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Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Où l'on laisse libre cours à sa plume mécanique.

Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:07

En cette fin d'année 1867, la Mélasse était consciente que l’Etat-Major britannique ferait tout pour récupérer son précieux sous-marin. Elle décida donc de quitter les Caraïbes au plus tôt et de mettre le cap plein Sud.

L’Espadon traversa le détroit de Magellan au mois d’octobre et, après avoir rançonné quelques bateaux sur sa route, arriva en Nouvelle Calédonie pour le nouvel an 1868.

Puis il appareilla pour la Mer de Chine.
Murville fêta ses 22 ans quelque part au large du Cambodge, où les bateaux de ravitaillement mal défendus abondaient. Une fois de plus, ils étaient principalement français.
De fait, Napoléon III avait décidé de conquérir le Tonkin, l’Annam et la Cochinchine en profitant de la décadence de l’empire chinois qui avait jusque là exercé son protectorat sur la région. Or, cette conquête de l’ « Indochine » se déroulait moins facilement que prévu, les indigènes opposant, malgré leur infériorité technique, une résistance farouche à l’envahisseur. Et l’Etat-Major français hésitait à engager trop de forces dans l’opération car les relations avec la Prusse s’étaient tellement dégradées qu’une guerre entre les deux empires semblait désormais inévitable : l’essentiel de l’armée française, y compris les unités de cavalerie légère fraîchement rentrées du Mexique, était désormais cantonnée en Lorraine et dans le nord de l’Alsace dans l’attente d’une attaque prussienne.
En outre, au Japon, le jeune empereur Meiji Tenno s’était révolté contre l’état d’assujettissement où les shoguns avaient mis ses ancêtres et avait déclenché une guerre dans l’archipel opposant les clans qui lui étaient favorables (ainsi qu’au progrès technologique) à ceux qui voulaient perpétuer le shogunat et les autres traditions. En infériorité numérique, les troupes de l’empereur comptaient faire la différence grâce à l’armement occidental dont les Français faisaient la démonstration en Indochine. Ils payaient donc grassement les trafiquants qui le leur fournissaient. Beaucoup de ces derniers étaient d’ailleurs des officiers français qui détournaient les cargaisons à destination de leurs propres soldats puis prétextaient qu’ils avaient été victimes de pirates.

La Mélasse décida de saisir la double occasion et de faire de l’Espadon un véritable bâtiment pirate s’emparant des armes et des munitions envoyées par Napoléon III en Indochine.
Usant de sa capacité submersible, le sous-marin se mit donc à attaquer les bateaux français, à s’approprier leurs cargaisons –- généralement sans effusion de sang –- et à les convoyer jusqu’au port de Yokohama.
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:08

Cette activité très rentable et assez peu dangereuse fit la fortune du capitaine « La Mélasse » durant près de deux ans.

Mais le destin voulut qu’elle attrape la fièvre jaune et décède à l’automne 1869. Aldo fut alors élu capitaine par l’équipage et prit aussitôt la décision hasardeuse de retourner dans les Caraïbes.
De toutes façons, la résistance anti-Français avait été vaincue –- au moins provisoirement –- en Indochine et la guerre civile japonaise (surnommée « Guerre du Boshin ») avait pris fin au mois de mai, l’héroïsme des samouraïs du shogun n’ayant pas résisté aux fusils et aux canons de l’empereur.

La Mer de Chine était donc devenue moins rentable et l’aventure appelait l’Espadon sous d’autres cieux…
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:12

Le sous-marin revint dans la Caraïbes au début de l’année 1870.

Murville et ses camarades retournèrent à la Martinique, où ils apprirent qu'Angus Fitzpatrick avait été guillotiné l’année précédente pour une obscure histoire de meurtre et que la plupart des équipages qu’ils avaient connus avaient été décimés par les navires cuirassés qui équipaient désormais la Confédération, l’Union, la France et la Grande-Bretagne. Les pirates qui avaient survécu étaient ceux qui avait su troquer à temps leurs bateaux contre des sous-marins ou des zeppelins.
Ainsi, à l’image du monde tout entier, la piraterie des années 1870 n’allait plus avoir grand chose à voir avec celle des années 1860. Désormais, la technologie allait primer sur l’audace et la bravoure…

Par chance, les bateaux de commerce croisant dans les Caraïbes n’avaient pas tous bénéficié des progrès qui, comme on pouvait s'y attendre, avaient d’abord touché les forces armées. L’Espadon trouvait donc toujours son comptant de petits voiliers mal défendus qu’il était possible d'araisonner sans trop d’efforts.
Les capitaines français semblaient d’ailleurs particulièrement réfractaires au changement –- tout comme, disait-on, les officiers de Napoléon III qui ne juraient encore que par les charges de cavalerie alors que les Prussiens, les Edelstadtiens, les Anglais et les deux rivaux américains amassaient mitrailleuses et zeppelins en vue de guerres d’un type nouveau. Le projet « avion » lui-même avait été provisoirement gelé par l’empereur qui l’avait jugé trop coûteux ; on racontait même que ses initiateurs, mortifiés, avaient quitté la France pour aller vendre leur invention au plus offrant.
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:16

Au mois de juillet 1870, le monde entier apprit d'ailleurs que la guerre qui couvait depuis des années entre la France et la Prusse avait (enfin !) éclaté.

Aldo, Markus et Murville (désormais âgé de 24 ans) savouraient un rhum assis sur le pont de l’Espadon, à l’abri des regards dans une crique dominicaine aussi sauvage que déserte. Le soleil se couchait à l’horizon et la température était paradisiaque.
Le Prussien plia soudain le journal anglais dont ils s’étaient emparés un peu plus tôt dans la journée, quand ils avaient capturé un petit brick qui transportait du coton.

« Les premiers combats ont éclaté en Alsace. Pourvu que la Prusse soit vaincue » commenta-t-il.
« C’est impossible qu’elle soit vaincue, répondit Aldo. Guillaume a beaucoup plus de soldats et des armes bien plus efficaces que Napoléon III. »
« Sauf si l’Autriche, l’Edelstadt ou la Grande-Bretagne interviennent aux côtés de la France » estima Murville.
« François-Joseph d’Autriche a déjà perdu une guerre contre Guillaume, Mumu. Il n’est pas fou, au contraire. A présent, il sait que son empire ne compte plus vraiment parmi les grandes puissances. D’ailleurs, s’il devait intervenir, ce serait plutôt en faveur de la Prusse : quand on a un tel voisin, il vaut mieux s’en faire un allié ! Quant à Louis d’Edelstadt et Victoria d’Angleterre, ils sont bien trop malins pour laisser une occasion à la France de se faire battre à plates coutures : ce sera toujours un rival de moins dans la course à la suprématie en Europe… »
« Si Napoléon III est vaincu, peut-être que la République sera de nouveau proclamée en France, comme en 1789 et en 1848 ? » émit Aldo plein d’espoir.
« Ne rêvez pas trop : mes compatriotes aiment bien trop les dictateurs ! 1789 a engendré Napoléon Ier et 1848, Napoléon III. »
« Peut-être y aura-t-il au moins une troisième république en France entre Napoléon III et l’arrivée d’un Napoléon IV, alors ? » fit valoir Markus.
« Puissent tes prédictions s’avérer juste. Peut-être que cela donnera aussi des idées aux Italiens. Maintenant qu’ils se sont enfin unis, ils pourraient proclamer une grande république dans la péninsule, comme à l’époque romaine… »
« Allons, Aldo, de toutes façons, ni la Prusse, ni l’Edelstadt ni la Grande-Bretagne ne permettront l’émergence d’une république en Europe ; la démocratie, c’est un rêve américain » conclut Murville en haussant les épaules.
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:17

Un soir de septembre 1870, Aldo et Murville jouaient aux dés dans une taverne de la Barbade lorsque Markus entra en trombe, un journal à la main.
« Ca y est, Napoléon III a été capturé par les Prussiens ! Il s’est rendu avec une partie de son armée à Sedan dans les Ardennes ! »
« Alors la guerre franco-prussienne est finie ? » demanda Aldo.
« Et Napoléon III a abdiqué ?» surenchérit Murville.
« Non, le général Bazaine continue la guerre –- espérons qu’il se montrera plus compétent qu’au Mexique ! Et oui : Napoléon III a abdiqué si bien qu’un gouvernement provisoire s’est constitué. Mais les Prussiens marchent sur Paris et vont mettre la ville à feu et à sang…»
« La France est finie, conclut Aldo. Et, à mon avis, l’empire d’Edelstadt sera le prochain à tomber. »

Mais Murville ne l’écoutait plus : il se rendait compte que cela faisait plus de huit ans qu’il n’avait pas remis les pieds dans sa ville natale.
« Peut-être que je devrais rentrer chez moi et me battre contre les Prussiens, dit-il rêveur. Après tout, je me suis engagé à seize ans dans les fusiliers marins de Napoléon III… »
Aldo et Markus éclatèrent de rire et lui passèrent une bouteille de rhum.
« Dis donc, Mumu, chez toi, maintenant, c’est l’Espadon ! »
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:21

Le fait est qu’au printemps suivant, peu après son anniversaire de 25 ans, Murville apprit avec un malaise certain le martyre de sa ville natale.
Or, contrairement à ce qu’avait envisagé Markus, il n’avait pas été le fait des troupes prussiennes, qui avaient bel et bien assiégé Paris mais n’avaient pas pu y pénétrer même après la capitulation de la France et la signature d’un traité qui l’amputait de l’Alsace et d’une partie de la Lorraine. Ce massacre du printemps 1871 était le fait du nouveau gouvernement, qui écrasa dans le sang une tentative des Parisiens de se constituer en Commune autogérée.

« Cette troisième république française commence mal… » prédit Markus.

Et ce fut sa dernière prédiction car il mourut quelques jours plus tard, le 31 mai exactement, tué par un obus alors que l’Espadon était brusquement bombardé par un autre sous-marin au large de la Jamaïque.
Cet incident consterna tout l’équipage dans la mesure où, d’une part, c’était un autre équipage pirate qui les avait attaqué au mépris des règles jusque là en vigueur et où, d’autre part, le capitaine agresseur n’était autre que… leur ancienne camarade Toledo. Elle avait apparemment la rancune tenace à l’égard du bâtiment dont elle avait été exclue en 1867. Les pirates de l’Espadon jurèrent de venger leurs tués et, après les quelques semaines de relâche nécessaires aux réparations, se mirent en chasse du Rorqual, le sous-marin de Toledo.


La course-poursuite dura de juin à septembre 1871 et fut ponctuée de canonnades à longue portée et de rixes dans les tavernes des ports d’escale, où il était difficile de pratiquer une guerre ouverte entre deux sous-marins sans donner l’alerte aux autorités locales.

Enfin, un jour d’octobre, l’Espadon et le Rorqual se trouvèrent face à face à quelques encablures de la Guadeloupe.
Les bâtiments se bombardèrent pendant des heures, jusqu’à ce qu’ils soient tous les deux hors de combat. Puis leurs équipages mirent les chaloupes à la mer et poursuivirent l’engagement au corps-à-corps. Ce fut le combat le plus meurtrier auquel Murville avait jamais pris part –- si l’on excepte ce jour de 1863 où la canonnière française dans laquelle il servait avait été coulée par un cuirassé nordiste ; et encore, ce jour là, les Français avaient été envoyés par le fond sans faire le moindre dommage à l’ennemi, si bien qu’on ne pouvait vraiment parler d’un combat.
La bataille ne prit fin qu’à la nuit tombée, quand Toledo eut le crâne fracassé par une hache d’abordage. Aldo se déclara aussitôt vainqueur et, magnanime, accepta de recueillir les survivants des deux équipages.
Cependant, les deux sous-marins avaient été tellement endommagés qu’il leur fallut plusieurs jours pour atteindre Pointe-à-Pitre. Quant à Aldo, atteint par une balle dans le bras droit, il attrapa la gangrène et dut être amputé en chemin.
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:26

A l’arrivée, Aldo était d’ailleurs obnubilé par l’idée d’acquérir l’une de ces prothèses automatisées que l’on racontait avoir été mises en service à l'intention des officiers français et prussiens mutilés pendant la guerre de 70. Or, devant le coût d’un tel engin, il n’hésita pas à revendre les deux sous-marins endommagés à des trafiquants de métal (sans en parler à son équipage, bien évidemment) puis à prendre la fuite avec tout son butin.

Les pirates abandonnés par leur chef s’éparpillèrent à la recherche d’autres équipages, sauf Murville et une poignée de compagnons qui ne pardonnaient pas sa désertion à Aldo.
Ils se lancèrent à la recherche de leur ancien capitaine.


Il leur fallut deux mois pour retrouver sa trace mais ils finirent par le localiser dans une hacienda de Floride où il comptait couler des jours heureux avec sa prothèse de bras rutilante. Ils le tirèrent du lit en pleine nuit et, après un simulacre de procès dans une clairière déserte, le pendirent à un arbre à la lueur des torches.
« Mais j’étais ton meilleur ami... » sanglota Aldo juste avant que Murville ne fasse basculer l’escabeau sur lequel on avait juché le futur pendu.
« Oui, tu étais mon capitaine et mon ami, répondit tristement Murville. Et comme tous mes amis, tu seras mort sous mes yeux. »
Aldo mourut effectivement sous les yeux de Murville, qui ne put s’empêcher de penser à ses frères d’armes fusiliers marins noyés dans l’Atlantique en 1863, à ses compagnons des U.S.Marines morts au cours d’accrochages avec les Sudistes entre fin 1863 et début 1865, à Angus Fitzpatrick, à La Mélasse, à Markus et à tous les autres. Il se jura de ne plus jamais se faire de véritables amis.

Puis il dut prendre la fuite avec ses complices car la cavalerie confédérée, alertée par des voisins, arrivait déjà au grand galop. Certains pirates furent abattus cette nuit là par les Sudistes ; la majorité fut capturée et pendue dans les jours qui suivirent.
Mais Murville, qui parlait assez bien l’anglais et connaissait un peu la Floride pour y avoir justement combattu les Confédérés pendant la Guerre de Sécession, parvint à gagner Miami dans les derniers jours de l’année 1871.


Comme l’avait bien vu cet « Erick » en uniforme gris qui, presque sept ans plus tôt, lui avait sauvé la vie dans un bayou de Floride [cf. « Steam-Marines 1879, une aventure du C.al Mumu »], il était un « vrai survivant ».
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Münsingen » 20 Janvier 2010, 20:27

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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar la quadrature » 20 Janvier 2010, 22:46

et moi qui ne tappe qu'avec un doigt... :cry:
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Re: Le passé du C.al Mumu, tome 2 (1868-1871)

Messagepar Mycroft » 21 Janvier 2010, 06:25

Encore très bien. *Il se lève et retourne se coucher*
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