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Le steampunk doit-il être politisé ?

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Merle
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Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Merle » 22 juillet 2012, 22:26

À la lecture d'un billet de Diana M Pho dans Overland, site d'un magazine australien engagé, je me suis fait la réflexion qu'on en a parlé ici et là, mais qu'il n'y a jamais eu de réel débat par ici autour de ce qu'il peut y avoir derrière le fait d'être steampunk. On aborde la question dans le débat sur le multiculturalisme ou au fil des pages pour trouver qu'il y a du steampunknawak un peu trop partout, mais ça mérite à mon avis un débat plus en profondeur.

Pour ma part, je n'ai aucune ambition à interpréter un personnage et je suis bien trop fainéant pour me lancer dans la conception d'objets. Mon seul véritable intérêt dans le Steampunk réside dans le récit et les personnages sont là pour servir l'histoire et certainement pas l'inverse. Le support importe peu, mais il se trouve que là où je suis le plus doué, c'est avec les mots. Alors oui, un jour, je réaliserai un film en stopmotion, mais je dois me contenter pour l'heure d'écrire, ce qui est déjà beaucoup.

D'une manière générale, j'ai plus d'affinités avec la SF que d'autres littératures dites de l'imaginaire pour les concepts géopolitiques qui y sont développés et qui sont des prismes de nos sociétés contemporaines. C'est un ingrédient qu'on retrouve plus rarement dans la fantasy même si le genre a mûri et a su sortir de ses stéréotypes que j'ai un peu trop bouffés quand j'étais gosse. Et en lorgnant du côté de l'uchronie et du rétro-futur, le Steampunk acquiert pour moi l'idée d'un regard critique à la fois sur l'Histoire mais aussi sur notre société moderne. C'est pour moi un divertissement qui doit avoir du sens même si la réflexion ne doit pas être omniprésente. Le but est avant tout d'être un divertissement, mais si ça n'était qu'une coquille vide seulement faite de raccourcis intellectuels parce que ça fait joli, je ne l'approuverais pas.

Je ne vais pas développer davantage parce que ce qui suit est un bon pavé. C'est la traduction de l'intégralité du billet de Diana M Pho sur Overland qui sera suivie de la réaction de Nick Ottens de The Gatehouse quand je l'aurai terminée.
Avant de lire ce billet au ton radical, gardez en tête que l'autrice s'adresse d'abord à des lecteurs non initiés et en principe également radicaux. D'où les énumérations parfois superflues ou le ton qui pourrait passer pour de connivence. J'ai préféré tout retranscrire plutôt que de seulement extraire des citations qui n'auraient pas eu tout leur sens hors contexte.

Des constructions de gauche

Quand en 1987, KW Jeter a écrit une lettre au magazine Locus pour décrire ses romans, ses paroles étaient prophétiques : « Je pense que le rêve victorien sera bientôt la grande sensation, à condition de réussir à y insérer des concepts adaptés, basés sur la technologie de cette époque ; comme des “steampunks”, peut-être. »

Le Steampunk est depuis devenu un mouvement esthétique identifiable. Inspiré par la science-fiction du 19e siècle et le fantastique, il explore les possibilités hypothétiques de la technologie d’un passé imaginaire. Ces récits fictifs se concentrent habituellement sur les causalités historiques qui découlent d'une révolution industrielle exagérée, un exemple bien connu en littérature est celui de Bruce Sterling et William Gibson, La Machine à Différences, un livre qui transpose l’ère l'informatique au 19e siècle. Si l’on applique ce genre à la technologie contemporaine, le Steampunk humanise une esthétique moderne, en transformant des ordinateurs portables, des appareils électroménagers ou des gadgets de toute sorte en de beaux objets orientés vers l’haptique. En grande partie, l’idéologie derrière ces réappropriations steampunks a été influencée à la fois par le mouvement Maker qui insuffle au genre victorien une affection pour le DIY et la récup’, et par le jeu de la fiction spéculative.

Cette esthétique s’est aussi trouvée diversifiée par des inspirations venues de multiples médias, depuis les grands classiques de la science-fiction comme Jules Verne ou H.G. Wells jusqu’aux programmes télévisés d’action tels que Wild Wild West et Les Aventures de Brisco County Jr., en passant par un cinéma fantastique et sombre comme celui de Caro & Jeunet avec La Cité des Enfants Perdus, ou de Fritz Lang et son Metropolis. L’art steampunk dans les musées et les galeries met en avant des tendances ou des inclinations de la mode néo-victoriennes ; Oamaru en Nouvelle-Zélande s’est proclamée première « ville steampunk » de l’histoire ; Justin Bierber chante dans un atelier du Père Noël grouillant d’engrenages et actionné par des automates.

Mais que signifie ce virage culturel vers le 19e siècle ? Après tout, l’ère victorienne, ce n’était pas seulement le développement industriel, mais aussi l’expansion impérialiste, les bouleversements sociaux, l’esclavage transatlantique, le travail des enfants, l’oppression déterminée par le genre et le darwinisme social ou l’eugénisme.

Les Steampunks ne tentent pas d’idéaliser le passé, même s’ils peuvent être fascinés par les conflits de son histoire. Tout comme le Cyberpunk — le terme de science-fiction qui a inspiré le steampunk de Jeter —impliquait une lutte contre des multinationales corrompues ou un état autoritaire dans un futur ultra-technologique, la communauté steampunk lève un doigt contre les normes victoriennes, défaisant l’histoire et l’exposant pour l’échafaudage que c’est.

En Steampunk, les peuples colonisés renversent des empires, l’invention mécanique met fin à l’esclavage ou au travail des enfants, les femmes enfilent leur corset par-dessus leur robe et deviennent des aventurières loin de la dépendance aux hommes.

Pourtant, alors que la plupart des Steampunks prétend que ce retour à une esthétique du 19e siècle est une réaction à l'aliénation moderne, beaucoup n'aiment pas reconnaître que ce comportement pourrait être considéré comme idéologique.
Mais qu’on l’admette ou non, réinterpréter l'histoire est toujours un geste politique.

Peut-être que le refus par certains Steampunks de l’idée politique est enracinée dans leur ignorance volontaire de ce qui fait qu’un acte personnel devient politique. Peut-être qu’ils ne voient la politique qu’en termes de pétition, de manifestation à Wall Street ou de libération des dauphins. Peut-être qu’ils n’associent l'idée politique qu’avec la mise en perspective plus globale (et son échec) de l’état.

Les racines progressistes du Steampunk remontent jusqu’à ses inspirations littéraires, et avant tout, aux romances scientifiques du 19e siècle. La tête d’affiche du radicalisme de gauche en science-fiction victorienne est bien sûr le Capitaine Nemo, l’expatrié qui parcourt les mers du globe pour financer des associations anticoloniales. Cet anticolonialisme a connu un regain dans les années 1970 avec le cycle du Nomade du Temps de Michael Moorcock l'un des précurseurs précoces du genre steampunk. Le premier livre à proprement recevoir l’étiquette steampunk était La Machine à Différences, avec son univers cyniquement dystopique, par opposition à naïvement romantique. Les histoires alternatives comme celles de Moorcock ou Sterling et Gibson relient le présent au passé pour faire réfléchir les lecteurs sur les raisons de ces changements, et posent une critique contemporaine en jouant avec la portée narrative de l’histoire.

De nos jours, plusieurs écrivains steampunks continuent d’être explicitement progressistes. Depuis plusieurs années maintenant, Cory Doctorow, auteur de science-fiction et défenseur des libertés civiles prêche la parole steampunk sur Boing Boing, site de culture et de technologie. Les livres d’Ann et Jeff Vandermeer sur la fiction et la culture steampunk - en particulier la Bible Steampunk, Steampunk Reloaded et la Révolution Steampunk à venir – sont tous activement engagés d’un point de vue politique.

Les livres d'histoire contrefactuelle sont un autre procédé de critique, en faisant partir l’imagination avec un « Et si ? » : Boilerplate: History’s Mechanical Marvel de Paul Guinan et Anina Bennett et Frank Reade: Adventures in the Age of Invention sont deux exemples d'histoires alternatives bien documentées qui établissent un équilibre entre divertissement et exploration de la face sombre de l'impérialisme victorien. Il y a aussi la série du Siècle Mécanique de Cherie Priest, auréolée des prix Hugo et Nebula, qui met en scène une Amérique alternative où la guerre civile a duré 10 ans de plus, avec une ville de Seattle qui doit contenir une infestation de zombies. Ce sont des livres d’aventures où les protagonistes féminins ont de la poigne et des tripes, même quand elles traitent avec les populations immigrées et l’«institution particulière» de l'esclavage des États-Unis.

L’évasion est le principal reproche adressé au mouvement steampunk, accusant ses membres de romancer cette altérité en revivant un passé victorien. Si vous parlez à certains steampunks adeptes du DIY de leur tenue de Grand Chasseur Blanc, de la manière dont cela fait écho à la culpabilité de l'homme blanc, on vous accusera peut-être en retour de brandir une pancarte politique ou d’être trop susceptible. Dans un même ordre d’idées, certains idéalisent la transformation cybernétique d’un corps par le biais de fauteuils roulants transformés ou de fausses extensions prosthétiques sans avoir conscience de ce que cela peut signifier pour des personnes handicapées.

Ces deux prises de position sont révélatrices de la manière dont le Steampunk induit l’anachronisme — et tous les anachronismes ne sont pas progressistes. Une technologie avant-gardiste ne peut empêcher les esprits de résolument rester rétrogrades.

Les atouts satiriques sont bien sûr présents dans la perpétuation d’une conception à l’identique de l’histoire, que ce soit dans l’art ou la narration, surtout si l’on met en perspective l’évolution (ou non) de ces idées par rapport à notre 21e siècle. Cela ne va pas sans problèmes. Certains Steampunks ont par exemple embrassé le “Victorientalisme” — exotisation de populations non blanches ou non européennes en imitant leurs représentations dans les récits d’aventure d’époque. Les histoires d’impérialisme courent le risque de glorifier l’Européen conquérant, surtout quand la carte de la nostalgie est jouée par des personnes sans le bagage culturel ou ethnique nécessaire pour mettre en question la bienveillance de ces intrépides explorateurs européens ou la militarisation de ceux qui ont suivi leurs sillons. Ce genre de choix créatif ne se contente pas de reproduire, mais de perpétuer des comportements déjà existants envers le monde non occidental. C’est pour cela qu’une idéologie steampunk de gauche doit avoir conscience des dangers de la nostalgie.

Le croisement entre le DIY et les privilèges de classe est une autre complication dans le désordre politique qu’est l’idéologie steampunk. La capacité du bricoleur steampunk à conférer aux objets de tous les jours un sens renouvelé du raffinement n’est typiquement possible que pour des personnes à revenu élevé ou ayant le luxe d’avoir à la fois du temps libre et une stabilité économique. La difficulté à maintenir un mode de vie DIY dans des pays en développement ou des communautés à faible revenu est souvent rejetée par ceux qui célèbrent l’individualisme farouche du bricoleur ou de l’inventeur. La transformation de biens de consommation de masse se fait aussi dans l’ignorance du niveau d’exploitation nécessaire pour fournir les matières premières aux communautés steampunks. Selon Cory Doctorow, « Nous célébrons la fantastique liberté artistique de l’Occident et ce qui en découle est la plus grande migration dans l’histoire de l’humanité, avec des dizaines de milliers d’enfants enchaînés à des machines à l’autre bout de la planète, chargeant un plein cargo par seconde de jouets Nerf et d’articles Happy Meal.» L’amour du Steampunk pour le matérialisme, même si ce matérialisme est modifié de façon à être personnalisé, est à même d’occulter les disparités économiques qui permettent aux créateurs steampunks de transmettre leurs philosophies “punk“.

L’idéologie steampunk est cependant encore dans ses prémices et ses acteurs auront bien assez d’occasions pour intégrer la justice sociale dans leurs discussions. Quelques activistes et autres organisations militent déjà dans cette voie. Parmi les plus notable, citons Steampunk Magazine, créé en 2007 par l’anarchiste Margaret Killjoy, et dont la mission est, selon les mots des collaborateurs Catastrophone Orchestra and Arts Collective, de « reconstruire le passé pour assurer notre avenir … Nous sommes des archéologistes du présent qui réanimons une histoire hallucinante. »

Sur le front de l’anti-racisme, je vais citer mon blog de steampunk multiculturel Beyond Victoriana, ainsi que ma collègue Jaymee Goh et son blog postcolonial Silver Goggles. Monique Poirier, membre de la tribu de Seaconke Wampanoag, travaille à informer la communauté steampunk tandis que d’autres organisations ou publications, comme The Steampunk Workshop, the San Antonio Neo-Victorian Society et A Steam Powered Cause supportent activement ces objectifs progressistes.

Qui plus est, l’humour auto-centré du steampunk est à même de proposer des messages politiques par ses penchants pour la subversion théâtrale. L’ironie et de la satire sont inhérentes à l’esthétique steampunk et en sont un plaidoyer parfait au-delà de la prouesse. Tout comme Stephen Colbert qui raille un gros ponte conservateur, ou bien les saboteurs culturels comme les Yes Men qu s’incrustent dans des réunions d’entreprise en prétendant être de parfaits conformistes en costard, l’aficionada steampunk et activiste du mouvement Occupy Wall Street, Miriam Rosenberg Rocek joue le rôle d’une Emma Goldman Steampunk. Inspirée par l’anarchiste juive et réformiste sociale (« Une activiste qui vous aide à mettre de la politique dans votre Steampunk et du Steampunk dans votre politique. »), Rocek a organisé des rassemblements qui font écho à des manifestations et des grèves historiques, fictionnelles ou contemporaines, et milite aussi pour les droits des homosexuels.

Un autre artiste et activiste steampunk est Bruno Accioly, cofondateur de Brazil’s Conselho Steampunk, un réseau mondial de clubs steampunks. Son Steampunk se confronte à l’histoire du Brésil et son oppression totalitaire. Je voudrais aussi me classer en tant qu’artiste politique et activiste anti-raciste, travaillant sur le personnage d’Ay-leen la Pacificatrice, une Tonkinoise boudhdiste et assassin mercenaire spécialiste de l’exécution par une balle dans la tête des impérialistes français.

Stephen Duncombe plaide pour ce type d'engagement politique dans son livre Dream: Re-Imagining Progressive Politics in an Age of Fantasy. Il y décrit le “spectacle éthique” comme une forme d'activisme créatif, qui est une « démocratie directe qui fait tomber les hiérarchies, encourage les communauté, permet la diversité et s’implique dans la réalité tout en se demandant quelles nouvelles réalités sont encore possibles. » Les Steampunks peut aimer s'habiller comme des pirates de l’air ou de nobles explorateurs, mais ils peuvent également utiliser leurs personnages pour interroger l'évolution de la modernité. Comme le suggère la théoricienne du spectacle Jill Dolan dans son Utopia in Performance, « les progressistes peuvent une fois de plus se convaincre les uns les autres qu'un monde meilleur ne doit pas être un idéal inaccessible, mais un processus d'engagement civique qui ne fera que les rapprocher encore plus. »

Il faut alors souligner que les méthodes privilégiées par le Steampunk sont politiques — mais pas nécessairement parce que la communauté devrait prendre l’ampleur du mouvement Occupy, ni donner naissance à une autre Place Tharir. Le Steampunk construit des réseaux solidement implantés de personnes ayant de fortes affinités, qui ont tendance à avoir beaucoup d’imagination, qui sont prêtes à apprendre de chacun et qui ont de grands intérêts dans l’éducation, l’histoire et la culture. Les communautés steampunks promeuvent des micro-changements qui contribuent à renouveler les idées d’éthique personnelle et de responsabilité à un niveau plus global. Le Steampunk peut bien être attiré par le passé, c’est une communauté qui croit que nous ne vivons pas à la fin de l’histoire, et qu’au contraire, nous la reconstruisons constamment pour le meilleur.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Guillotine » 22 juillet 2012, 23:52

Le steampunk est-il de gauche ? Vous avez deux heures.
(EDIT : en fait on dirait plus le titre d'un article Télérama)

Plus sérieusement, j'ai lu cet article avec un très grand intérêt - j'aimerais revenir sur certains points cependant quand j'aurais pas la flemme - merci pour cette traduction.

Ah et Beyond Victoriana, c'est bien.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Mycroft » 23 juillet 2012, 06:52

Texte intérressant, merci Egon.
Il me faut le temps de le digérer avant de faire une réponse adéquate. Ce sont des idées qui me trottent dans la tête depuis longtemps mais il faut les coucher par écrit.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Korbak » 23 juillet 2012, 08:45

Mesdames, Messieurs, Damoiselles et Damoiseaux,
voici un premier jet grâce auquel nous pourrons sans doute travailler.

La question est "le steampunk doit-il être politisé".
"Doit" impliquerait qu'il en ait le devoir. Or, soit il l'est déjà (donc il ne "doit" pas l'être), soit il ne l'est pas. Dans le cas où il ne l'est pas, en a-t-il le devoir ? Je répondrai que non, simplement parce que je suis moi-même totalement apolitique.

Vous voulez donner un sens politique au steampunk ? Sans moi. Et cet article ressemble à ce genre de presse féministe extrémiste ou à ces revues religieuses où l'on voit le mal partout. Ca me rappelle cet article qui ironisait en voyant le steampunk comme du fétichisme, disant que les event servaient à ce que les steamers couchent ensemble, et que leurs créations étaient des sex-toys.

Un grand chasseur blanc, un grand tueur d'indigènes, un machiste invétéré, tous ces personnages criticables depuis un point de vue deumildouzien... ne sont que des personnages. Ce ne sont que des costumes. Combien de personnes se déguisent en tueur en série, en militaire ou en grand monstre de l'histoire ? Un sacré nombre. Qui s'en plaint ? Personne. Au bout d'un moment, il faut savoir prendre du recul et savoir différencier apparence (surtout dans ce genre de cas) et pensée.

De même, cette histoire de fauteuils roulants ou de membres mécaniques qui vexeraient les handicapés. Pour avoir été en IRL avec une personne handicapée, non seulement celle-ci est aussi passionnée du genre que nous autres, mais surtout elle a une formidable aubeine : elle peut customiser son propre fauteuil et ainsi joindre l'utile à l'agréable, sans avoir à en acheter un spécifiquement pour ça ou à partir de zéro ! En quoi cela peut-il être vexant ? Franchement ? Ou alors j'en sais rien, je suis peut-être complètement à côté de la plaque. Surtout qu'actuellement un des seuls (voir le seul) cas de fauteuils roulants a été un costume du Professeur X version steam. Venir caser une exception comme un argument, bonjour.

De même, si j'avais moi-même besoin d'une prothèse quelque part ou de quoi que ce soit pour gérer un handicap, je me prendrais au jeu d'en faire un avantage. J'ai quelque chose dont j'ai BESOIN physiquement, autant en faire la partie la plus intéressante de mon costume. Si demain j'ai besoin de lunettes, je ne perdrai pas longtemps avant de les customiser. Si j'ai un fauteuil roulant, je l'aurai vite couvert de bois, de dorures et de tissu bordeaux, avec deux réacteurs à l'arrière. Je ne sais pas, pour moi, handicap simulé pour un costume ou non, il n'y a rien de vexant là-dedans. C'est comme accuser Hugh Laurie de boiter pour de faux quand il interprète Dr House.

Des costumes activistes ? Une obligation, dans tout acte personnel, de voir une action ? Pourquoi mêler art et politique ? Pourquoi faudrait-il que tout le monde pense pendant 10 plombes à s'il est rouge ou bleu en décidant de porter un uniforme de colonialiste anglais ? Je suis bien désolé, mais quand je vois Cole, ou Antoine, ou Kain, je vois un très joli costume. Je ne me dis pas : "mmmmh, lui, il doit être royaliste, mais p'têt qu'il est plutôt d'extrême droite".

Et voilà qu'on nous parle d'être riches (combien d'étudiants ou d'ouvrier dans nos rangs ?), voilà qu'on nous accuse d'acheter des choses faites par des enfants, sous la torture, dans le tiers-monde (mais alors, ceux qui achètent ces mêmes jouets à leurs gosses, de quel bord politique sont-ils ?), voilà que nous sommes soit des monstres de richesse, de pouvoir et de fanatisme, soit des anarchistes révolutionnaires. Nous sommes tantôt des criminels, tantôt des indignés.

Moi, quand j'achète un Nerf, j'achète un Nerf. Ce n'est pas moi qui a inventé la délocalisation, et je ne suis pas la principale part du marché de Nerf. Je ne pense même pas que les steamers soient la principale part du marché de Nerf.

Moi, quand je me fais un costume, je me fais un costume. Mon personnage peut être d'un bord politique, moi je ne suis de rien du tout, et je refuse qu'on puisse faire un amalgame entre costume et réalité.

Moi, quand je fais de la custo, ça me coûte, mais c'est un choix que je fais. Je ne suis pas un gros riche qui crache sur le prolétaire.

Moi, président de la République...

Bref. Le steampunk ne doit pas être politisé, il doit vivre sa vie indépendamment de la politique. Ils nous font déjà assez chier, pardonnez mon expression, dans la rue ou à la télé, qu'ils ne viennent pas me fiche le bazar dans mon steampunk.

Une fois de plus, je suis peut-être totalement à côté de la plaque, j'ai peut-être rien compris à rien, et je ferais peut-être bien de sauter par la fenêtre.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Mycroft » 23 juillet 2012, 09:06

Korbak a écrit :Ca me rappelle cet article qui ironisait en voyant le steampunk comme du fétichisme, disant que les event servaient à ce que les steamers couchent ensemble, et que leurs créations étaient des sex-toys.
C'était un fake, un blague au troisième degrés.
Pour le reste je pense que je n'ai compris le texte comme toi.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Icare » 23 juillet 2012, 09:26

Je ne te félicite pas Egon, il a fallu que je sorte de mon lit tout doux et tout chaud pour allumer le pc pour faire une réponse viable.

Concernant l'article en fait on voit bien que c'est un journaliste engagé.
On fonce dans le sensationnalisme en extrapolant à mort et plaçant des intentions à tout niveau selon son propre prisme derrière chaque acte sans réellement plus s'intéresser à ce que y est vraiment.
En fait j'ai l'impression de lire un plaidoyer bas de gamme d'un (mauvais) avocat. Un texte qui est où créer la réaction chez autrui est le plus important que le reste.
Le procédé est tellement grossier que l'on pourrait quasiment prendre le même article en changeant le terme steampunk par n'importe quoi d'autre et en actualisant les exemples.

Alors...
Politiser le steampunk ? Quelle idée.
Dans une communauté qui ne fait pas, jusqu'à nouvel ordre, de la politique son but premier comment dire qu'un mouvement, une communauté, fait dans le politique ?
D'un point de vue global il n'y a aucun but politique au steam comme ligne de conduite. Le point primordial ici c'est l'imaginaire.
Après que certains membres usent du steampunk pour faire passer un message politique c'est alors complètement différent. Et ce sont donc les actes des individualités qui porteront un discours les concernant individuellement.
Pas une volonté commune ou un message provenant de la communauté elle-même, mais de certains éléments.
C'est un choix personnel d'aborder un point de vue politique ici, pas celui du groupe.
Donc non il n'y a pas de "devoir politique".

Quand aux susceptibilités heurtées...J'espère que l'on ira tous cracher gaiement sur David Prowse qui ose camper un personnage au cinéma un personnage aussi méchant et qui vient donc ainsi égratigner une communauté de malheureux sous assistance respiratoire.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Korbak » 23 juillet 2012, 09:29

Mycroft a écrit :C'était un fake, un blague au troisième degrés.
Korbak a écrit :cet article qui ironisait
Oui, c'est ce que j'ai dit.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Lt. Cole Blaquesmith » 23 juillet 2012, 09:56

La vache.. autant l'accroche du départ était alléchante, autant j'ai laché des les 3ème paragraphe... Même si la suite doit être très intéressante (quoique...), c'est pas trop "rentre-dedans" pour permettre une réflexion annexe. Bref, j'ai l'impression de voir un aveugle se manger un mur à répétition juste dans l'espoir de le voir tomber...
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Merle » 23 juillet 2012, 10:10

Non mais Icare, Cole, je vous ai avertis pour le lectorat premier de ce billet et de ce que ça impliquait sur le contenu. :lol:

Ce que je trouve intéressant avant tout, c'est le fait qu'il y ait cet aspect radical du Steampunk outre-atlantique qu'on ne retrouve pas en Europe. Ça ne date pas d'hier, ce n'est pas la première fois que je lis des billets sur des blogs américains évoquant Occupy et faisant un parallèle avec le Steampunk. Le problème quand on réinstalle son OS sans sauvegarder les bookmarks, c'est qu'on se retrouve comme un... mais là n'est pas le débat.

Ayant passé un peu trop de temps sur la traduction, je posterai la réponse de Nick Ottens, heureusement bien plus courte, demain. Si vous voulez la lire en anglais, elle est là.
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Re: Le steampunk doit-il être politisé ?

Message par Amalasùnthe » 23 juillet 2012, 10:12

J'ai trouvé ce texte particulièrement intéressant.

A la première lecture, je me suis dit que c'était bien de réfléchir aux significations que pourrait avoir tel ou tel acte, et surtout au fait que dans le steampunk et en général la sf on retrouve forcément notre vision du monde, de ses défauts, des choses que l'on voudrait changer ou dont on a peur qu'elles arrivent.
(Ca me fait penser qu'il faudrait que je réécoute le débat qu'il y avait eu aux utopiales l'année dernière sur l'uchronie, révisioniste ou non.)

Je suis complètement en accord avec ce qu'a dit Egon ici
D'une manière générale, j'ai plus d'affinités avec la SF que d'autres littératures dites de l'imaginaire pour les concepts géopolitiques qui y sont développés et qui sont des prismes de nos sociétés contemporaines. C'est un ingrédient qu'on retrouve plus rarement dans la fantasy même si le genre a mûri et a su sortir de ses stéréotypes que j'ai un peu trop bouffés quand j'étais gosse. Et en lorgnant du côté de l'uchronie et du rétro-futur, le Steampunk acquiert pour moi l'idée d'un regard critique à la fois sur l'Histoire mais aussi sur notre société moderne. C'est pour moi un divertissement qui doit avoir du sens même si la réflexion ne doit pas être omniprésente. Le but est avant tout d'être un divertissement, mais si ça n'était qu'une coquille vide seulement faite de raccourcis intellectuels parce que ça fait joli, je ne l'approuverais pas.
Néanmoins, au niveau du texte, il y a une différence entre porter une critique de notre monde, ou bien simplement incarner un personnage féminin indépendant ("En Steampunk, les peuples colonisés renversent des empires, l’invention mécanique met fin à l’esclavage ou au travail des enfants, les femmes enfilent leur corset par-dessus leur robe et deviennent des aventurières loin de la dépendance aux hommes.") et être ''politisé'', ou ''de gauche'', il me semble. ("qu’on l’admette ou non, réinterpréter l'histoire est toujours un geste politique.")

Idéologie et politique, je considère ça différemment!
Du coup je rejoins les avis de Korbak et Icare : même si pour moi le steampunk est effectivement porteur d'idées, de valeurs, je pense que cela n'est peut-être pas sa caractéristique principale tel que le conçoivent les gens, et encore moins un acte politique. (Un engagement politique, par définition, est volontaire, et donc conscient... Or là on essaie de nous faire comprendre qu'on est engagés politiquement sans même le savoir, c'est étrange)
Ensuite, j'ai du mal à cerner le rapport entre le titre et certains points abordés. La question de la richesse, par exemple. En quoi dire que faire du DIY, ça coûte (et d'abord, pas forcément, vu la mise en avant de la récup), c'est dire que le steampunk est politique?
Sinon, pour les exagérations, c'est le ton voulu, donc bon.

Mais je maintiens ma première phrase, ce texte est intéressant.
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