas être complètement morte.

L’homme. Cet être faible et sale. Celui qui ne te voit que comme une traînée, une moins que rien.
Comment tous ces hommes pouvaient défiler sans se poser de questions, sans s’inquiéter de ma détresse! S’ils payaient c’était pour ça : Pour acheter le droit de se soucier d’eux même. J’étais mineure, déglinguée, et pas un, jamais, n’a manifesté le moindre intérêt pour moi. On est « une pute » donc on est là pour ça. Ils viennent pour se vider, un peu comme les bateaux poubelles.
Encore aujourd’hui, penser à l’odeur de ces hommes, à leur sexe, leur agressivité et ce qu’ils m’ont fait subir me donne envie de gerber!

Quelques années après, l’patron a découvert que je savais faire autre que baiser: chanter. Ça tombait bien, dans son trou, chaque soir était assuré un show par certaines filles. Quelques unes dansaient, d’autres chantaient. L’avantage que tu avais quand tu faisais partie du spectacle c’est que tu ne passais plus tes soirées à enchaîner les mauvaises compagnies dans des draps sales. Non. Tu restais sur scène et après chacun de tes passage tu allais satisfaire un ou deux clients. Ceux qui proposaient le plus de fric pour ton cul, bien entendu.
Finalement tu subis beaucoup les deux premières années. Et puis ça va mieux. Je ne dis pas que tu ne souffres plus, au contraire, mais tu t’y fais.
J’ai été chanceuse de savoir chanter. C’était mon moment d’évasion. L’instant où il m’était à nouveau permis de rêver. Quand je chantais, on me portait de l’intérêt. A moi. A l’être que je suis et non pas simplement au corps que je traîne.

Certains étaient là tous les soirs pour m’écouter. Juste pour m’écouter. Et repartaient. Deux principalement.
Je voyais ses yeux briller dans la pénombre mais n’étais pas capable de le distinguer clairement. Je sentais son regard sur moi, un regard tellement différent des autres…pas un regard de chasseur devant son gibier mais plutôt d’enfant contemplant la lune. Je me sentais briller…grâce à lui. Et je me disais que chaque soir, je ne chanterai que pour lui.

En général les clients venaient vers moi après mon passage mais lui n’est jamais venu. Il partait vite au son de ma dernière note, ballant son verre du peu de whisky qui lui restait.
Ce soir là, j’ai voulu en avoir le cœur net: Quel visage accompagnait ces yeux? Alors je me suis empressée de descendre de scène, n’ai pas pris la peine de congédier les mâles baveux venant tâter la qualité de la viande proposée, et ai foncé tête baissée vers mon Inconnu. Plus je m’en approchais, plus mon pas ralentissait mais mes palpitations, elles, faisaient bondir ma poitrine milles fois par seconde. J’ai hésité et puis … Ose Anka! Allé!

Que ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert que ce regard troublant n’appartenait pas à un Inconnu mais bel et bien à une Inconnue! Je suis restée sur place à quelques mètres à la contempler de haut en bas. Sa féminité ne sautait pas eux yeux et il était facile de la prendre pour un jeune homme.
Les cheveux châtain clair ou blond foncé, je sais jamais… le visage abîmé, le corps chétif…Elle me faisait penser à un chien errant, solitaire, sans territoire à proprement parlé, mais prêt à défendre son beefsteak avec rage devant n’importe quel adversaire, même si la bataille était perdue d’avance. Le chiot abandonné auquel on aimerait offrir un abris.


« Bonsoir… »

Elle a levé les yeux qui ont immédiatement accroché les miens. Et je pense que c’est à cet instant précis que, sans le vouloir, nous nous sommes liées l’une à l’autre.

Canis Cordis.



J’ai fini par quitter cet endroit. Grâce au deuxième homme.
Maintenant … j’honore des contrats. J’ai un employeur Voire même plusieurs, c’est anonyme. On me confit une tache, j’ai plus qu’à la remplir. L’objectif varie … Livraisons, enlèvements, fraude, interrogatoires musclés, torture, exécutions … Hé ouais! Je sais! Quand on me regarde on s’dit pas qu’j’ai plusieurs meurtres au compteur! Et pourtant …
C’est un métier comme un autre, avec ses contraintes! Et faut bien bouffer!
Je ne pose pas de questions. Je fais. C’est tout.
Juste ou non, j’m’en préoccupe pas. Et c’est bien mieux pour moi. Il vaut mieux ne pas avoir pleinement conscience de mes actes.
Vous, vot’ métier, il vous passionne pas plus que ça, hein? Et votre employeur vous casse les pieds à vous demander de faire des choses dont vous n’avez pas tellement envie, mais vous l’faites quand même, non? Parce que c’est lui l’patron et qu’il faut bien avoir de quoi vivre!
Bah voilà, c’est pareil pour moi. On a juste une profession … différente.
Mais, j’ai pu récolter pas mal, à force. Ça rapporte plus ou moins gros selon le contenu du contrat … Alors j’fais ma petite réserve en attendant d’arrêter …
Mais j’suis pas une mauvaise personne pour autant, ‘tention hein! J’veux dire, vous avez rien à craindre de moi! (…Tant que votre nom ne se trouve pas dans mon carnet …)
J’suis même quelqu’un de sensible, avec des envies, des rêves… je n’ai pas un mauvais fond.
J’m’y réfugie, d’ailleurs, dans l’rêve… je ressens le besoin d'auréoler ma vie de merveilleux, de fantaisie, de poésie… attirée par l'irrationnel, les mystiques, la musique.
Depuis que le bordel est derrière moi, je ris, je chante, je vis. J’veux découvrir !  D’ailleurs, à ce propos, j’ai un goût prononcé pour les voyages au long cours!

Je crois qu’y a deux « moi » . Le « moi » qui travaille. Et l’autre.
Bon…parfois ce « moi » là empiète sur l’autre quand je suis un peu trop contrariée… Ces deux tendances sont très imbriquées et me confèrent de nombreuses attitudes contradictoires… On s’y fait.
On dit que je suis capable du pire, comme du meilleur.


Anka ça veut dire « Phénix » en arabe et en turc, tu l’savais?! Quoi qu’il se passe, je renaîtrai toujours.
Je m'en irai. Je finis toujours par m'en aller.
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Anka Śnieg
 
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